Comité de Surveillance OTAN

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Alerte OTAN n° 44
décembre 2011

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Claudine Pôlet

Du Meilleur des Mondes Démocratiques à la Guerre Mondiale
Roland Marounek

La Sardaigne, poubelle de l’Otan et du complexe militaro-industriel
Carla Goffi et Ria Verjauw

Le Bouclier anti-missiles se construit – suite et pas fin
Georges Spriet

Brèves : Kosovo, Irak


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Le Bouclier anti-missiles se construit – suite et pas fin

Cet article fait suite à celui paru dans Alerte Otan n°41

Avancements dans la première phase de l'approche adaptative phasée qu'avait prévue le Pentagone et qui fut acceptée par l'Otan à Lisbonne en novembre 2010

En septembre 2009, Obama avait déjà changé les plans du bouclier de son prédécesseur G.W.Bush en modifiant l'objectif fondamental qui était la défense continentale des États Unis pour un effort immédiat afin de défendre l'Europe et le Moyen-Orient contre des attaques de missiles. Cette modification devrait rassurer les Russes et les alliés européens qui ne voulaient pas de frictions avec Moscou sur ce sujet.

Pour réaliser ce changement, le Pentagone avait développé l'approche adaptative phasée du bouclier pour l'Europe. Dans la première phase (à partir de 2011), Washington déploiera des systèmes antimissiles assurés, entre autres le système d'armement Aegis basé sur mer, des intercepteurs SM-3, des capteurs comme le Army Navy/Transportable Radar Surveillance System.

Par un accord entre les États Unis et la Roumanie, un total de 24 intercepteurs SM-3 seront déployés dans une ancienne base aérienne dans le sud du pays qui hébergera un maximum de 500 militaires américains. On parle aussi des croiseurs américains dans la Mer Noire devant les côtes roumaines.

La Turquie

Début septembre 2011, la Turquie a officiellement accepté d'héberger un radar du bouclier antimissile sur son territoire, probablement dans les environs du lac Van dans le sud-est du pays. Cet emplacement devrait rassurer la Russie vu que la plupart des missiles russes sont localisés dans le nord-ouest du pays et en Sibérie. Le radar sera connecté avec les bâtiments de guerre de l'Otan dans la Méditerranée, qui sont équipés d’ intercepteurs capables de détruire un missile attaquant avant qu'il n'atteigne son but programmé. On estime qu'il s'agit du radar X-band AN/TPY-2 qui fait partie du système THAAD conçu pour intercepter des missiles de portée moyenne à haute altitude, même dans l'espace. La distance opérationnelle du radar serait d'environ 1000km. Le radar peut jouer le rôle de point d'observation pour la détection précoce d'un lancement et le parcours d'un missile. Le radar serait géré par le centre de contrôle de l'Otan en Allemagne, mais la Turquie pourrait partager les informations.

Une question politique importante est : quel rôle le radar en Turquie jouera-t-il dans la défense d'Israël ? Ce pays dispose déjà d'un système antimissile dans le désert du Neguev, où un contingent militaire américain contrôle un même type de radar et des intercepteurs « Patriot ». La Turquie est fort inquiète des risques de nouvelles tensions régionales et ne veut pas d'intégration des deux radars. En outre, les relations militaires entre la Turquie et Israël se sont détériorées après l'attaque israélienne contre la flottille de paix.

Selon la presse américaine, cependant, aucune garantie n'a été donnée au gouvernement turc sur ce plan. C'est le centre de contrôle en Allemagne et le Pentagone qui décident : le fonctionnement du système de bouclier est basé sur la circulation rapide de l'information. Imaginons une attaque surprise israélienne sur l'Iran et une riposte de Téhéran, la présence en Israël des militaires américains exigerait une solidarité des alliés : dans ce cas chaque élément de la machinerie militaire sera utilisé, indépendamment de ce que les dirigeants turcs en pensent ?

L'Espagne

Début octobre 2011, l'administration Obama et le gouvernement espagnol se sont mis d'accord pour baser 4 croiseurs Aegis à partir de 2013 dans la base navale de Rota, comme partie du bouclier antimissile pour protéger l'Europe d'une attaque nucléaire éventuelle de l'Iran. Ces quatre bateaux seront accompagnés par 1200 militaires et 100 civils, qui viennent s'ajouter au contingent américain déjà en place à Rota. Bien que les conditions de cette présence des militaires étrangers doivent encore être arrêtées, le gouvernement Zapatero a donné déjà son accord. Ceci pour donner au Pentagone la possibilité de demander de son côté les fonds nécessaires pour le déploiement. Le parlement espagnol actuel est dissous pour les élections.

