Comité de Surveillance OTAN

Alerte OTAN !

Alerte OTAN n° 22
juin 2006

Éditorial

PS - SP.a, OTAN : problèmes dans le mariage
Georges Spriet

Le réseau mondial de la prolifération des armes nucléaires
Pierre Piérart

Soudan : l'humanitaire en marche (militaire)
Roland Marounek

L’Afghanistan, la bonne conscience de l’Europe !
Marcel Poznanski

Kosovo 2006 : Libéré ou purifié ?
Georges Berghezan


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PS - SP.a, OTAN : problèmes dans le mariage

Dans les cercles de la social démocratie en Belgique, les amours avec l’Otan semblent prendre froid. L’époque de Pol Henri Spaak ou, plus récente, de Willy Claes, est révolue. Le Ministre de la Défense Flahaut veut prendre l’initiative. Le SP.a semble complètement d’accord. Mais quel est leur liberté de jeu?

Le débat sur l'Otan est d'actualité. La préparation du prochain sommet de l’Alliance atlantique du 28 novembre à Riga est en cours. Au début mai, pendant une conférence qui traitait de « l’Union Européenne, pouvoir tranquille », le chef de cabinet du Ministre de la Défense,

M. Régibeau, est sorti du bois d’une façon surprenante en lançant un cri d’alarme à propos de ce qui est en train de se passer à l’Otan1.

Critique

« Pour nous, l’Otan n’est pas un acteur mondial.. Pourquoi devrions-nous privilégier l’Otan, alors que beaucoup d’Etats membres sont aussi membres de l’UE, une organisation qui n’a pas seulement des buts militaires ? » dit le chef de cabinet. « Nous nous posons des questions à propos de certains alliés qui voient l’Otan comme le gendarme du monde. L’Otan a-t-elle besoin d’être active en Afghanistan, en Irak, au Darfour ? N’est-ce pas plutôt le rôle des Nations Unies ? » Il se demande aussi pourquoi l’Otan opère en certains endroits et dans d’autres non. « Certains veulent un plus grand engagement au Darfour. Nous, Belges, avons un lien important avec le Congo. Les victimes de la guerre civile au Congo sont pour le moins aussi importantes à nos yeux. Pourquoi l’Otan s’intéresse au Soudan, et pas au Congo ? Nous nous sentons un peu seuls ». « Le choix stratégique de construire une force d’intervention toujours plus rapide nous préoccupe. Nous devons être de plus en plus préparés à aller défendre la démocratie à l’autre bout du monde. Nous ne rejetons pas ce principe, mais nous voulons plus d’explications sur les objectifs précis », dit Régibeau.

En décembre 2005, Flahaut a désapprouvé l’augmentation du budget de l’Otan, un signal de son désaccord avec l’actuelle conduite financière. « On élabore des augmentations trop vagues, on demande toujours plus d’argent » dit Régibeau. « Toutes les opérations extérieures coûtent très cher. De plus en plus souvent, on force la main de certains pays pour payer l’entièreté de l’opération. Ce partage des dépenses est dur pour chacun, sauf pour un allié (les USA semblent visés, ndlr) Cet allié paie seulement les deux tiers de ce qu’il devrait, si l’on tient compte de sa capacité économique. Le paradoxe est que les petits pays, en fait, paient les opérations d’un grand pays. Est-ce vraiment de la solidarité ? Nous ne le pensons pas ».

Au SP.a existe le même sentiment. Déjà dans les textes de préparation du congrès d’avril dernier, le président Vande Lanotte dit : « Une transformation de l’Otan en pompier international sous direction américaine est une idée insensée et inacceptable ». A la mi-mai, Dirk Van der Maelen, chef de groupe au parlement fédéral et spécialiste de la Défense, développe cette même idée : « L’Otan ne doit pas devenir une pièce de l’échiquier mondial par laquelle les USA mènent leur propre politique »2. Il dit au journal De Standaard : « Nous ne voyons pas d’un bon œil les plans de réforme que les USA ont dessinés pour l’Otan. Les Américains veulent intégrer l’Otan dans leur réseau global de défense, et faire de ce réseau le gendarme du monde ». Il poursuit : « L’approche américaine de la solution de conflit penche trop souvent vers une solution militaire et dans cette Otan rénovée, nous risquons d'être entraînés. Les Américains veulent lâcher les garde-fous actuels, tels que les limitations budgétaires et le manque d’une capacité militaire propre .Et surtout, une telle construction de l’Otan ne pourrait se faire qu’aux dépens du rôle international joué actuellement par les Nations Unies. Nous voyons d’un mauvais œil une Otan qui serait une demi-ONU. Nous plaidons pour une Otan à deux piliers, un européen et un américain, avec chacun ses propres mécanismes de décision. C’est la seule manière d’avoir la garantie de ne pas être entraînés dans des aventures américaines ».

