Comité de Surveillance OTAN

Alerte OTAN !

Alerte OTAN n°0

Le criminel de guerre Wesley Clark témoigne à La Haye
John Catalinotto

Le mensonge, la nausée et les sanctions
Michel Raimbaud

Lettre ouverte au ministre belge des Affaires étrangères
Père Daniel Maes, Communauté du Monastère de Mar Yakub à Qâra, Syrie

USA et Otan évincent l’Ue en crise
Manlio Dinucci

Illégalité du déploiement des armes nucléaires americaines en Europe
Pierre Piérart

Guerres sans fin
Droit international contre droit du plus fort

Diana Johnstone

Les bases nucléaires de l'OTAN en Europe
Pierre Piérart

HIROSHIMA ET LE TRAITÉ DE NON PROLIFÉRATION
Pierre Piérart

Lettre au Général Jones, commandant du SHAPE, pour réclamer le retrait des armes nucléaires des pays de l'OTAN

Mordechaï Vanunu prisonnier d'opinion

L'OTAN et l'Afrique du Nord
Rashid Khashana

OTAN : Vers une expansion planétaire
Michel Collon

OTAN : au service de qui et pour quels objectifs ?
Valérie Peclow

L' Europe de la défense aux lendemains du sommet de Prague
Jean-Sylvestre Mongrenier

Les Etats-Unis, l'Otan et l'armée européenne
Pol De Vos

Occupations militaires - La prostitution érigée en système
Richard Poulin

Les minutes les plus longues de ma vie...
Michel Collon

Les États-Unis à la conquête de l'Eurasie et du monde
Jean-Marie Chauvier

Le Tribunal Pénal de La Haye de moins en moins crédible
Edward Herman

Bush et l'OTAN

Les nouveaux rôles probables de l’Otan dans les futurs scénarios impérialistes : Comment arrêter l’Otan ?
George Havatzas

50 juristes et avocats de 12 pays lancent un appel contre l’imposition d’un conseil juridique à Slobodan Milosevic

Solidarité avec Hiroshima et Nagasaki
Pierre Piérart

Parodie de procès Milosevic : Déclaration du Comité grec pour la Détente internationale et pour la Paix (EEDYE)

Contre ces lois-là, la Loi Internationale (et Milosevic) n’ont pas l’ombre d’une chance
Stephen Gowans

Une lettre ouverte de Christopher Black, président du Comité légal de l’ICDSM
Christopher Black

L'ancien premier ministre soviétique : « Je n'irai pas témoigner à La Hague dans les circonstances actuelles»
Nikolai Ryzhkov

Refus de participer au 'procès' en tant que témoin de Léonide G. Ivachov

L’ICTY et la décimation de la Yougoslavie – Une histoire de famille
Ian Johnson

Milosevic au TPI : Celui qui doit se taire
Vladimir Caller, Georges Berghezan, Jean Bricmont, Hernn Valverde

Tribunal international ou «Chambre étoilée»?
British Helsinki Human Rights Group

Milosevic se voit refuser le droit universel d'assurer sa propre défense
Sara Flounders

Lettre d'un groupe de témoins des Etats-Unis au président Slobodan Milosevic

La défense de la patrie est-elle un acte criminel ?
Pr. Kosta Cavoski

Ramsey Clark : Le 'tribunal' saborde ses dernières prétentions à la légalité
Ramsey Clark

Le Tribunal Penal International de La Haye : Deux ans d'efforts coûteux pour aboutir a un constat d'échec
Nico Varkevisser

Justice et propagande : L'échec du procès Milosevic

Deux ans de procès Milosevic : fiasco à La Haye ?

La Haye a remplacé la jurisprudence de la paix établie à Nuremberg par une licence à l'Occident de tuer.
John Laughland

Laissez Milosevic se représenter lui-même
John Laughland

Interview de Mordechai Vanunu à la BBC du 24 Octobre 2004

Murmures nucléaires à l'ombre des canons

Vanunu : « J'ai fait ce devais faire »
Baudouin Loos

Nikolaï Ryjkov défend Milosevic et dénonce l'OTAN

La reculade du Tribunal pénal international
Louis Magnin.

Note sur le traité secret conclu entre la Belgique et les Etats-Unis en 1971
Olivier Corten, Eric David, Pierre Klein, Jean Salmon

L’OTAN et la constitution européenne nuisent gravement à la Paix

Deuxième bilan de la Campagne de Solidarité des Bourgmestres des Villes et Communes de la Communauté française de Belgique avec le Maire d'Hiroshima pour un désarmement nucléaire total. (Du 6 août 2004 au 28 février 2005)
Pierre Piérart

Premier bilan de la Campagne de Solidarité des Bourgmestres des Villes et Communes de la Communauté française de Belgique avec le Maire d'Hiroshima pour un désarmement nucléaire total.

Le chef de la mission de contrôle de l'Union Européenne au Kosovo dément toutes les affirmations de Carla Del Ponte
Compte rendu rédigé par Andy Wilcoxson

La Constitution et la Guerre
Diana Johnstone

Campagne « Mayors for Peace »
Pierre Piérart et Henri Firket

Traité constitutionnel européen : Un traité peut en cacher un autre

Soixantième anniversaire de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki (I)
Pierre Piérart

« Si demain, il faut à nouveau manifester pour la paix, j’irai à nouveau. Dans quel état reviendrai-je ? »
Michel Collon

« La future défense européenne est un livre ouvert pour les États-Unis »
Entretien avec le Général Henri Paris, président de la Fédération des officiers de réserve républica

Il y a 60 ans : la tragédie de Hiroshima et Nagasaki se précisait malgré l’écroulement de l’Allemagne nazie. (1e partie)
Pierre Piérart.

Il y a 60 ans : la tragédie de Hiroshima et Nagasaki (2e partie)
Pierre Piérart

Il y a 60 ans : la tragédie de Hiroshima et Nagasaki (3e partie)
Pierre Piérart

Il y a 60 ans : la tragédie de Hiroshima et Nagasaki (4e partie)
Pierre Piérart

Pianosa, le mystère du bateau de l’OTAN
Gianvito Lo Vecchio

Soixantième anniversaire de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki (5e partie)
Pierre Piérart

Il y a 60 ans ….. Hiroshima, après Alamogordo qui préparait Nagasaki.
Pierre Piérart

D'Hiroshima à Bagdad
Joëlle Penochet

Pourquoi le bombardement de Nagasaki ?
Pierre Piérart

Milosevic à La Haye : plus c'est intéressant, moins on en parle
Diana Johnstone

Soixantième anniversaire de la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki (6e partie).
Pierre Piérart

Un témoignage accablant pour l'accusation
D'après les comptes rendus de Andy WILCOXSON

Armes nucléaires : une parodie politique se transforme en poursuites judiciaires.

Karel De Gucht démis de ses fonctions : Déclaration publiée par le comité intérimaire le 24 novembre 2005

Intervention sur la « perception de l'OTAN par la société civile »
Arnaud Ghys, CNAPD

L'Afghanistan et son «processus démocratique»
Latif Pedram

Guerre nucléaire contre l'Iran
Michel Chossudovsky

Une nouvelle OTAN pour un nouvel ordre mondial ?
Hans Lammerant et Fabien Rondal

Bientôt la prison pour la dénonciatrice du premier crime de guerre en Yougoslavie ?
Georges Berghezan

Deux minutes, une vie
Michel Collon

Le grand jeu des bases militaires en terre européenne
Manlio Dinucci

Déclaration de l’assemblée des mouvements sociaux – 4e Forum social européen

La désinformation en ex-Yougoslavie et au Kosovo
Jean Toschi

Kosovo : une nécessaire décentralisation
Frédéric Saillot

Europarlement • Aide au pacifisme condamnée
Pol De Vos

Feodossia: partenariat et politicaillerie
Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti

A propos de la réunion des parlementaires en commission sur les prochains sommets de l'OTAN (réunion du 6 juin 2006).
Claudine Pôlet

Mordechaï Vanunu condamné pour avoir pris la parole

Massacres discrets dans l'Afghanistan libéré
Roland Marounek

Interventions militaire et humanitaire?
Ludo De Brabander et Georges Spriet (Vrede), Pol De Vos (StopUSA)

Pétition: Pas de F-16 belges en Afghanistan!

Le Kosovo : une colonie de l’Otan dans le Nouvel Ordre Mondial
Diana Johnstone

Le Canada dans la guerre d’occupation en Afghanistan
Collectif Échec à la guerre

La Belgique dans la guerre en Afghanistan : L'opération de désinformation des ministres De Crem - De Gucht
Roland Marounek

Pourquoi les arguments de De Gucht et De Crem ne tiennent pas la route
Vrede, Intal, UCOS...

