Comité de Surveillance OTAN

Alerte OTAN !

Alerte OTAN n° 54
octobre 2014

Éditorial

Non à la Belgique en guerre
Déclaration du CSO

Le nouveau Frankenstein
Patricia Villalon

Derrière l’unanimité du Conseil de sécurité
Manlio Dinucci

Extraits de la Déclaration du Sommet de l'Otan

Les mouvements pour la paix belges s'allient contre l'OTAN

Les enjeux du Sommet OTAN 2014 et de nos luttes contre la guerre
Intervention du CSO au contre-sommet de Cardif

Commémoration des 69 ans des bombardements nucleaires sur Hiroshima et Nagasaki

Pierre Piérart, souvenir et exemple dans ces heures sombres
Vladimir Caller

Des armes nucléaires plus précises. Cela sert à quoi ?
Michel Wautelet

La stratégie nucléaire de l’Otan
Ludo De Brabander (VREDE)

Le pacifisme du 21e siècle
Luc Mampaey (GRIP)


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Des armes nucléaires plus précises. Cela sert à quoi ?

Même si les armes nucléaires ne font plus la une de l'actualité depuis plusieurs années, le sujet mérite encore et toujours notre vigilance. C'est que, malgré la diminution des arsenaux nucléaires américains et russes suite aux accords START et SORT, le nombre de têtes nucléaires opérationnelles reste considérable. Les grandes puissances nucléaires désirent aussi moderniser leur arsenal nucléaire. C'est le cas des Etats-Unis, où un vaste programme de modernisation des armes nucléaires est en cours.

Ce programme américain intéresse la Belgique, car les têtes nucléaires stockées à Kleine Brogel y sont impliquées. Ce sont des têtes nucléaires de type B61, comme celles stockées ailleurs en Europe. Elles sont destinées à être transportées par avion. Leur puissance varie de moins de 1 kt (kt = kilotonne)1 à plusieurs centaines de kt. Un programme de modernisation des B61 est en cours aux Etats-Unis. Il pourrait coûter la bagatelle de 10 milliards de dollars. Officiellement, la modernisation des B61 a plusieurs objectifs :

  • améliorer la précision des porteurs d'armes nucléaires ;
  • diminuer la puissance des têtes nucléaires ;
  • renouveler la matière radioactive des bombes (qui se désintègre avec le temps, notamment le tritium) ;
  • les rendre compatibles avec les avions de nouvelle génération (dont le F-35).

Si la modernisation des têtes nucléaires était interdite par le traité START-1, elle est aujourd'hui permise, car les accords START de 2010 ont retiré les armes tactiques (dont les B61 de Kleine Brogel) du traité. Une arme nucléaire tactique est une arme « à courte portée », pour usage sur le champ de bataille ou en arrière (contre des centres de commandement, de logistique, etc.). Leur puissance est de 0,3 kt (puissance considérée comme le minimum possible) et quelques dizaines de kt.

Les effets des armes nucléaires

Il y a quatre principaux effets des explosions nucléaires : radiation nucléaire immédiate, effet thermique, effet de souffle, retombées radioactives.

Lorsque l'on évalue ces effets, il convient de se rendre compte que les distances données sont des approximations. La valeur réelle dépend de nombreux facteurs comme la météo, la géographie du lieu, la façon réelle dont l'explosion a lieu (les bombes défectueuses existent aussi et toutes n'explosent pas comme « désiré » par les modèles ; d'autant plus que des tests en situation réelle sont interdits depuis 1996). Personne ne sait vraiment quel pourcentage d'armes nucléaires explosera(it) dans un scénario donné !

Lors de l'explosion, les réactions nucléaires donnent lieu à des radiations nucléaires très intenses. Mais comme les effets thermiques et de souffle conduisent à la mort instantanée dans les mêmes zones, en discuter n'a guère de sens.

