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Alerte OTAN n°72
avril 2019

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Les 70 bougies (explosives) de l’Otan
Manlio Dinucci

L’UE vote pour l’installation de nouveaux missiles nucléaires US en Europe
Manlio Dinucci

Le journal LE SOIR n’est pas l’organe de presse de l’OTAN
Pierre Galand et Boris Fronteddu

La fin de Daesh n’est pas la fin de la guerre
Patricia Villalon

La première Guerre Humanitaire de l’Otan
Georges Berghezan et Roland Marounek

L’euromilitarisme n’est pas une alternative à l’Otan
Nicolas Bárdos-Féltoronyi

La force de la révolution bolivarienne et de la solidarité internationale
Patricia Granado

La guerre au Yémen, pourquoi un tel silence complice ?
Fotoula Ioannidis


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Le journal LE SOIR n’est pas l’organe de presse de l’OTAN

Lettre au journal Le Soir, de Pierre Galand et Boris Fronteddu

Nous avons été très interpellés par le contenu des articles au sujet du traité INF et des euromissiles parus dans les éditions du Soir du 13 et du 14 février.  Ceux-ci témoignent, en effet, d’un alignement inquiétant sur les seules informations communiquées par l’OTAN.

Tout d’abord dans votre article du 13 février, vous évoquez la riposte de l’OTAN et des Etats-Unis « aux violations par la Russie de ce Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) ». A la lecture de votre article, il semblerait que les Etats-Unis aient décidé de sortir du traité INF en réaction à la politique nucléaire russe. 

Pourtant, l’analyse des faits démontre qu’il s’agit plutôt d’une conséquence d’une stratégie de long cours des Etats-Unis visant à développer et à moderniser l’arsenal nucléaire américain.

Toujours dans votre article du 13 février, vous notez que des experts « prédisent le développement d’une version terrestre du missile de croisière naval US Tomahawk ». Il s’agirait d’une « riposte » des Etats-Unis aux violations, par la Russie, du traité INF. 

Vous omettez, cependant, de spécifier qu’en 2016, un complexe terrestre de missiles antibalistiques américain était implanté dans la base aérienne de Deveslu en Roumanie. Le Secrétaire-Général de l’OTAN, Mr. Stoltenberg, a d’ailleurs assisté à la cérémonie d’inauguration de ce nouveau complexe baptisé «Aegis Ashore». 

Cette installation comporte, entre autres, des lanceurs Mk-41. Or, il s’agit de « tube de lancement adaptable à n’importe quel missile ». Ces lanceurs pourraient donc très bien servir à tirer des missiles de croisière du type Tomahawk.  D’ailleurs l’US Naval Institute note, qu’au terme du traité INF, l’installation Aegis Ashore « pourrait être facilement  transformée en complexe offensif menaçant la Russie ». Cela démontre que les Etats-Unis prévoyaient déjà, bien avant leur retrait du traité, la possibilité d’utiliser des bases implantées en Europe pour viser la Russie avec des missiles de croisière. 

En outre, Moscou accuse les Etats-Unis de faire voler des drones équipés de missiles de croisière au-delà des limites géographiques délimitées par le traité INF. 

Le centre de recherche du Congrès des Etats-Unis, dans un rapport sur la Russie et le traité INF justifie l’utilisation de ces drones de façon, pour le moins, surprenante : « bien que les drones armés puissent frapper des cibles, [les drones] sont des plateformes transportant des armes, pas des armes en soi ».  

Dans votre article du 13 février, vous rapportez également les propos du Secrétaire Général de l’OTAN qui affirme qu’aucun nouveau missile nucléaire ne sera déployé au sol en Europe et que la réponse à la Russie sera « conventionnelle, pas nucléaire ».

Qu’il s’agisse d’un vœu pieu ou d’un réel engagement, les missiles déployés au sol ne constituent pas l’essentiel de l’arsenal nucléaire des Etats-Unis en Europe. Vous savez que les Etats-Unis stockent près de 180 bombes nucléaires du type B-61 dans cinq pays européens dont la Belgique. 