Commémoration du 63e anniversaire des bombardements nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki : Message de Marcel Poznanski pour le CSO
Marcel Poznanski

Commémoration du 63e anniversaire des bombardements nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki : Message de Roland Marounek pour StopUSA
Roland Marounek

Commémoration du 63e anniversaire des bombardements nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki : Message de Pierre Merveilleux pour Europe for Peace
Gilles Desmet, Parti Humaniste

De Munich au Kosovo
John Laughland

Les roses fanées de la révolution géorgienne
John Laughland

Non au bouclier antimissile !
Patrice Salzenstein

Des Tchèques mobilisés contre le bouclier antimissile U.S.
Patrice Salzenstein

9 Questions sur la Déclaration de Coopération entre les secrétariats de l'ONU et de l'OTAN
Transnational Foundation for Peace and Future Research

L’accord secret entre l’ONU et l’OTAN ne répond pas aux objectifs de la communauté internationale
Karl Müller

L'accord entre les Secrétariats de l'ONU et de l'Otan viole la Charte des Nations Unies
Alfred de Zayas, fonctionnaire de l’ONU à la retraite

Israël a bien utilisé dans la bande de Gaza des armes à Uranium Appauvri

Course au réarmement : au premier rang USA et OTAN
Manlio Dinucci (Il Manifesto)

L’Otan, gardien militaire de la sécurité d’approvisionnement énergétique des pays membres

Le cercle vicieux otanien de la violence
Diana Johnstone

La criminalisation du mouvement de la paix à Strasbourg est inacceptable
Pieter Terlinck

A Strasbourg des dizaines de milliers de citoyens du monde ont osé dire leur opposition à l'Otan
Claudine Pôlet

Une grande mobilisation le 4 avril pour dire « NON à la Guerre, NON à l’OTAN » dans un contexte de répression policière et de tension.
Collectif anti Otan de Strasbourg

Pour un bilan nuancé du Contre-Sommet de Strasbourg
Roland Marounek

Mais que fait donc la Bundeswehr dans l'Hindoukouch ?
Jürgen Rose

Franz Weber : Pour un tribunal de la conscience humaine

L’Iran, la Corée du Nord… et les autres.
Henri Firket

Trafics d’organes : Vers la fin de l’impunité au Kosovo ?
Georges Berghezan

Orwell, l’OTAN et la guerre contre la Libye
Domenico Losurdo

La Libye : Est-ce qu'on nous refait le coup du Kosovo ?
Diana Johnstone

« Femmes pour la Paix » et pas « Femmes pour la guerre »
Anne Morelli

Terrorisme nucléaire
Michel Wautelet

Sept points sur la Libye
Domenico Losurdo

L’OTAN dans sa guerre des menteurs et des lâches
Mohamed Bouhamidi

200 intellectuels Africains contre l'Otan

L’OTAN et la montée en puissance des médias sociaux
Roland Marounek

Dix ans de guerre de l'information en Afghanistan
IRIS - Institut de Relations Internationales et Stratégiques

Message du Président du Venezuela, Hugo Chávez Frías devant l'Assemblée Générale des Nations Unies.

La conclusion barbare d’une guerre colonialiste barbare.
Domenico Losurdo

Des guerres de l’opium aux guerres du pétrole
Domenico Losurdo

L'oppression de Kadhafi
Stephen Gowans

Manœuvres de guerre OTAN contre l'Iran
Manlio Dinucci

En Libye, la fin de 42 ans de...
Stephen Gowans

On voit les États-Unis partout...
Stephen Gowans

Syrie : Comment on transforme un homme en un être monstrueux
Mouna Alno-Nakhal

Que se passe-t-il en Syrie ?
Domenico Losurdo

Transcription de l'interview de Françoise Wallemacq de retour de Syrie

Lettre ouverte sur les plans de l'OTAN de défense antimissile et sur le risque accru d'une guerre nucléaire
David Krieger

Les disciples de Goebbels à l’œuvre contre la Syrie
Domenico Losurdo

Course à la guerre par procuration contre la Syrie
M. K. Bhadrakumar

Al-Qaeda’s Air Force
Stephen Gowans

Les USA gardent un oeil sur la Syrie, et tissent leur toile dans le Golfe
M K Bhadrakumar

Une intervention humanitaire en Syrie, il y a 150 ans
Pascal Herren, doctorant en droit à l

Fabrice à Waterloo : L’Occident humanitaire et la Syrie
Diana Johnstone

Un autre regard sur la Syrie
Bahar Kimyongür

Yougoslavie : Quand on prend l’avenir pour le passé - Raisons pour lire : Quand "Le Monde… Décryptage des conflits yougoslaves", de Fabrice Garniron
Diana Johnstone

1. Matins de Roses
Marie-Ange Patrizio

2. Matin de lumière

3. La volière de Mar Yakub
Marie-Ange Patrizio

4. « Les gens qui ont un livre »
Marie-Ange Patrizio

5. Les gardiens
Histoires du siège de Qâra, et de quelques unes de ses conséquences

Marie-Ange Patrizio

6. Damas des étoiles
Marie-Ange Patrizio

7. Damas à bâtons rompus
Marie-Ange Patrizio

8. Au coeur de la Syrie, Générosité
Marie-Ange Patrizio

Flotte USA avec 1.000 missiles en Méditerranée
Manlio Dinucci

L’Otan a déjà voté, avant nous
Manlio Dinucci

Paquet bombe nucléaire en provenance des USA
Manlio Dinucci

Israël, 200 armes nucléaires pointées sur l’Iran
Manlio Dinucci

Pour l’Italie, nouveau gouvernement, même “allié privilégié”
Manlio Dinucci

“Souveraineté” vis à vis de Bruxelles, pas de Washington
Manlio Dinucci

Derrière la parade du 2 juin
Manlio Dinucci

Néocolonialisme et “crise des migrants”
Manlio Dinucci

Circuit de mort dans la “Méditerranée élargie”
Manlio Dinucci

L’Otan expansible et toujours plus coûteuse s’élargit sur l’Europe
Manlio Dinucci

La réponse guerrière à la négociation
Manlio Dinucci

L’establishment USA derrière le Sommet de Helsinki
Manlio Dinucci

Ponts écroulés et ponts bombardés
Manlio Dinucci

En Toscane la plus grande poudrière USA
Manlio Dinucci

Une Italie souverainiste sans souveraineté
Manlio Dinucci

Articles de la Charte des Nations Unies et du Traité de l'OTAN violés par l'agression contre la Yougoslavie

Annexe B des Accords de Rambouillet

Accords secrets de 1971 entre la Belgique et les USA

Réunion du Comité des plans de défense et du groupe des plans nucléaires, Bruxelles le 12 juin 2003 : Communiqué final

Extension de la zone d'intervention OTAN : Communiqué de l'OTAN

Allocution prononcée par M. Jaap de Hoop Scheffer devant la Commission parlementaire pour les Affaires étrangères
Jaap de Hoop Scheffer

Jaap de Hoop Scheffer : « Un nouvel OTAN est nécessaire »

La force de réaction de l'OTAN : Au centre de la transformation de l'OTAN

Note sur le traité secret conclu entre la Belgique et les Etats-Unis en 1971

Réunion ministérielle du Conseil de l'Atlantique Nord de Madrid - Communiqué final

Discussions à la Chambre belge sur le projet de loi portant assentiment à l'adhésion des nouveaux membres à l'OTAN

Declaration du sommet de Prague sur l'Irak

Traité de Maastricht : Dispositions concernant une politique étrangère et de sécurité commune

Projet de Constitution Européenne et OTAN

Exerpt from IVth Report by the Ombudsperson Institution in Kosovo:The inadequacy of human rights protection mechanisms
Marek Nowicki

Excerpt from IVth Report by the Ombudsperson Institution in Kosovo: The situation of non-Albanian communities in Kosovo

Statut juridique de l'aéroport de Chièvres.
Demande d'explications au Ministre de la Défense

Rôle de la base aérienne de Florennes dans l'OTAN

Votes à l'ONU sur le Désarmement

Directive politique globale entérinée par les chefs d’État et de gouvernement de l’OTAN lors du sommet de Riga

Demande d'explications de M. Josy Dubié au ministre de la Défense sur «l'accroissement de la présence militaire belge en Afghanistan»

