Alerte Otan n° 99
2ème trimestre 2026
Qui veut la paix, prépare la paix : Journées de mobilisation et de réflexion

Parallèlement au premier salon de l’armement ‘BEDEX’ dont nos représentants politiques sont si fiers, divers événements et actions avaient lieu à Bruxelles pour faire entendre le rejet catégorique de la politique militariste du gouvernement Arizona.

Le 12 mars, les mouvements de la paix formaient un bloc au sein de la grande manifestation syndicale, avec le message clair : « Si vous perdez vos droits, ce n’est pas que l’argent manque, c’est parce que l’Arizona finance la guerre  ». Mais le message traversait également tout le cortège des 100.000 manifestants, via slogans, discours et affiches.

Le 13, Stop Militarisation organisait une action symbolique au Heysel, à l’ouverture à la presse du salon BEDEX.

Le 14 mars la première conférence organisée par Stop Militarisation a accueilli plus de 400 participants, dont beaucoup de jeunes. Nous publions ci après des extraits des interventions de Stijn Gryp, sécrétaire général CSC et de Hilal Sor, secrétaire général FGTB-Metal.

Stijn Gryp : « La lutte pour la paix et la lutte sociale ne font qu'une seule et même lutte »

[...] Le débat sur la militarisation est aujourd'hui bien trop souvent réduit à un débat, oui, qui porte uniquement sur la sécurité. Comme si ces choix étaient déconnectés de ce qu'ils signifient pour les travailleurs.

Or ces choix ne sont pas déconnectés de notre sécurité sociale, de nos services publics, ils ne sont pas déconnectés de la société que nous avons construite tous ensemble. Car lorsque les gouvernements décident de transférer massivement de l'argent vers la défense, vers quoi, vers des engins de guerre, alors cet argent ne tombe évidemment pas du ciel. Cet argent doit venir de quelque part et il vient de la même caisse d'où sont également payés notre sécurité sociale, nos écoles et nos services publics. Et c'est précisément pour cela, chers amis, que la lutte pour la paix est aussi la lutte sociale. C'est précisément pour cela que cette lutte est aussi une lutte de la CSC. Une lutte des syndicats qui défendent les travailleurs, qui défendent leur avenir.

Et les normes de l'OTAN de 5 %? Nous pouvons peut-être nous arrêter un instant sur le produit intérieur brut avec lequel on jongle avec ces normes. Cela semble abstrait mais derrière ces pourcentages se cachent des choix difficiles. Des choix,  qui reviennent à dire que pour la Belgique ces 5 % correspondent à un budget militaire de plus de 30 milliards d'euros par an. Cela signifie qu'année après année, des milliards supplémentaires, des milliards et des milliards supplémentaires sont investis dans des engins de guerre. C'est environ le même montant que le gouvernement fédéral actuel cherchait pour mettre le budget en ordre. Mais pas étalé sur une législature entière : non, mais chaque année à nouveau ce montant que l'on veut engager pour des armes et pour des engins de guerre. Et ces économies, elles se font surtout sur le dos des travailleurs, sur le dos des citoyens ordinaires. Ils le sentent déjà maintenant dans leur portefeuille, dans leur pension, dans leur protection sociale et dans la qualité aussi des services publics. Et vous avez tous vu la colère cette semaine encore de plus de 100 000 personnes ici dans les rues de Bruxelles.

La colère aussi parce qu'on fait des économies sur eux, qu'on fait des économies sur les pensions, qu'on fait des économies sur toutes les choses qui sont importantes pour eux, mais pas sur les engins militaires et sur d'autres choses. Et alors dans cette situation, il y aurait soudainement de la place pour un bond gigantesque des dépenses militaires : la CSC dit que c'est de la pure folie ; elle dit aussi que ce sont des choix politiques et que d'autres choix peuvent être faits.

Mais bien sûr nous savons qui en profite. Si nous regardons les achats d'armes des pays de l'OTAN européens ces dernières années, nous voyons que presque les deux tiers de ceux-ci ont été faits aux États-Unis. Une grande partie de nos ressources publiques vont donc disparaître dans les caisses de l'industrie de l'armement internationale, mais surtout américaine. Ces 5 %, ils sortent bien sûr du chapeau de la Maison Blanche qui compte aussi sur une grande partie de ces milliards militaires.

[...] Pour la CSC c'est clair : les travailleurs n'ont aucun intérêt à une course aux armements. Et d'ailleurs notre industrie et notre économie n'y ont pas non plus d'intérêt. Mais je vais aussi être clair, il n'est pas non plus toujours évident de convaincre les travailleurs qu'ils n'ont aucun intérêt à un investissement massif dans les armes et autres engins de guerre. Chez nous aussi, dans notre syndicat, c'est une discussion. Cela se passe aussi parfois difficilement. Nous ne devons pas l'enjoliver. Nous pouvons aussi être honnêtes là-dessus. Mais nous devons continuer à faire comprendre aux travailleurs qu'une course aux armements ne rendra finalement pas la vie plus sûre.[...]

Les travailleurs et les entreprises n'ont aucun avantage, aucun intérêt à une course aux armements. Ils ont intérêt à la paix.

La protection sociale et la sécurité sociale sont démantelées. Pour le climat, on ne fait rien du tout. Finalement ce sont toujours les travailleurs qui, dans un conflit armé comme une guerre, paient le prix le plus élevé.