La base navale de Rota se trouve à une centaine de km au nord-ouest de Gibraltar et sert, depuis le début des années 1950, comme principale base outre-mer pour la US Navy. Le plan aidera également à maintenir une continuelle présence navale américaine dans la Méditerranée et l'Atlantique oriental. Rappelons-nous que USS Monterrey en Méditerranée , un croiseur de guerre équipé de radar avancé et de missiles guidés, opère déjà dans la Méditerranée depuis 7 mois. Le centre d'opérations aériennes de l'Otan à Torrejon (Madrid) sera également intégré dans le système de commande du bouclier. Il n'est pas prévu que les quatre navires de guerre (F-100) espagnols dotés du système Aegis s'intègreront dans le dispositif otanien.

Outre la Pologne, la Roumanie et la Turquie, d'autres pays ont offert leurs bons offices pour le bouclier: la Hollande propose ses radars installés sur ses propres frégates, et la France pense contribuer avec des capteurs et des satellites.

Le flanc sud de l'Europe devrait ainsi être couvert contre des attaques venant du Moyen-Orient avec cette phase réalisée du bouclier otanien: le radar en Turquie, les intercepteurs en Roumanie, le système d'armement Aegis sur les bateaux américains dans la Méditerranée.

La Russie

La Russie se montrait bien nerveuse en estimant que ce dernier développement autour de Rota est un nouveau pas non-concerté et unilatéral qui tourne le projet du bouclier d'un espace de collaboration en confrontation. La préoccupation centrale de Moscou est le nombre et le niveau de mobilité et de capacité des composants d'interception. Les militaires russes craignent en effet qu'à partir de 2015 le bouclier européen aurait un impact négatif sur la dissuasion nucléaire russe, c'est à dire que le bouclier serait capable d'intercepter certains des missiles balistiques russes. Washington continue à déclarer que le bouclier n'est pas dirigé contre la Russie mais contre des attaques éventuelles de l'Iran.

Dans le préambule de l'accord de réduction d'armes nucléaires (New START) du 8 avril 2010 Washington et Moscou reconnaissent qu'il existe un « rapport entre les armes stratégiques offensives et les armes stratégiques défensives, que ce rapport devient plus important avec la diminution du nombre d'armes et que les actuelles armes stratégiques défensives ne minent pas l'effectivité des armes stratégiques offensives des deux parties du traité ». La grille de lecture utilisée n'est donc pas « l'intention » mais bien la capacité et le « nombre ».

L'augmentation considérable du nombre d'intercepteurs prévu dans l'approche adaptative phasée, combinée avec le système antimissile GMD Ground-Based Midcourse, déployé en Alaska et en Californie, confronterait la Russie avec des centaines d'intercepteurs, nombre suffisant pour alarmer les leaders russes politiques et militaires. Même si l'Occident n'a pas l'intention d'utiliser le bouclier contre la Russie, dans ses phases de développement futures il aura une certaine capacité inhérente contre les forces stratégiques russes. Le ministre russe des Affaires étrangères, Lavrov, ne cesse de répéter que les projets du bouclier ne peuvent rompre la parité.

Voilà pourquoi Moscou recherche un maximum de garanties écrites et légales que le bouclier n'est pas dirigé contre la Russie, mais Washington ne veut pas mettre ces promesses orales sur papier. La mise en œuvre des phases prévues par l'Occident en Turquie, en Roumanie et en Espagne, au moment où les pourparlers entre les deux grandes puissances nucléaires sont au point mort, rend le Kremlin nerveux. Les pourparlers entre l'Otan et la Russie sur le bouclier se heurtent sur le point du niveau de cogérance du système. « Si les négociations n'ont pas de résultat, nous déplacerons nos systèmes d'armements offensifs avancés près des frontières avec l'Europe en réponse au bouclier planifié », annonçait le président Medvedev.

L'absence d'un accord général de non-recours à la 'première frappe' (first strike) et la décision d'installer un bouclier antimissiles sans les garanties recherchées par la Russie, est un développement qui pourra rapidement mener à une déstabilisation globale. D’autant plus que l'Occident a su accumuler un avantage militaire énorme depuis la fin de la Guerre Froide et a maintenant amplement montré sa volonté d'utiliser cette force.

Il est important de reconnaître que le bouclier constitue un élément crucial pour arrêter une riposte d'un ennemi affaibli après une 'première frappe', et que potentiellement le bouclier fait partie d'une politique d'attaques nucléaires. En négligeant l'importance de ce fait, nos dirigeants politiques créent des nouvelles tensions dangereuses dans un monde de plus en plus déstabilisé.

Georges Spriet
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