Déclaration du Sommet de Bucarest

Non-prolifération, contrôle des armements et désarmement
Note de Karel De Gucht

Ministère de la défense belge : Note d’Orientation Politique
Pieter De Crem

Déclaration commune sur la collaboration des Secrétariats des Nations Unies et de l’OTAN
Jaap de Hoop Scheffer - Ban Ki-Moon

Adresse de Tzipi Livni au Symposium OTAN-Israël, Herzliya

Discours à l'Assemblée générale des Nations unies: «Nous avons peur»
Paul-Henri Spaak

The Continuing Relevance of NATO’s Nuclear Deterrence Strategy in an Uncertain World
Guy B. Roberts, Deputy Assistant Secretary General for WMD Policy at NATO

Déclaration du Sommet de Strasbourg-Kehl

Extraits du Concept Stratégique de l'Alliance de 1999 sur les armes nucléaires

Opérations en zone urbaine en l’an 2020 - Synthèse

De la bonne coopération entre l'Otan et les ONG
Anders Fogh Rasmussen

Une Otan sans armes nucléaires
Lt Col. Michael J. Byrne, Com. Douglas L. Edson, Lt Col Andrea L. Hlosek

Traitement inhumain de personnes et trafic illicite d’organes humains au Kosovo
Commission des questions juridiques et des droits de l’homme

Annexe au rapport de Dick Marty : Carte des centres de détention du nord de l’Albanie

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS DE BELGIQUE : Proposition de résolution concernant la situation en Libye

Mémorandum de la CNAPD dans le cadre du sommet de l’OTAN à Varsovie

Contribution du Comité Surveillance OTAN au Forum Social Européen

Bertrand Russell Peace Foundation, Conférence de Bruxelles les 26 et 27 juin 2003

Après Madrid, Bruxelles ?

Soutien à la Conférence de Paris sur l'Irak du CSO

Commémoration du 59e anniversaire de la tragédie d'Hiroshima et Nagasaki : Communiqué

Bush Not Welcome

Lever toutes les restrictions à la liberté de Mordechai Vanunu

Contribution du CSO à la Conférence sur les bases militaires dans le monde

LAS BASES MILITARES : UN ASPECTO DE LA ESTRATEGIA GLOBAL DE LA OTAN

Militar bases: An aspect of the NATO strategy

Lettre de protestation du CSO au Ministre des Affaires Étrangères face aux poursuites judiciaires d'un militant de Bombspotting

Message pour la commémoration du 61e anniversaire du lancement de la bombe atomique nord américaine sur Hiroshima et Nagasaki

Mise au point concernant l’essai nucléaire nord-coréen du 8.10.2006

Pourquoi tant de discrétion des négociateurs pour un futur gouvernement sur la politique extérieure et de défense de la Belgique ?

Lettre à l'ambassade de la Répblique tchèque en soutien à la manifestation contre les bases US

Pour un retrait immediat et inconditionnel des troupes belges d’Afghanistan !

L’Otan en Géorgie... sans attendre la Géorgie dans l’Otan ?

Dénonçons la complicité de l’Otan avec Israël !

SORTIR D'AFGHANISTAN MAINTENANT !

Décès de Pierre Piérart

Réponse au communiqué de la CNAPD annonçant son retrait de la conférence sur l’Iran
Comité Surveillance Otan

UN NON SANS EQUIVOQUE A TOUTE INTERVENTION DE L’OTAN EN LIBYE !

Libye, Iraq, Afghanistan : non à la guerre !
Non à toute participation belge !

La Belgique est entrée en guerre contre la Libye ! Stoppons l’escalade !

Non à la reconnaissance du Conseil national de Transition Libyen
Pour le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les forces militaires belges engagées en Libye

Ne laissons pas l’Otan nous entraîner dans une nouvelle guerre froide !

L'OTAN a besoin de l'Irak !
Tom Lantos

Thomas Fiedman : plaidoyer que l'Irak, l'Egypte et Israël deviennent membres de l'OTAN...
Thomas L. Friedman

Garder un œuil sur l'ours russe
William Safire

Poutine : L'OTAN n'est plus une organisation hostile...

Aznar : « L'OTAN devrait être en train de bombarder le Liban »

Contenir l'Iran : Accueillir Israël dans l'OTAN
Ronald D. Asmus

CONTRE-SOMMET DE L'OTAN: RESISTANBUL 2004

D'anciens officiers de l'armée grèque parlent

Initiative against the NATO summit in Istanbul
Committees Against Occupation

Initiative contre le sommet de l'OTAN à Istanbul
Comités Contre l'Occupati

Appel de Resistanbul 2004

Des dizaines de milliers de signatures contre l'OTAN envoyées à Ankara
Comités Contre l'Occupation

Contribution à la conférence Anti-Otan d'Istanbul
Roland Marounek

Commémoration du 59e anniversaire de la tragédie d'Hiroshima et Nagasaki - Communiqué

Appel pour le Kosovo

Intervention à l'ONU du Maire d’Hiroshima lors de la Conférence sur la révision du TNP

Déclaration

Forum Social Européen de Londres : Appel de l'Assemblée des mouvements sociaux

Declaration

IRAK : CONTRE L'ESCALADE
Jean Bricmont

Rapport d'enquête sur la population rom au Kosovo et Metohija suite aux événements survenus du 17 au 21 mars 2004
URYD - Union des Roms exilés d’Ex-Yougoslavie en Diaspora

Projet de création a Kosovska-Mitrovica d’un bureau et d’un organisme de défense des droits des Roms
URYD - Union des Roms exilés d’Ex-Yougoslavie en Diaspora

APPEL À L'ACTION de l'ASSEMBLÉE CONTRE LA GUERRE
Forum social mondial 2005, Porto Alegre, Brésil

Plate-forme pour les actions de protestation contre la venue de Bush en Belgique

Le maire d’Hiroshima appelle à participer à la marche pour abolir les armes nucléaires
For Mother Earth

International Conference against Foreign Military Bases
FINAL DECLARATION

Conférence internationale contre les bases militaires étrangères
Déclaration finale

Report on the International Conference against Foreign Military Bases

Non à la guerre contre l'Iran
Prise de position de la plate-forme anti-guerre

Appel pour éviter une guerre nucléaire en Iran

Appel de la Plateforme anti-guerre

Paix au Moyen Orient: maintenant!
Texte de plateforme des mouvements pour la paix

Appel de Stuttgart

Forum Social Européen de Malmö : Appel à rejoindre la mobilisation contre l’Otan d’avril 2009

Appel de la World Afghan Professional Organization contre la guerre en Afghanistan

Des organisations de paix réagissent à l'expansion de la mission belge en Afghanistan
Vrede, Intal, CNAPD, CSO et MIR-IRG.

Déclaration du Comité International Non à la Guerre - Non à l'Otan

Évaluation des actions par le Comité International de Coordination
Arielle Denis et Reiner Braun

Contre-Sommet de Strasbourg du 2 au 5 avril 2009. - Évaluation des participants de Belgique

Déclaration du Conseil mondial de la paix et du Conseil portugais pour la paix et la coopération en vue du sommet de l'OTAN de Lisbonne
World Peace Concil

Communiqué de presse : « Freeze for peace in Afghanistan »
La Plate-forme Afghanistan

Communiqué de la CNAPD à propos de l’invitation à la conférence – table-ronde de ce vendredi 17 décembre « L’Iran dans la visière de l’Ouest ».

Carte Blanche : La menace nucléaire, d'Hiroshima à … Tihange

Appel à la résistance et à la protestation contre Petersberg II
No To Nato

Appel
Pas de nouvelle guerre au Moyen Orient

Commémoration du 67ème anniversaire de la Tragédie de Hiroshima et de Nagasaki

Lettre ouverte à l'occasion de l'intervention de Jamie Shea au Festival des Libertés

Camp de Pozega : «Nous n'avons besoin de rien, seulement de la liberté»

Leposavic : Visite aux réfugiés roms

Tentative d'intimidation ?