Les choix auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui ne sont pas seulement militaires, contrairement à ce que l'on veut nous faire croire. Ce sont des choix de société. Ce sont des choix fondamentaux. C'est pourquoi nous avons, en tant que société civile, un rôle énormément important à jouer. C'est pourquoi il est essentiel que le mouvement pour la paix et les syndicats se retrouvent ici aujourd'hui. C'est pourquoi nous trouvons tellement important d'exprimer ici ce soutien envers vous, afin que la lutte pour la paix et la lutte sociale ne fassent qu'une et restent toujours une seule et même lutte. Car pour nous, la paix et la justice sociale vont de pair.

Hillal Sor : « Les travailleurs n’ont jamais été les gagnants des guerres » 

Nous vivons une période de tensions internationales profondes. Un basculement profond.

Partout en Europe, on nous explique que la réponse aux crises du monde serait simple : plus d’armes, plus d’armées, plus de dépenses militaires. Les budgets militaires explosent. Les gouvernements parlent de réarmement, de guerre économique, de rivalité entre blocs.

Mais dans ce débat, une question fondamentale reste souvent absente : Quel est l’intérêt des travailleurs dans cette logique de militarisation ?

Car il faut le dire clairement : les travailleurs n’ont jamais été les gagnants des guerres. Les guerres enrichissent certains intérêts économiques - particulièrement ceux des actionnaires de l’industrie de l’armement - mais elles coûtent toujours très cher aux peuples. Ce sont les travailleurs qui partent au front, produisent sous pression et paient la facture économique et sociale.

C’est pour cela que le mouvement syndical, depuis son origine, a toujours été un mouvement pour la paix. Non pas par naïveté, mais par lucidité. Parce que les travailleurs ont compris une chose simple : les travailleurs du monde entier ont plus en commun entre eux qu’avec les intérêts des élites économiques et militaires.

Lorsque les tensions internationales montent, un phénomène politique apparaît souvent. Le débat public se déplace. On parle de menaces extérieures, de sécurité nationale, d’effort militaire.

Mais on parle beaucoup moins des inégalités, de la concentration des richesses, du pouvoir des multinationales, des attaques contre les droits sociaux.

La guerre ou la peur de la guerre peut devenir un moyen de masquer les contradictions de classe. On demande aux travailleurs de s’unir derrière la nation, derrière l’effort militaire. Mais pendant ce temps, les actionnaires continuent d’accumuler les profits. Les actionnaires de la défense voient leurs dividendes exploser. Les marchés financiers saluent les annonces de réarmement. Les profiteurs de guerres se lavent les mains.

Autrement dit : la guerre devient un marché extrêmement rentable pour certains intérêts privés.

Mais la militarisation a un coût. Les budgets publics ne sont pas infinis. Lorsque des centaines de milliards sont mobilisés pour l’armement, une question revient toujours : qui va payer ? Et trop souvent, ce sont les travailleurs.

On parle déjà de réformes des pensions, de flexibilisation du travail, de restrictions budgétaires. On nous explique que l’argent manque pour les hôpitaux, les écoles, les services publics...

Mais soudain, des centaines de milliards apparaissent pour les budgets militaires.

C’est là que la contradiction devient évidente. On demande aux travailleurs de faire des sacrifices sociaux, pendant que certains acteurs économiques entendent profiter largement de la militarisation.

Face à cette logique, le mouvement syndical doit défendre une autre vision. Porter une alternative. Une vision fondée sur la coopération internationale entre les peuples. Parce que les grands défis du monde ne se résoudront pas par la confrontation militaire. Ils se résoudront par la coopération.

La crise climatique, les crises sanitaires, les inégalités économiques mondiales... Aucun de ces problèmes ne peut être résolu par des armées. Ils nécessitent de la coopération scientifique, de la coopération économique, de la solidarité internationale.

Et les travailleurs ont un rôle central dans cette coopération. Les syndicats ont toujours été des acteurs de la solidarité internationale. Lorsque des travailleurs se mobilisent dans un pays, ils inspirent les travailleurs ailleurs. Lorsque les travailleurs coopèrent au-delà des frontières, ils deviennent une force capable de défendre des droits sociaux partout.

Cette solidarité internationale nous oblige aussi à ne pas détourner le regard lorsque des peuples subissent la guerre. Nous pensons au peuple palestinien, qui subit aujourd’hui une tragédie humanitaire. Nous pensons au peuple cubain, qui continue de vivre sous embargo. Nous pensons aux populations du Moyen-Orient prises dans des logiques d’escalade militaire, notamment avec les tensions autour de l’Iran. Dans ces situations, les peuples paient toujours le prix des rivalités géopolitiques.

Le mouvement syndical doit rester fidèle à son principe fondamental : la solidarité entre les peuples.

Camarades, la question de la paix n’est pas seulement une question morale. C’est aussi une question sociale et économique. La militarisation risque de détourner des ressources immenses qui pourraient être utilisées pour la transition écologique, les services publics, l’industrie civile, la justice sociale.

Face à cela, le mouvement syndical doit défendre une alternative claire : plus de coopération internationale, plus de solidarité entre les travailleurs et une économie orientée vers les besoins des peuples plutôt que vers les logiques de guerre.

Parce qu’au fond, la paix durable ne se construit pas uniquement par l’absence de guerre. Elle se construit par la justice sociale, la coopération entre les peuples et la dignité du travail.

Et c’est précisément ce combat que le mouvement syndical doit continuer à mener.

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