Comité de Surveillance OTAN

Alerte OTAN !

Alerte OTAN n° 56
avril 2015

Éditorial

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Claudine Pôlet

La Belgique est prête à dépenser 6 milliards d'euros pour « assumer ses responsabilités »…
Samuel Legros

L’Otan mobilise 30mille hommes à la frontière russe
Manlio Dinucci

Les accords de Minsk
Claudine Pôlet

La guerre c'est nous qui la payons !
Marcel Poznanski

Les Ukrainiens contre la mobilisation militaire imposée par Kiev

Libye : Les incendiaires crient au feu
Manlio Dinucci

Un protégé de l’OTAN à la tête de l’Etat islamique
Georges Berghezan

Afghanistan : l’échec cinglant de 13 ans de guerre
Dorothée Sudan et Samuel Legros


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La Belgique est prête à dépenser 6 milliards d'euros pour « assumer ses responsabilités »…

Alors que l'austérité budgétaire est érigée en orthodoxie politique, les partis de la majorité – rejoints par certains dans l'opposition –, s'activent pour remplacer les avions de chasse de l'armée belge.

L'objectif ? Acheter 40 nouveaux chasseurs-bombardiers. Le coût ? 6 milliards d'euros1 ; sans compter les frais d'entretien qui s'élèveraient à 288 millions d'euros par an, soit la moitié du budget de la défense  ! Nos représentants politiques, qui s'échinent à trouver 11 milliards d'économie d'ici à 2018, seraient prêts à une telle dépense afin que la Belgique puisse « continuer à assumer ses responsabilités pour l'édification d'un monde plus stable et plus en paix » .

Ainsi, une volonté politique existerait-elle en Belgique pour travailler à un monde plus en paix, alors que les moyens manquent pour assurer la paix sociale dans notre pays ? La réponse serait probablement oui, si l'on accepte l'idée que des avions de chasse peuvent d'une quelconque manière participer à l'édification de la paix dans le monde. Or, plus loin que les entreprises destructrices et profondément déstabilisatrices de nos avions F-16 en Afghanistan, en Libye ou en Irak, les causes fondamentales de la violence et des guerres sont clairement identifiées qui nécessitent une action concertée de la « communauté internationale ».

Si la Belgique est prête à dépenser sans compter pour la paix et la stabilité, voici ce qu'elle devrait faire pour s'assurer que son argent – notre argent – ne soit pas gaspillé…

Au niveau international

Depuis 2005, les Nations-Unies ont clairement identifié les menaces principales à la paix ; les causes fondamentales de la violence et des guerres. Celles-ci sont d'abord d'ordres socio-économiques : la pauvreté, les maladies infectieuses et la dégradation de l'environnement. Ces trois menaces fournissent le terreau du terrorisme et de la criminalité organisée  ; en même temps qu'elles sapent les fondements des États qui en sont victimes.

Or, on sait par exemple qu'un milliard de personnes n'ont pas accès à une eau potable et 2,4 milliards de personnes n'ont pas accès à des installations d'assainissement appropriées. Ce manque d'accès est l'une des causes principales des maladies infectieuses. Pour réduire ce chiffre de moitié, il faudrait entre 9 et 22 milliards de dollars (en fonction des estimations).

Les soins nécessaires à l'endiguement du virus Ebola ont été évalués par l'Organisation Mondiale de la santé à 325 millions de dollars, soit l'équivalent de l'achat de deux avions de chasse.

Mais ce n'est pas tout. Le «  non achat » d'un avion de chasse pourrait être utilement alloué à la protection de 37.500 hectares de forêt , à la livraison par la Croix-Rouge de 2 millions de colis alimentaires ou encore à l'accueil pendant un an de 11609 demandeurs d'asile  ! Oui, rien que ça !

Au niveau national

Depuis quelques années, nous sommes confrontés à l'intérieur de nos frontières au phénomène d'extrémisme violent (tueries de Charlie Hebdo , attentats déjoués à Verviers, départs massifs de jeunes belges vers la Syrie et l'Irak).

Ici aussi, la violence est une conséquence de malaises profonds vis-à-vis de notre société et de la manière dont elle organise le construire ensemble. Comme la « lutte contre le terrorisme » à l'échelle internationale, la « lutte contre le radicalisme » chez nous ne s'attaque qu'aux conséquences d'un phénomène aux racines socio-économiques – et non pas communautaires ou identitaires – multiples.

A l'image des causes fondamentales de la violence identifiées par l'ONU, l'extrême ressentiment observé à l'intérieur de nos frontières, exacerbé par la brutalité des politiques austéritaires, doit s'analyser dans le registre social et économique qui lui donne corps : ségrégation sociale, ségrégation spatiale, exclusion socio-économique, politique du logement, politique carcérale, système éducatif, discriminations, détricotage des services aux personnes, politique internationale du « deux poids, deux mesures », etc. Un ensemble de phénomènes qui entraînent une perte de confiance dans nos institutions et une perte de sens dans la co-construction de notre vivre-ensemble.

Si une bombe ne peut pas apporter la paix, retirer la nationalité n'empêchera pas un individu d'entrer dans un processus d'extrémisme violent. La lutte contre l'extrémisme violent à l'intérieur de nos frontières doit être le même que celui qui devrait prévaloir au niveau international : travailler à une société harmonieuse où chacun a la chance de rechercher son bonheur. 6 milliards d'euros pourraient très utilement y être alloués !

Ainsi, plusieurs études dont la CNAPD s'est fait le relai au travers de son outil « Ma ville, mon quartier », soulignent exemplairement que la sacro-sainte « mixité sociale » n'existe plus que dans les discours politiques : gentrification des communes paupérisées, exode et concentration des pauvres dans certaines communes de Bruxelles et de sa périphérie (« ségrégation socio-spatiale »), entre-soi de plus en plus affirmé des communes riches, etc. Or, à titre d'exemple, à l'heure où la construction de logements sociaux n'est pas la priorité budgétaire des communes (et encore moins des communes aisées), le « non-achat » d'un seul avion de chasse permettrait d'en construire 1314 !

Dans le même registre, l'achat d'un chasseur-bombardier correspond à la consommation énergétique de 294.944 ménages de quatre personnes.

En ce qui concerne les jeunes ? Le « non-achat » d'un de ces avions permettrait d'allouer une bourse universitaire à 290.697 personnes , à construire 156 parcs publics ou 150 maisons de jeunes.

Bien sûr, l'on nous rétorquera que « comparaison n'est pas raison » , que ces différentes dépenses ressortent du budget des entités fédérées, qui entretiennent une relation absolument platonique avec les dépenses du fédéral, etc. Nous sommes au courant, merci.

Il n'empêche qu'une volonté politique – largement partagée – existe pour dépenser 6 milliards d'euros dans des appareils qui font quotidiennement la preuve de leur inutilité. Une question toute simple émerge donc dans la tête d'esprits sûrement un peu étroits : pourquoi une telle volonté ne se concrétise-t-elle pas pour organiser des dépenses réellement productrices de paix, de non-violence et de solidarité ?

Tant la « lutte contre le terrorisme », que la « lutte contre le radicalisme » nous rappellent à quel point nous sommes tous responsables de la sécurité les uns des autres. Et cette entente s'apprécie à l'épreuve des faits.

1. Le chiffre le plus souvent annoncé publiquement est de 4 milliards d'euros. Celui-ci est certainement très en-dessous de la réalité quand on analyse les contrats déjà passés par d'autres pays pour l'achat de F-35 ou de Rafale.

Samuel Legros