Les États-Unis et le crime organisé

A la rencontre des Croates et des Roms

La KFOR nous photographie et nous empeche de photographier

Ceux d'en haut

Prizren dévastée

Le plus sinistre ghetto du Kosovo

Entretien avec Gušani Skender, Leposavic

Entretien avec Oliver Ivanovic, Mitrovica

Entretien avec Sava Janjic, Visoki Decani

Entretien avec Marek Nowicki, Pristina

Entretien avec Momcilo Trajkovic, Caglavica

Aveux tardifs

Le calvaire des Roms au Kosovo
Marie-Pierre Lahaye

Invisibles et indésirables : les nouveaux réfugiés du Kosovo
Georges Berghezan

Faillite de l'ONU et de l'OTAN au Kosovo
Philippe Scheller

Kosovo, essai en plein champ de l'impérialisme guerrier
Manuel Grandjean

Notre film annonçait ce drame, pourquoi n’avons-nous pas été entendus?
Interview de Vanessa Stojilkovic

Rompre 5 ans de silence
Philippe Scheller

Nettoyage ethnique au Kosovo : Un voyage pour rompre cinq ans de silence
Georges Berghezan

ROMS D’EX-YOUGOSLAVIE (KOSOVO ET METOHIA) :
PEUPLE EN DANGER !

Avec la drogue, les jeunes du Kosovo oublient leurs préjugés ethniques
Tanja Matic et Tanja-Marija Vujisic

66e Commémoration du massacre de Hiroshima : Message de la COLUPA
Présenté par Pierre Debbaut

66e Commémoration du massacre de Hiroshima : Intervention de Sortir du Nucléaire
Louis Verheyden

66e Commémoration du massacre de Hiroshima : Inetrvention du Mouvement Chrétien pour la Paix
Carla Goffi

66e Commémoration du massacre de Hiroshima : Message du CSO
Marcel Poznanski


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5. Les gardiens
Histoires du siège de Qâra, et de quelques unes de ses conséquences

Vendredi 9 octobre, après-midi, des informations reçues de Damas vont nous faire écourter notre séjour au monastère, nous devrons partir dimanche. Je réalise que nous n’avons pas encore organisé certaines rencontres projetées avant de venir en Syrie, pour notre séjour à Qâra : enseignants du primaire qui sont restés à leur poste tout le long de la crise (sauf pendant l’occupation par les terroristes, en novembre 2013), atelier de tissage de tapis traditionnel en cours de lancement, et ceux qui travaillent dans la région avec les « déplacés » syriens, c’est-à-dire : les habitants qui sont venus se réfugier dans les zones contrôlées par le gouvernement, après avoir quitté leur foyer dans les zones menacées ou occupées par les groupes armés (Armée syrienne libre, Etat Islamique -Daesh-, Al Nosra et autres groupes terroristes formés ou reformés pendant les presque cinq années de crise en Syrie). Personne, inversement, ne nous a parlé de Syriens ayant quitté leur foyer dans les zones « gouvernementales » pour aller se réfugier dans les zones contrôlées par les groupes armés, rebelles, révolutionnaires, modérés ou pas. Certains ont quitté le pays pendant quelques semaines ou mois et sont revenus ensuite dans les villes ou villages dont ont été chassés les groupes armés. Depuis le début de l’intervention russe (30 septembre) il semble que de nombreux Syriens soient revenus aussi des camps de réfugiés, et attendent la libération totale de leur région ou village pour y retourner.

Le samedi étant le jour férié hebdomadaire en Syrie, il est donc trop tard pour programmer certains rendez-vous extérieurs. Nous allons passer des travaux saisonniers aux interviews des gens proches du monastère, faciles à rencontrer sur place, et disponibles.

  Abu Georges supervise l’intendance du monastère depuis 2009 (y compris construction de la nouvelle hôtellerie pour les visiteurs, actuellement à l’arrêt) et avec son épouse Sylvie il s’occupe aussi de l’aide aux déplacés dans toute la zone du Qalamoun, pour le Croissant-Rouge.

  Il était là lors de mon premier séjour, en 2011, et il se souvient : à la demande de Mère Agnès, il avait accompagné à Homs une « journaliste freelance » (pour des médias catholiques), BP, qui faisait partie de notre groupe ; BP voulait absolument aller à Homs voir des « manifestations de démocrates» opposants à Assad. Il avait dû, « avec elle, pour sa sécurité à elle, entrer dans des quartiers dangereux de Homs », où on nous avait recommandé de ne pas aller. Traduction de R. : «Les gens les regardaient de leurs fenêtres, il n’y avait pas de voiture dans les rues, c’était très facile de se faire kidnapper dans une zone où il y avait l’Armée (dite) Syrienne (dite) Libre. On voyait bien qu’elle était étrangère [je confirme] ; on voyait des gens avec des cagoules, et des fusils. Elle a bien vu que c’était des gens masqués et avec des armes». La mission d’Abu Georges était de l’accompagner et de la ramener au monastère. BP, à qui j’avais demandé (perfidement, oui) le soir si elle avait rencontré les fameux manifestants démocrates dont on nous parlait tant en Europe, m’avait dit « non, mais je ne suis pas allée partout ». Je n’ai vu aucun compte-rendu de BP sur cette « mission », à mon retour en France. Mais peut-être ne suis-je pas, moi non plus, « allée partout » sur Internet…

  Abu Georges est originaire de Qâra, mais il est né et a grandi à Damas où il travaillait dans le bâtiment. Il était en relation avec Mère Agnès ; c’est à cause de la crise qu’il s’est "orienté vers le travail humanitaire, et c’est une grâce de Dieu de pouvoir travailler pour le Croissant-Rouge »[1]. Sa famille était à Damas pendant tout le début de la crise, c’est la première année qu’ils sont ensemble ici. Sylvie était responsable des aides humanitaires pour Mère Agnès à Damas. Elle est ici depuis cet été et elle est responsable à Qâra de l’organisation de stages pour les femmes ; toutes celles qui veulent, celles qui sont d’ici et n’ont pas ou plus de travail (et de ressources), et les déplacées.

  Abu Georges parle des gens qui travaillent avec lui, exceptionnels, "héroïques" dit-il : "ils vont livrer des denrées avec un van, maintenant c’est sécurisé mais ils l’ont fait pendant toute le période où c’était très dangereux de circuler ; où ils se sont plusieurs fois fait tirer dessus" (notamment lui et Brahim).

 Sylvie était enseignante à l’école Besançon, école française à Damas. "Avant les événements, il y avait aussi environ 2000 élèves au lycée français ; après le début de la crise, 675, et depuis ça varie[2]. Il y avait 300 enseignants, et il n’en reste plus qu’une centaine [la plupart, d’après une autre source à Damas, en contrats locaux avec l’association des parents d’élèves]. Le directeur, maintenant, est un Syrien. Il y avait une école française à Mazzé (quartier résidentiel de Damas) qui a fermé après le début des événements ; ils avaient peur pour les élèves". Sylvie a démissionné de l’école où elle enseignait depuis 15 ans.

  Leur fille est en terminale dans un lycée à 7 Km de Qâra, trajets quotidiens. Leur fils est à la faculté de médecine à Dayr Atiyah. Il avait d’excellentes notes ; il a demandé un visa pour venir étudier à la faculté de médecine à Lyon. Refusé. Motif étonnamment signifié par l’université qui n’est pas l’autorité compétente en la matière [par email à Soeur Claire-Marie] : il est catholique pratiquant, donc il refuse l’avortement, pense-t-on… Il avait été lui aussi à l’école Besançon. Maintenant c’est parce qu’il est à l’université du Qalamoun que Sylvie a voulu se rapprocher et venir habiter ici.

  Un détail me revient aujourd’hui, à propos des jeunes hommes qui poursuivent leurs études actuellement en Syrie. Détail peu médiatisé sur l’effroyable « dictature » des Assad, père et fils : pour la conscription, tout jeune Syrien garçon unique dans la fratrie est dispensé de service militaire, en tant que soutien de famille. Y compris en temps de guerre où pourtant l’Armée manque de soldats au bout de plusieurs années de l’agression qui a tué au combat au moins, estimation la plus basse, 80 mille militaires -appelés, réservistes ou engagés[3]. Les divers attachés et expatriés que nous avons stipendiés pendant des années en Syrie par exemple à l’ambassade et à l’IFPO[4], aujourd’hui recyclés en France experts politologues, oublient, entre autres choses, de nous parler de ce détail dans les médias où ils passent en boucle pour cracher sur le «régime ».

  Abu Georges : "Pour comprendre la situation ici : la ville est sur la frontière avec le Liban, la contrebande y était une ressource essentielle ; l’autre étant la production de cerises sur les flancs des montagnes, à quelques kilomètres. Maintenant les cerisaies sont aux mains de Daesh qui a pris la montagne. La cerise de Qâra n’est pas pour la consommation courante car elle est très chère ; c’est une variété qui est ferme, donc bonne pour l’exportation. Elle s’appelle napoléon, en tous cas ici on l’appelle comme ça"[5]. A ce moment de notre entretien, on entend le canon.

