Erik Rydberg
15 février 2026
En cette date anniversaire, un petit effort d'imaginaire imagination? Avec alors, ce fatidique 24 février qui voit le Hamas lancer ses troupes à l'assaut de l'Ukraine, acte d'agression qui fournit l'occasion à Israël d'enclencher un génocide à Gaza. L'Union européenne réagit comme à son habitude au quart de tour: vagues sur vagues de sanctions s'abattent contre l'État hébreu. Tandis que, profitant du chaos ambiant, les États-Unis envoient un commando enlever la Première ministre du Danemark, prise d'otage en vue d'un troc avec le Groenland à la clé. D'où - pensait-on, connaissant la célérité (et les valeurs!) de la machine européenne - nouvelles vagues de sanctions en réponse à cet acte de violation flagrante du droit international. Mais, patatras! Pour montrer ses dents, l'Union européenne brandira mâlement la menace de la tenue d'un Sommet (à Davos). Fake news pour rire (jaune) que tout ceci, évidemment. La politique-fiction figure au BA-b.a. chez les enseignants des mondes parallèles.
Mais la Russie, là-dedans? Occultée. Déjà en 2022, une censure paneuropéenne venait interdire la diffusion des émetteurs internationaux russes, Russia Today et Sputnik, ce devant une presse comme aux ordres pour n'en souffler mot, pas plus en 2022 qu'en 2025 lorsque, franchissant une étape supplémentaire dans la censure et la répression des exposés qui ne sont pas agréables à ses oreilles, l'Union européenne mettra en œuvre des sanctions drastiques (gel des comptes bancaires, quasi assignation à résidence) pour museler la critique, dont Jacques Baud sera la plus emblématique victime.
Que masque cette chape de plomb? Serait-ce l'hypothèse d'une euro-élite aux abois dont la survie est discutée le plus sérieusement au monde par le grand reporter du Financial Times, David Marsh (Can Europe Survive? Yale University Press, 2025)? Une survie qui, à l'entendre, dépendrait de la poursuite du financement d'une hypothétique victoire militaire ukrainienne. Ou bien masquerait-elle l'énigme d'une OTAN (États-Unis) mettant au défi une autre OTAN (Europe) d'empêcher la colonisation du Groenland et de ses richesses naturelles? Voire, encore, l'idée que la Russie mènerait en réalité une guerre défensive, thèse défendues par des voix éminentes en passe d'enfin devenir audibles, en France (Todd, Ferry), États-Unis (Jeffrey Sachs), Royaume-Uni (Galloway), Belgique (Bricmont), liste bien incomplète.
En règle générale, le commentaire politique préfère le point d'exclamation à sa petite sœur interrogative, la mâle plaidoirie au questionnement inquiet, l'intime conviction à l'expression de doutes partageux. Ici, fermeture de ban sur trois lourdes questions, parmi tant d'autres dans un monde de plus en plus enferré par de tectoniques contradictions. Bien malin qui peut prédire ce que Monsieur Trump fera demain, ou son Maître d'hôtel, Dame Von der Leyen - ou MM. Rutte, Merz, Orban... Du côté de Messieurs Poutine et Xi, c'est moins brumeux sans ouvrir à des certitudes univoques pourtant.
L'avantage premier du doute est de mettre à jour les préjugés d'autrui, ainsi que les siens propres. Quatre ans après le déclenchement à grande échelle du conflit armé en Ukraine, s'affichant sur un écran où vont faire taches d'huile Palestine, Syrie, Iran, Venezuela, Cuba, à chaque fois sous l'ombre tutélaire OTAN/États-Unis, l'aspiration des peuples à la paix, juste et égalitaire, peut sembler dérisoire. Raison de plus d'y croire, et de joindre les actes aux paroles. Tiens, tiens... Il faudrait peut-être un point d'exclamation, là.