Les Etats-Unis sont d’ailleurs bien décidés à moderniser leur arsenal nucléaire en Europe. En 2012, l’administration états-unienne lançait le programme « B61-12 Life Extension Progam ». L’objectif est de remplacer les bombes nucléaires B-61 par des bombes B61-12 dès 2020. Comme les B-61, ces nouvelles armes nucléaires pourraient être larguées depuis des chasseurs bombardiers tels que les F-16, les Tornados ou les F-35, récemment acquis par la Belgique pour la bagatelle de 3,6 milliards d’euros. 

Le stockage de ces armes nucléaires américaines en Europe entre dans le cadre de la doctrine du « partage nucléaire » de l’OTAN. Or, un tel déploiement de capacité nucléaire en Europe entraine, de facto, les pays de l’Alliance dans la course à l’armement engagée par les Etats-Unis et la Russie.

De plus, si les Etats-Unis présentent leur retrait du traité INF comme une réponse à la politique nucléaire russe, il semble plutôt que cette décision entre dans le cadre d’une stratégie de long terme lancée par l’administration Obama. 

A ce titre, le Bureau budgétaire du Congrès estime que les plans de dépenses relatifs aux armes nucléaires (dont Donald Trump a hérité) coûteront 1,2 millier de milliards de dollars aux contribuables américains entre 2017 et 2046. 

Dès la fin des années 2020 déjà, les dépenses annuelles liées à la modernisation et au développement de l’arsenal nucléaire américain atteindront 50 milliards de dollars (soit 8% du budget total de la défense aux USA)1.  

Si les Etats européens ont, en effet, intérêt à « conjurer le Kremlin à se mettre en conformité avec les dispositions du traité INF », il serait pertinent qu’ils fassent de même à l’égard des Etats-Unis. 

Dans le même temps, il est impératif de remettre en question les réels objectifs de l’OTAN qui, derrière une communication policée, permet aux Etats-Unis d’héberger une part de leur arsenal nucléaire en Europe. 

Quoiqu’en dise Mr Stoltenberg, les installations nécessaires au déploiement de missiles de croisière en Europe avaient été réalisées bien avant la sortie des Etats-Unis du traité INF. Positionner l’OTAN comme une simple victime d’agressions extérieures relève d’une politique d’enfumage. 

Il s’agit bien d’une course à l’armement dans laquelle sont engagés les Etats-Unis et la Russie. Les communications visant à désigner la Russie comme seule responsable de cet état de fait ne servent qu’à une chose : justifier, auprès des Etats européens et de l’opinion publique, le développement et la modernisation du stock d’armes nucléaires américain.


Pierre Galand, Président de l’Association pour les Nations Unies (APNU), ancien Sénateur
Boris Fronteddu, Chargé de projets au Forum Nord-Sud

 

1. Arms Control Association, U.S. Nuclear Modernization Programs, août 2018

 

Défense: face aux missiles russes, «on veut éviter l’escalade»

Le Soir, 13/02/2019 - Philippe Regnier

Les Alliés se penchent sur les conséquences de la mort du Traité qui a tourné la page de la "crise des euromissiles" pendant la Guerre froide. Négociation avec Moscou et fermeté. Jusqu’ici, l’Otan reste unie sur ce dossier.

Il faut « éviter toute escalade ». Tel est – à ce stade… – le leitmotiv du secrétaire général de l’Otan, l’ex-Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg. Les Européens de l’Alliance atlantique sont engagés dans un exercice pour le moins délicat, eux qui contemplent, relativement impuissants, les Etats-Unis et la Russie déchirer inexorablement « cette clé de voûte » de la non-prolifération des armes nucléaires : le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI).