 "Ici, le froid complexifie la situation : à Qâra il peut faire -16, -20°, l’hiver. On est à 1300 mètres. A cause de la crise il n’y a plus de contrebande [ou plus la même], il n’y a plus de cerises, le mazout est rare et cher et il fait très froid". Toutes circonstances aggravant les problèmes de Qâra où, "avant la crise, les jeunes entre 16 et 18 ans arrêtaient l’école pour faire de la contrebande qui leur rapportait beaucoup plus. De ce fait, une partie de la population n’a pas de métier, et a eu beaucoup d’argent par la contrebande. Donc le niveau d’éducation scolaire est faible, ici".

m-a : Contrebande de tout, y compris armes ? « Avant [la crise] ils prenaient le mazout ici [vendu à bas prix] et le vendaient au Liban. Et ils revenaient avec de tout. C’était une bombe à retardement, avec ces facteurs de déséquilibre : économiques, sociaux et moraux. Avant à Qâra il n’y avait pas de vol, ça a commencé à apparaître. Ici c’était très préservé, et maintenant on a commencé à voir des familles se défaire ; c’est ce qui fait que le monastère se concentre sur Qâra, plutôt qu’ailleurs ».

  Abu Georges et sa femme ont « pris aussi l’option du Croissant-Rouge pour renforcer le travail du monastère ; ils ont plus de soutien. Le Croissant-Rouge les a sollicités parce qu’ils sont les mieux rodés à Qâra pour ces interventions ; avant, l’équipe de Mère Agnès, ils étaient 25 ; maintenant ils ont une équipe de 256 personnes, au Croissant-Rouge. Ils ne travaillent pas qu’avec les chrétiens : avec toutes les familles qui ont besoin d’eux. Une équipe était déjà formée, avant, par le monastère, et c’est le Croissant-Rouge qui leur a demandé de constituer aussi une équipe pour lui. Il y a un village à côté, Jarajir, où il n’y a aucun chrétien, ils ont aidé tout le monde.

  Le 15 XII 2013 [un mois après l’occupation de Qâra par les groupes armés] ils ont agrandi leur zone d’intervention à cause des besoins. Pour l’équipe de Mère Agnès la zone est la Syrie toute entière ; pour le CR seulement la région Qalamoun.

  Un mois avant, il y avait eu des combats entre l’Armée syrienne et les groupes armés. Personne ne pouvait circuler sauf la voiture du monastère : ils pouvaient entrer et sortir car ils représentaient le monastère, et l’Armée Syrienne qui faisait le siège autour de la ville acceptait que le véhicule passe. Les groupes armés se sont enfuis après 3 jours de combats, ils sont allés au Liban à Aarsâl [juste de l’autre côté des montagnes]. Les civils étaient partis dès l’arrivée des groupes armés, ils avaient peur des combats. Avant la crise il y avait environ 25 000 habitants à Qâra, et après ces 3 jours de combat 20 personnes seulement étaient restées : une seule famille, avec des personnes handicapées qui ne pouvaient pas bouger et des personnes âgées. Les 3 premiers jours ils ont accueilli au monastère 200 familles, sauf les hommes : Abu Georges a interdit aux hommes de rentrer pour éviter des problèmes.

 Ici, ils avaient 5 paquets de pain et quelques produits alimentaires, ils ont divisé les paquets de pain, "on a l’habitude de faire des réserves de nourriture", ils ont commencé à donner du pain ; à un moment ils en ont donné à un vieil homme qui est riche, et Abu Georges a senti qu’il était gêné. Le vieil homme l’a pris dans ses bras et lui a dit "ça fait deux jours que je n’ai pas mangé", il avait les larmes aux yeux.

 Ensuite un soldat du Hezbollah l’a appelé pour lui dire qu’il y avait une vache dans une ferme qui perdait son lait : qu’il vienne la chercher. Il n’a pas pris ça au sérieux mais le soldat l’a rappelé pour lui dire "on vous attend !". Abu Georges a demandé à Brahim de l’accompagner. Ils sont partis chercher la vache et en fait ils ont trouvé plein d’animaux dont beaucoup avaient péri ; ils ont dû y retourner plusieurs fois, et ont ramené plus de 100 vaches, rassemblé environ 200 moutons et chèvres. A ce moment-là c’était très dangereux, ils ont essuyé des tirs, des balles ont frôlé les pieds de Brahim. Tous les animaux qu’ils ont trouvés ils les ont ramenés au couvent et dans la ferme d’en face [élevage de volailles, fermé maintenant, zone militaire]. Comme Brahim s’y connaît un peu en élevage, il a pu s’en occuper. Et il se trouve qu’il y avait à Qâra un vétérinaire -dont la femme et les enfants étaient réfugiés à Damas- qui était revenu seul voir son père resté ici ; Abu G lui a demandé de venir les aider. L’épouse de cet homme l’appelait de Damas en lui disant de venir s’occuper d’eux mais il a fini par lui répondre de se débrouiller, qu'il avait autre chose à faire !

  Ils n’avaient plus d’électricité et c’était l’hiver, beaucoup de neige mais plus d’eau. Ils ont fait fondre la neige pour donner à boire aux animaux.

  Quand les gens sont rentrés chez eux après les combats, ils venaient reconnaître leurs animaux et les reprenaient. Une partie des animaux avait été volée et vendue entre le 19 et le 25 XI 2013. Ils avaient commencé à 3, le vétérinaire a été le 4ème, puis un avocat qui était au monastère les a aidés. Un autre jeune et 2 personnes extérieures à Qâra.

 "L’étincelle est venue du responsable du Hezbollah" qui l’a appelé. Abu Georges lui avait dit mais il y en a beaucoup ! l’autre lui a dit ça ne fait rien. Si quelqu’un vous embête on peut s’organiser avec l’Armée pour vous faciliter la tâche.

  Ils ont trait les vaches qui en avaient besoin, même si personne ne savait traire (rires). Ils ont eu beaucoup de lait. Sylvie en se moquant : "ils se lavaient avec du lait !" Abu Georges : "non, mais comme il y en avait beaucoup et pas d’eau on buvait du lait ; les religieuses ont fait des yaourts qu’ils ont donnés à Qâra".

  Ils ont cherché où il y avait du foin. Par chance ils en avaient eux, ici, et à la ferme d’en face ; et Abu Georges avait un ami qui avait beaucoup de vaches, donc du foin : ils ont tout ramené au monastère. Ils ont pu nourrir un peu les bêtes, en partageant ce qu’ils avaient : une vache a besoin de 8 kilos de nourriture, ils ne pouvaient en donner que 4. Pour leur donner à boire, ils mettaient des grosses bassines de neige à chauffer.

  Avant que les gens ne reviennent les chercher, les animaux sont resté plus d’un mois et demi, certains trois mois et "nous nous sommes débrouillés, dans la neige, pour faire vivre ces vaches. Le vétérinaire était musulman. Nous sommes fiers de cette action !".

Quand les habitants de Qâra sont revenus leurs maisons étaient presque toutes pillées, certaines brûlées. Comme le monastère leur donnait des aides ils pensaient que le monastère n’avait aucun besoin, Abu Georges n’a pas de souvenir d’une chèvre ou d’un agneau donné en remerciement ; les gens ne pensaient pas à donner eux-mêmes quelque chose pour remercier d’avoir retrouvé leurs animaux en vie.

 Certains habitants pillaient les maisons qui étaient encore vides. Alors eux descendaient du monastère et allaient engueuler les gens qu’ils voyaient piller, ils les chassaient et fermaient les portes des maisons. On leur a dit après : « vous êtes les gardiens de Qâra ! ».

Brahim : « on ne pensait pas à la peur, dans le feu de l’action !».

  Il n’y avait pas de réseau pour téléphoner. Abu Georges est monté en haut de la tour pour trouver un soupçon de réseau pour envoyer un SMS à sa femme et appeler Agnès Mariam qui était aux USA. "Heureusement qu’elle était aux USA car sa présence ici était un danger plus important pour le monastère. Aujourd’hui, oui, elle est toujours visée, donc sa présence est un danger pour les autres. Quand elle vient, comme ces jours-ci, on lui dit de partir le plus vite possible. Quand elle est ici c’est à nous de la protéger.

  Les ambitions de Daesh, ce n’est pas que la Syrie, leur but c’est l’Europe, parce que Daesh est partout, parmi les réfugiés il y a des gens de Daesh ".

m-a : Qui finance les aides pour les déplacés ?  "Le Croissant-Rouge ".