Une fraction de seconde après l'explosion, on observe un flash intense. C'est le «  flash thermique  », dont les effets sont très destructeurs pour tout ce qui est en ligne directe de l'explosion : incendies, brûlures intenses. Cela provoque, notamment, des brûlures du troisième degré, à une distance de 2,5 km de l'explosion d'une bombe de 25 kt (comme Nagasaki). Il est évident que les conséquences du flash thermique pour les hommes, les animaux, la végétation, les habitations, etc. sont considérables. Etant donné les distances considérables auxquels les effets du flash thermique sont importants, agir sur la précision des missiles n'a guère d'influence sur ces effets.

Pour le militaire, l'effet le plus intéressant est celui de l' onde de choc . Les effets de l'onde de choc vont de la destruction des maisons à la rupture des tympans. Militairement, une explosion nucléaire n'a plus pour but de détruire des cibles civiles mais de détruire des installations enterrées, comme des silos de missiles, centres de commandement (comme le SHAPE à Casteau), grottes (refuges de terroristes dans des montagnes), etc. Ce qui, évidemment, ne signifie pas qu'il n'y aura aucun des effets précédents sur les civils. La destruction de cibles enterrées est la principale justification militaire officielle des armes nucléaires , comme les B61. Pour fixer les idées, une arme nucléaire de 1 Mt explosant au sol crée un cratère et détruit un silo de missile sur-renforcé dans un rayon de 150-200 m du lieu de l'explosion. Le même effet avec un missile qui tombe à 15-20 m a lieu avec une arme de 1 kt. Dans ce cas, l'amélioration de la précision des missiles peut avoir des conséquences sur tous les autres effets non désirés pour des raisons militaires (radioactivité, flash).

La formidable énergie libérée par une explosion nucléaire au sol provoque des effets sismiques . Une explosion de 10 kt libère autant d'énergie qu'un séisme de magnitude 6 sur l'échelle de Richter ; une de 1 Mt correspond à la magnitude 7.

Aussitôt après l'explosion, surtout au sol ou sous terre, des vents verticaux de bas en haut se développent sous la boule de feu et l'entraînent dans l'atmosphère. C'est le champignon nucléaire bien connu. Il emporte avec lui une quantité importante de matière radioactive, qui retombera sous forme de « retombées radioactives », à grande distance. La probabilité d'avoir 50% de décès par ces retombées se rencontre, pour Y = 1 Mt, à 17 km de l'explosion, lorsqu'il n'y a pas de vent. Pour Y = 10 kt, cela correspond à 1,7 km. En cas de vent, la distance à l'explosion est beaucoup plus importante dans la direction du vent.

La modernisation des têtes nucléaires conduit donc à des systèmes plus précis, donc des explosions moins puissantes. Détruire une cible enterrée avec une précision de 110-170 m requiert une bombe de 400 kt. Par contre, avec une précision de 20 m, le même effet ne demande « que » 20 kt, compatible avec une B61. On comprend bien l'utilité de telles armes dites « tactiques ».

Rappelons cependant que 20 kt est la puissance de l'explosion de Nagasaki. Que cela correspond à un séisme de magnitude 6 sur l'échelle de Richter. Que les retombées radioactives peuvent se comparer à celles de Tchernobyl pour certains isotopes. Dès lors, même si l'amélioration de la précision des têtes nucléaires entraîne une diminution de leur puissance explosive et des effets « collatéraux », elle ne suffit pas à en faire des armes de « frappe chirurgicale ». Une explosion nucléaire aura toujours des effets beaucoup plus graves qu'une forte explosion classique.

1. La kilotonne (kt) correspond à l'énergie libérée (appelée « puissance » de l'explosion nucléaire) par une kilotonne (mille tonnes) d'explosif classique (genre TNT). Les armes nucléaires actuelles ont des puissances comprises entre quelques kt et plusieurs mégatonnes (Mt = 1.000 kt). La bombe d'Hiroshima avait une puissance estimée à environ 13 kt ; celle de Nagasaki, environ 22 kt.

Michel Wautelet
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