Au cours d’une rencontre publique entre d’une part, VREDE, la CNAPD, le Comité de Surveillance Otan et 4 parlementaires francophones (PS, CDH, Ecolo et MR), il semblait que tous les parlementaires étaient fondamentalement d’accord sur l’Otan. Ils mettaient l’accent sur le caractère défensif de l’alliance et justifiaient toute la stratégie et les actions de l’Otan depuis les années 90 : l’intervention en Bosnie, au Kosovo, le Nouveau Concept Stratégique de 1999. Ils justifiaient également le fait que l’Otan et la Belgique aient mené une guerre en ex-Yougoslavie sans mandat de l’ONU, en la classant dans la catégorie de 'situations exceptionnelles'. Pour eux, il va de soi que l’Otan reste avant tout une organisation défensive. (Nous verrons dans le chapître suivant ce qu’il en est réellement). Le caractère nucléaire de l’Otan n’a été mis en question que par le représentant Ecolo. Les trois autres répètent : « Nos alliés ne doivent pas être les premiers à dénucléariser ».

Intervention

Nous ne pouvons que nous réjouir des sentiments critiques des sociaux démocrates belges envers l’Otan. Mais n'oublions quand-même pas que l’Otan a toujours été un instrument pour institutionnaliser et perpétuer les rapports de forces issus de la 2ème Guerre Mondiale. Elle est entièrement dominée par une doctrine interventionniste, la stratégie centrale reste celle de la « première frappe nucléaire » et elle pousse tous ses membres à augmenter leurs dépenses militaires. Si la famille social-démocrate veut profiter du prochain sommet de Riga pour exprimer son mécontentement et formuler ses critiques, le moment n’est pas mal choisi. Il reste bien sûr encore à convaincre ses partenaires au gouvernement.

La proposition du SP.a de créer deux organes de décision politique au sein d’une même alliance rencontre le besoin de se détacher de la dominante politique US, mais n’apporte aucune solution fondamentale au problème du prix des interventions. D’autre part, la « politique de sécurité » de l’UE est elle-même entièrement basée sur une doctrine d’intervention . Dans le projet de Constitution européenne, que tous les parlementaires belges ont approuvé, la construction d’une armée d’intervention est écrite noir sur blanc, une armée capable de réaliser les « tâches de Petersberg », (càd du maintien de la paix à l’imposition de la paix….) et capable de désarmer sur place des groupes armés ; le tout dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Quand on lit par ailleurs dans le texte de l'UE sur la politique extérieure commune que les menaces principales pour l’Union sont le terrorisme, la criminalité internationale, les Etats voyous et les armes de destruction massive, nous ne sommes pas loin des analyses faites par Washington. Si le Ministre Flahaut s’inquiète réellement, comme le déclare son chef de cabinet Régibeau, du choix stratégique consistant à construire une force d’intervention de plus en plus rapide, M. Flahaut devrait aller relire les documents de l’Union Européenne.

Les récentes déclarations du PS et du SP.a laissent entendre que jusqu’à présent tout était en ordre, et qu’il faut s’inquiéter seulement de certaines évolutions nouvelles au sein de l’Otan. Mais cette évolution – qui se produit au nom d’une mission mondiale globale dans les textes d'Evere « global networking » – est le label et la raison d’être même de l’Otan depuis la fin de la guerre froide. 3 L’Otan est engagée dans plusieurs lieux dans des opérations armées, dans d’autres elle cherche un élargissement des accords de partenariat. (….)

Les tentacules globales de l’Otan sont déjà institutionnalisés depuis longtemps, surtout à travers le Partenariat pour la Paix. Les liens de ce Partenariat se rapprochent de la frontière chinoise. L’alliance a un passé récent chargé d’interventions militaires actives, de guerre. Il est grand temps que tous ceux qui pensent que ce n’est pas la manière de faire progresser la paix mondiale, élèvent la voix et essaient de retourner le cours des choses . Je crois que la discussion sur l’existence même de l’Otan est incontournable.

Georges Spriet


1 De Standaard 17 mai 2006, Het Nieuwsblad 23 mai 2006
2 www.s-p-a.be
3 voir l’article de Hans Lammerant dans Uitpers de mars 2006


Ce texte est la traduction d’un article paru dans VREDE en mai 2006
http://www.vrede.bel

Georges Spriet
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