Les aides distribuées par les équipes de Mère Agnès sont financées par les dons reçus[6] au Monastère Saint Jacques le Mutilé, provenant de la solidarité suscitée par les conférences de Mère Agnès ; qui a appris l’existence de "sommes énormes" arrivant ailleurs en Syrie via des églises évangéliques étasuniennes ou communautés -dites- « caritatives » nord-américaines. Avec bibles en prime pour la nouvelle croisade. Fond de commerce et fonctionnement identiques à ceux des sectes fondamentalistes (financées par « nos amis » du Golfe) que nous prétendons combattre maintenant en Syrie, et à Paris.

  Où va cet argent ? Les Patriarcats d’Orient sont très vigilants, politiquement, et transparents dans leurs actions : et de ce fait mal vus par les gouvernants occidentaux.

Pour les réfugiés syriens en Turquie, par contre, l’Union européenne vient d’allouer 3 milliards d’euros au gouvernement turc[7] : qui peut contrôler la destination exacte et l’utilisation de cet argent ? "Blanchiment d’argent pour les armes que va livrer l’Occident" plus ou moins clandestinement aux mercenaires terroristes, ai-je entendu pendant notre séjour, cette allocation venant d’être annoncée mais pas encore actée.

Samedi 10 octobre matin, rendez-vous avec Brahim et Sylvie pour plus de précisions sur leur intervention ; Abu Georges est là aussi. Ambiance de jour férié.

  Dehors, pendant que j’attends avec Brahim, je le questionne sur les montagnes derrière nous, qui sont pelées ; il me dit que les tâche vertes qu’on voit sur les contreforts sont des cerisaies. Et Daesh pas loin. Abu Georges me dit en passant no camera en me voyant avec l’appareil photo en-dehors de l’enceinte du monastère, zone militaire.

Brahim : "Avant, toute la montagne était une forêt, avec des arbres un peu comme les cèdres au Liban, mais d’une autre variété. Toute la montagne a été déboisée au fil des siècles. C’était du très bon bois, pour faire les maisons, pour les charpentes. Il y en a d’ailleurs dans le monastère".

  On commence nos entretiens en déjeunant avec Brahim qui vient d’apprendre qu’il doit partir à 10h à Tartous (livrer le fauteuil roulant avec le jeune réserviste).

Sur la table : pains, petits fromages genre mozzarella et féta, olives vertes, oeufs durs, tomates. Et zaatar (le vert) ; Sylvie nous dit qu’en Allemagne sa soeur trouve plus de choses qu’ici pour cuisiner syrien !

m-a à Brahim, jeune homme d’une trentaine d’années : quel est ton travail sur le terrain ?

Il est fonctionnaire, ingénieur agronome, il dirige  - "petit directeur " nous dit-il en riant-  une usine d’aliments pour animaux, à 15 Km, à An Nabk. Après son travail il vient ici, après 15h et les jours fériés : pour les déplacés et pour la gestion des 40 hectares du monastère. "Une partie seulement est cultivée, maintenant : la plus proche du monastère, qui malheureusement n’est pas bonne pour la culture. L’autre partie, la meilleure, ne peut plus l’être car sous le tir possible des terroristes. Dans le domaine, il y a des oliviers, abricotiers, amandiers, figuiers, cerisiers (peu), noyers, pommes et poires, cognassiers (pâtes de fruits de Claire-Marie). Un seul noisetier, et des pêchers. Et les potagers. Et une céréale pour les animaux" [dont nous n’arriverons pas à identifier le nom : peut-être du seigle].

  Autrefois Brahim avait lui-même une ferme avec des animaux, poules, moutons ; maintenant il n’a plus d’animaux, seulement des cultures. Parce que les conditions sont difficiles : le travail coûte très cher et il est risqué. S’il a des animaux et qu’il y a encore une attaque il sera obligé de les abattre ; ça coûte cher de les avoir donc ce n’est plus possible pour le moment. Il avait environ 130 moutons, pour l’élevage. Dans la première période il a vendu du lait et quand il a eu trop de travail il a abandonné la vente du lait de brebis et a fait de l’élevage seulement pour la viande. La viande de mouton est 7 fois plus chère maintenant. Les oeufs, ça fait deux ans qu’il n’en vend plus ; 30 oeufs = 700 LS , 1 oeuf = 25 LS. Autrefois entre 50 et 100 les 30 oeufs ».

m-a : et avec l’équipe de Mère Agnès ?

Ils font la distribution des aides : aliments, vêtements, hygiène. Mère Agnès achetait des grosses quantités de riz qu’ils divisaient pour faire des rations. Mais ça n’est pas toujours facile, les gens peuvent être agressifs s’ils n’ont pas leurs aides. Ils distribuent aux réfugiés et aux gens de Qâra et des alentours, à tous ceux qui ont besoin.

"Une partie de l’équipe va dans les maisons, pour faire l’inventaire de ce qu’ont les gens ; c’est un travail qui est sympa et en même temps difficile, parfois très difficile".

m-a ?  "De traiter avec les gens parce que tout le monde veut, tout le monde a besoin, ils veulent qu’on leur donne ce qu’ils veulent, eux, et pas forcément ce qu’on a, nous".

Des fois il a envie d’arrêter mais quelque chose lui dit non ; "c’est difficile aussi d’arrêter !"

m-a : depuis quand font-ils ça ?

"Depuis le 15 XI 2013. Toujours la même date !" A Damas l’équipe de Mère Agnès a été active avant, et il lui arrivait d’aller à Damas pour aider.

m-a : tu as aussi du temps libre ?

 "Maintenant oui, parce que la distribution ce n’est pas tous les jours. Quand les aides arrivent on distribue. L’aide vient de Mère Agnès, et des Jésuites". Et il leur arrive de donner de l’argent : pour des gens qui sont malades, pour des opérations chirurgicales.

Les denrées alimentaires arrivent de l’extérieur. Ici à Qâra ils n’ont jamais acheté de denrées à distribuer. Mais ils préfèreraient recevoir de l’argent et acheter dans le pays [bien moins cher que d’envoyer d’Europe, et pour faire fonctionner la production et le commerce syriens].

  Sylvie connaît une Libanaise d’origine syrienne qui lui donnait de l’argent pour qu’elle lui achète des lots de sous-vêtements ici, parce que le coton syrien est beau, de belle qualité ; elle les vendait ensuite au Liban et la différence allait aux réfugiés. "Il y a plein de petites actions de solidarité. Il y a ce qu’il faut en Syrie, pour se nourrir, se vêtir. Mais maintenant ça peut être très cher ; par exemple, les bons cartables, ceux qui durent longtemps valent environ 10 000 LS, et le salaire mensuel de ceux (militaires) qui sont sur les frontières c’est environ 15 à 20 000 LS (100 $) ; alors les gens sont d’accord pour donner un bakchich".

Le salaire de Brahim est inférieur à 100 $, environ 20 000 LS.

"Les salaires ont été augmentés après l’Aïd, 130 $ [si nous avons bien entendu] environ ; même si c’est peu on remercie Dieu. Et les fonctionnaires ont toujours été payés. Avant la crise la Syrie n’avait pas de dette «  et croissance à 7%.

"La Syrie est auto-suffisante. Par exemple, la production de blé est suffisante pour avoir toujours 5 années d’avance ; la Turquie en a pillé ces dernières années mais il y en a encore !".

  Abu Georges reprend la parole : L’an dernier, l’hiver a été très sévère. Une femme l’a arrêté sur le chemin et lui a dit qu’elle avait besoin de choses pour ses enfants, qui n’avaient plus rien à se mettre. Il a demandé les tailles, les pointures, elle a appelé son fils pour lui demander sa pointure, il avait des claquettes en plein hiver. Abu Georges avait des chaussures en réserve, mais juste la pointure au-dessous : trop petites. Lui au monastère il peut bouger, demander à Mère Agnès, et aller chercher des choses ailleurs. Pas le CR où on ne prend que ce qui arrive. Un carton d’aide du CR vaut 100 LS et comme la personne qui le reçoit a d’autres besoins elle est obligée de vendre ; il excuse les gens qui revendent le contenu des cartons d’aide. "En plus ils sont perdants car quand ils vendent ils perdent 40% de la valeur du carton ; si les aides étaient en cash ça éviterait tout ce trafic et ça serait plus adapté".