Ces engins, d’une portée de 500 à 5.500 kilomètres, sont prohibés par cet accord américano-soviétique de 1987. Le deal avait mis fin à la « crise des euromissiles », quand les deux blocs s’étaient lancés dans une course aux armements atomiques potentiellement apocalyptique, les Etats-Unis massant en Europe de l’Ouest des centaines de fusées Pershing II en riposte au déploiement des SS-20 soviétiques. La dénonciation du traité FNI a été entamée au début du mois, parce que Washington a convaincu les Alliés que Moscou a recommencé à fabriquer et à déployer des missiles interdits. Dans six mois, le traité FNI aura vécu. Que faire ?

« Ça dépend de Poutine »

L’enjeu est d’autant plus crucial que plusieurs autres éléments de l’architecture du contrôle des armements vacillent au même moment. Les ministres de la Défense des pays de l’Otan, réunis ces mercredi et jeudi, se sont penchés sur la question.

« Nous voulons que l’Otan reste unie au moment de traiter le dossier du FNI », insiste Stoltenberg – c’est capital alors que Moscou n’a d’autre dessein que de fissurer l’Alliance. Et ce n’est pas gagné d’avance, sachant que l’évaluation de la menace russe peut varier selon la proximité ou non de ses frontières, dès lors l’intensité ou l’urgence d’une riposte.

A ce stade, donc, le consensus repose sur une double approche, classique et largement éprouvée lors… de la Guerre froide – n’y revient-on pas ? D’une part, les Alliés autant que l’Alliance continueront durant les six mois de sursis à chercher à convaincre le Kremlin de cesser de violer le FNI. Stoltenberg, a-t-il indiqué, s’y emploiera dès la fin de la semaine avec le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov, en marge de la Conférence annuelle de Munich sur la sécurité. « Maintenant, ça dépend de Poutine », ramasse un responsable de l’Otan.

« Un espace pour la négociation »

Personne ne croit vraiment que le maître du Kremlin acceptera de détruire ses nouvelles fusées, ses lanceurs et « l’équipement associé » – mais, commente une source diplomatique sous couvert d’anonymat, « ce serait une erreur de communication de ne pas commencer par là : il y a encore un espace pour la négociation ». Le « nouveau » ministre belge de la Défense Didier Reynders relève, au titre d’incitant mais « sans beaucoup d’illusion », que « si des acteurs développent de nouveaux armements à courte et moyenne portée, avec de nouvelles technologies, c’est inquiétant pour tout le monde. Plus les arsenaux sont gigantesques, plus c’est dangereux. Même pour les Russes ». D’où l’intérêt de développer de nouveaux instruments « multilatéraux ».

Mais d’autre part, les Alliés se préparent déjà « à un monde sans traité FNI et davantage de missiles russes ». Il faudra une riposte, ont déjà convenu les pays de l’Alliance. Là aussi, le consensus prévoit… à ce stade, que la réponse sera « défensive, mesurée et coordonnée », a dit le « SecGen ». Et sans nouveaux missiles nucléaires basés sur le sol européen (Le Soir de mercredi). Il n’est pas nécessaire de répondre « du tac au tac » mais il faut rester « fermes », ajoute le nº1 de l’Alliance.

Une dissuasion déjà « très, très, très forte »

L’Allemande von der Leyen refuse cependant d’« exclure des options ». Un responsable de l’Otan rappelle toutefois que l’arme atomique est, pour l’Alliance, une arme de « dissuasion » et pas « de guerre ». Et Didier Reynders observe que la force de dissuasion de l’Otan est déjà « très, très, très forte ».

Entre 2016 et la fin de l’année, les Alliés, hors Etats-Unis, auront consacré 100 milliards de dollars supplémentaires à la défense… « Ce n’est pas parce qu’un pays accroît encore un peu sa menace qu’il faut faire la même chose. Si mon voisin achète son 23e couteau de cuisine, je n’ai pas besoin d’en rajouter si je peux cuisiner avec mes 5 couteaux ! On veut éviter une logique d’escalade », dit également le ministre belge.

Pierre Galand et Boris Fronteddu