 Récemment les usines de médicaments autour de Damas ont réouvert, mais ça a augmenté de 55%, d’un coup. C’est récent qu’ils aient des médicaments à distribuer. Agnès Mariam avait des hôpitaux ambulatoires pour Homs et Alep. Dans la première période, quand les habitants sont revenus à Qâra après la bataille il n’y avait plus rien. Du monastère, eux arrivaient à sortir : ils répertoriaient les besoins de la population en médicaments et allaient les chercher ailleurs. Avant il y avait 10 pharmacies à Qâra, qui est un gros bourg depuis longtemps : en 1266 il n’y avait que des chrétiens à Qâra, 36 000 habitants. [Le père de Brahim, militaire à la retraite, a écrit un livre sur l’histoire de sa ville : nous y reviendrons]. Les derniers temps, il y avait 25 000 habitants à Qâra ; après, 80 000 avec les déplacés de Al Qusayr ».

Brahim : "Quand on est sorti de la colonisation ottomane, la France nous a sortis de la misère et de l’ignorance et ouverts au progrès et à la civilisation ; nous nous considérions comme des amis de la France et nous ne comprenons pas son attitude actuelle». Ces propos de Brahim, que je ne partage pas, reflètent aussi, en tous cas, la perplexité de nombreux Syriens sur l’attitude des gouvernants français ces dernières années (ministres des Affaires Etrangères notamment, dont Alain Juppé au coude à coude avec celui qui apprécie le « bon boulot » de la branche syrienne d’Al Qaeda, le Front Al Nosra).

m-a : mais maintenant nous avons des gouvernements sionistes et atlantistes.

  Nous sortons accompagner Brahim qui va partir livrer le fauteuil roulant à Tartous (20 kilos, donateur : www.arcenciel.org Liban, inscription sur le carton : « participer au développement »). Nous bavardons avec le jeune réserviste qui va conduire et escorter la livraison (cf. « Matins de lumière »).

  Toujours intriguée par la nudité des montagnes, je demande à Sylvie quelle est l’origine de la déforestation : « Au fil des siècles, et en particulier par les Turcs : et ça s’est achevé avec le besoin de travées pour construire la voie ferrée de l’Empire ottoman vers La Mecque. Mais la déforestation avait commencé il y a 4 ou 5 siècles ».

 Sylvie est d’origine arménienne, catholique, elle pourrait avoir un passeport arménien parce qu’elle peut prouver que ses ancêtres sont arméniens ; elle a 41 ans. Elle organise des stages de crochet et tricot. "Les ateliers de tapis c’est une autre qui s’en occupe".

"Ça fait longtemps que les gens ne savent plus faire ces travaux-là parce qu’on pouvait les trouver beaucoup moins cher que si on les faisait à la maison. Avec la crise tout est beaucoup plus cher et c’est nécessaire de se faire soi-même certains vêtements pour économiser ; faire ses pulls" etc. Ils ont mis une annonce au Croissant-Rouge, et dans les rues, pour demander qui veut faire du tricot ou du crochet ou de la couture et ils ont commencé cet été.

  Au début il y a eu peu de femmes. "Quand c'est gratuit on croit que ça n’est pas sérieux, pas important. Donc peu de femmes sont venues". Pour qu’elles viennent Abu Georges leur a dit que celles qui viendraient auraient une aide ; « comme celles qui viennent sont très pauvres, elles ont eu une aide que de toutes façons elles allaient avoir » (!). Elles ont commencé avec une ou deux femmes seulement, et ensuite une dizaine sont venues. "Quand elles ont commencé à apprendre, elles ont beaucoup aimé. Celles qui ne savaient absolument pas tenir une aiguille étaient très contentes".

m-a : quel âge  ? "de 16 à 50 ans environ. Les jeunes ne savaient pas du tout, et certaines parmi les plus âgées non plus ; elles n’avaient pas de technique". Le CR donnait le matériel -3 pelotes- pour s’entraîner et ensuite un sac de pelotes pour faire un tricot utile ; stages dans les locaux du CR, dans une pièce de quelques mètres carrés.

D. : pour vendre ? « "Oui, c’était ça le but, pour avoir une source de revenus. On a commencé cet été. A An Nabk des femmes le faisaient avant la crise, depuis une dizaine d’années, et quand elles sont venues voir ce que faisaient les stagiaires ici, elles étaient étonnées de leurs travaux".

Stages de 2 mois et demi pour le crochet, deux mois pour le tricot : 3 fois 1h30 par semaine = 25 séances. Sylvie a un salaire symbolique pour ce travail.

  Le but est d’apprendre aux gens à faire quelque chose soi-même : robes, vêtements, chaussettes, bonnets bébés, écharpes, châles, gants. Trois stagiaires qui travaillent très bien vont aller vendre leur production au bazar [marché]. "Elles ont commencé pour les bébés et ensuite les vêtements pour des plus grands. C’est important pour la femme qui reste à la maison ; on boit beaucoup de café ici, alors quand on boit le café on tricote et psychologiquement c’est un très bon plan, tu produis quelque chose".

  L’équipe pense faire bientôt des cours de français et anglais, "stages de langue pour les enseignants, du CP à la 4ème, pour la prononciation ; les profs ont une mauvaise prononciation. Pour le tricot tout est théorique, les devoirs, la pratique c’est à la maison, il y a même un mari qui en a assez de toujours voir sa femme avec un tricot ! ». On se quitte en bavardant tricot, crochet…

  Nous avons continué ce jour-là par les entretiens avec le jeune réserviste et le colonel, de passage au monastère. En fin d’après-midi nous partons à Qâra faire une visite à une famille de déplacés. Visite non préparée : nous ne savions rien de ceux que nous allions rencontrer, introduits par deux personnes du Croissant-Rouge avec qui nous échangeons quelques mots -R. traduit- en passant les prendre avec le pick-up de Abu Georges : on se serre et on ne traîne pas dans les rues du quartier, l’obscurité est en train de tomber. La jeune femme qui nous accompagne est psychologue, mais on n’aura pas le temps de parler, ni avant ni après notre visite ; son mari est le maire du quartier et nous expliquera, chez les déplacés, le mode de désignation du maire.

  Nous arrivons dans une petite maison basse entourée d’une cour, il semble que nous arrivions au milieu d’une fête familiale, il y a du monde mais on s’installe à l’écart avec celle que nous venons rencontrer, dans la pièce où elle vit. Tapis par terre, un plateau avec le maté et quelques biscuits arrive ensuite : nous sommes une bonne dizaine et partageons les trois verres, par souci d’économie. Celle qui nous reçoit a cinq enfants. L’aîné est un garçon qui a 8 ou 9 ans, à qui sa mère dit de s’asseoir à côté de moi. Nous sommes nombreux dans la pièce qui n’est pas grande : nous trois, les deux membres du CR et Abu Georges (qui s’absente ensuite pendant notre entretien), notre hôtesse et une de ses soeurs habitant dans la maison à côté, et une ribambelle d’enfants qui, quand ils vont être moins intimidés par la situation, entrent et sortent librement, et gaiement. Pas facile de s’entendre au milieu de ces va et vient, de la circulation du maté, des interventions des membres du CR pour expliquer la situation. La jeune femme raconte, et précise en fonction de nos questions.

 Ils sont « déplacés » venant de la Ghouta, de Beit Sawe, à côté d’Irbin. L’aîné des enfants présents dit tout d’un coup à sa mère que le petit a été réveillé ; on ne l’avait pas vu, il était sous une couverture, sa mère ne l’avait pas laissé sortir parce qu’il est malade. Très rapidement elle parle de l’aîné, qui a plutôt envie de quitter la pièce pour aller rejoindre ses frères et cousins. "Il a eu un accident, un baril d’essence a explosé à cause de la chaleur (chez eux) et il a un morceau de cerveau qui est sorti. On lui a mis un os artificiel, un morceau de crâne", opéré à l’hôpital du Qalamoun. "Il ne peut pas lire, se concentrer, il va à l’école mais il ne lit pas, n’écrit pas, il a des problèmes de concentration". Sa mère dit que c’est peut-être le choc qui fait qu’il est comme ça. "Quand il entend un bruit ça le réveille, ou ça lui fait peur. Il faudra plus tard lui remplacer cet os artificiel ». Le récit est impressionnant mais le garçon n’a pas l’air d’avoir de séquelles fonctionnelles apparentes.

   Puis elle nous dit que son mari a été pris il y a deux ans, à un barrage de l’Etat, et depuis elle n’a aucune nouvelle de lui, qu’il n’a aucun lien avec les groupes armés, que c’est peut-être un problème d’homonymie, elle ne sait rien sur lui… Ici elle a des frères qui l’aident, elle s’entend bien avec eux, elle a peu de ressources pour vivre, elle est à l’étroit.

  Celui qui nous a amenés ici nous explique alors sa fonction dans le quartier qu’il administre, et le mode de désignation du « maire » ; il travaille aussi pour le Croissant-Rouge, avec sa femme. Ses interventions sont intéressantes mais nous entraînent loin de ce que disait notre hôtesse et je demande si on peut revenir à elle. Qui nous demande alors si on peut parler à Mère Agnès de son mari, pour avoir des informations. Les échanges sont confus, difficiles à cause des interventions qui se croisent, en s’interrompant. Abu Georges revient avec un grand sac dont il sort des peluches qu’il distribue aux enfants rentrés derrière lui…

m-a à l’hôtesse : Depuis combien de temps sont-ils là ? "Depuis le début des événements".

  Pendant que sa mère parle, l’aîné-rescapé qui est à côté de moi se lève discrètement, sans difficultés et rapidement pour essayer de rejoindre la bande qui est ressortie : je le retiens par la jambe et il se rassoit, sans difficultés fonctionnelles et sans résistance non plus, sans rancune, je lui fais comprendre qu’on n’a pas fini ! Dans le brouhaha je demande à R. de lui dire qu’il écrive son prénom, en lui tendant mon crayon et mon cahier : il le fait sur le champ, sans hésitation ni difficulté apparente ; puis, deuxième question du « test », je lui dis « Souria ? » en montrant le papier, et il l’écrit aussi, sans traduction cette fois. Je lui dis alors en français qu’on a fini, tous les deux, et qu’il peut sortir si il veut ; il comprend instantanément et sort content. La partie « verbale » du test -flash- improvisé me semble plutôt bonne ! Je montrerai le soir la partie « performance » à R. et D. qui n’avaient pas suivi cette partie là de la « consultation ». J’ai des doutes sur l’origine traumatique de ses difficultés à écrire et à se concentrer en classe.

  J’essaie de reprendre le fil de la conversation avec notre interlocutrice, au milieu des interventions multiples : pourquoi ont-ils quitté leur maison à Ghouta ?

« Parce que ce qu’elle voyait à la télé lui faisait peur et elle ne voulait plus sortir et ils ont décidé de partir, de venir ici où est sa famille. Son mari était chauffeur de taxi là-bas. Elle a décidé rapidement avant que quelque chose ne lui arrive. Elle ne veut rien savoir de Ghouta. Quand il y a eu les événements à Qâra [novembre 2013] ils sont à nouveau repartis, cette fois à Aarsâl, au Liban ; elle y est restée un mois. [Pendant toute notre  visite je remarque que les petits ne touchent pas aux biscuits, peut-être leur a-t-on dit de nous les laisser].

m-a : Son mari a pu continuer à travailler ici ? Oui, il avait trouvé une voiture, pas un taxi, un camion citerne. "Quand ils l’ont pris, il partait chercher des affaires à Damas, mais pas avec son camion citerne".

Elle a des aides pour elle et sa famille ? « Elle lave des tapis pour les gens, à un lavoir » ; on a vu ces tapis étendus sur la murette à l’entrée de la maison ; « elle gagne de l’argent comme ça. Elle a des aides du Croissant-Rouge mais pas de l’Etat : "si quelqu’un est fonctionnaire, il a des allocations, sinon rien" (sic). A la fin de la crise elle ne retournera pas là-bas où elle était en location, ici elle est chez elle.

m-a : est-ce que les enfants parlent de la disparition de leur père ? -"Qu’est-ce qu’ils peuvent dire ?" Elle pleure. Ne peuvent-ils rien dire ?

R. me dira ensuite que ceux qui nous ont introduites ont trouvé mes questions déplacées, « des questions de journaliste ». Qu’attendait-on de nous ? Nous sommes venues en tant que voyageuses, questionnant sur la vie quotidienne des gens que nous rencontrons. Il était essentiel, pour moi en tout cas, de poser des questions sur les raisons et les circonstances du « déplacement » de nos hôtes. Celle qui nous a reçues a parlé d’abord de l’accident de son fils et questionnées sur ses effets présumés ; lui avait-on dit que R. et moi étions psychologues ? En tout état de causes une « consultation », la plus imprévue et improvisée soit-elle, sur des effets présumés traumatiques ne se passe pas d’un minimum d’anamnèse, y compris sur la situation familiale, surtout avec une disparition -énigmatique, telle que je l’ai entendue- du père. 

  A la fin de notre visite quand nous sommes debout pour partir le jeune accidenté n’est pas loin de moi et, en lui serrant la main pour le saluer, je lui dis -en français et demande à R. de lui traduire- qu’il est important pour le moment, pour lui et pour sa famille, qu’il continue à aller en classe, travailler. Emballé c’est pesé ? Peut-être, mais le très bref échange avec ce jeune garçon a sans aucun doute été pour moi le meilleur moment de cette visite qui me laisse par ailleurs quelques interrogations.

  Le soir je suis fourbue ; et interrogative après les rencontres de cette journée et les discussions qu’elles provoquent, y compris entre nous trois dans la chambre du monastère. Les traumatismes de guerre et de la guerre travaillent l’intimité et la vie sociale de tous ceux qui y sont confrontés, victimes, témoins et visiteurs[8]. Avec leurs effets dits secondaires, nocifs ou faussement bénéfiques, qui peuvent égarer chaque sujet happé plus ou moins directement dans cette situation confuse et tragique.

  Toutes choses à questionner et analyser sans préjugés ni a priori, pseudo scientifiques ; et politiques. La résistance à l’agression, l’action pour préserver justice et dignité, la reconstruction matérielle et la réconciliation en cours sont une part essentielle aussi de la thérapie la plus intime, à tout âge, chacun selon ses moyens, là où il est. En Syrie comme ici.

m-a patrizio

Marseille,11 décembre 2015

Merci, une fois de plus, à Dominique de France pour sa contribution à la précision et à la logique des textes des entretiens.



[1] Le Croissant-Rouge syrien fait partie de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et Croissant-Rouge.

[2] A mon retour, jai rencontré dans la région marseillaise une fillette syrienne qui était dans cette école, à Damas, jusqu’à son départ il y a trois mois ; lan dernier un tir de mortier des « rebelles » de Douma a tué une de ses amies, sous ses yeux.

[3] Par contre : « Les « Forces mocratiques (sic) de Syrie », pseudo-parti politique créé par les puissances coloniales (France, Israël, Royaume-Uni) pour masquer le YPD (Kurdes de Syrie), ont décrété la conscription obligatoire des jeunes de 18 à 30 ans. De nombreux Kurdes, opposés à la création d’un pseudo-Kurdistan dirigé par le clan Barzani, fuient les camps de réfugiés en Irak et en Turquie pour ne pas être contraints de se battre pour ce projet », http://www.voltairenet.org/article189398.html .

[4] Institut Français du Proche-Orient, voir à ce sujet : http://palestine-solidarite.org/analyses.marie-ange_patrizio.270214.htm

[5] Cette variété -bigarreau napoléon- à cause de sa taille et de sa fermeté est utilisée dans la confiserie, dans le Vaucluse. Avant lembargo limportation revenait moins cher pour les confiseurs européens.

[6] Dons déductibles fiscalement, par le biais dune organisation française : traçabilité garantie du donneur au consommateur.

[8] et bourreaux, sans aucun doute ; autre histoire que travaille le processus pour la réconciliation. Voir à ce propos lentrevue accordée par le Président Bachar al-Assad à la télévision tchèque le 1er décembre 2015 [Texte intégral transcrit et traduit par Mouna Alno], question 11 :

« le processus politique a deux aspects : lun deux est de traiter avec lopposition politique, lautre est de traiter avec ces groupes [armés]. En Syrie nous désignons ce deuxième aspect par « le processus de réconciliation » qui fait que nous accordons lamnistie à ceux qui déposent leurs armes et retournent à une vie normale.

Intervention : À vos conditions ?

Président al-Assad : Non, il sagit dune  amnistie avec reprise dune vie normale. Dans ce cas, lamnistie est totale sans aucune condamnation retenue contre vous. Vous êtes libre de mener votre vie, une vie normale, paisible, sans combat armé, sans terroriser les gens. En Syrie, ce processus de réconciliation a réussi plus que tout autre processus politique ».

http://www.mondialisation.ca/entrevue-avec-le-president-syrien-bachar-al-assad-nous-devons-proteger-notre-pays-des-terroristes-soutenus-par-des-puissances-regionales-et-par-loccident/5493348

Marie-Ange Patrizio
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