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La conclusion barbare d’une guerre colonialiste barbare.

Domenico Losurdo
21 octobre 2011
http://domenicolosurdo.blogspot.com/

Il y a quelques jours Gianfranco Fini a exprimé ses regrets pour les hésitations initiales montrées en Italie à l’occasion du déchaînement de la guerre OTAN contre la Libye. Il est clair que le Président de la Chambre (des députés, NdT) n’arrive pas à rompre avec son passé de champion du fascisme et du colonialisme. Voici ce que j’ai écrit dans mon livre « Il linguaggio dell’Impero » :

« Celui qui prend une position nette contre la politique d’Israël est facilement suspecté d’antisémitisme ; mais pourquoi faire valoir à sens unique cette herméneutique du soupçon ? Prenons, pour ce qui concerne l’Italie, un homme politique de premier plan comme Gianfranco Fini. Sa manoeuvre de rapprochement de l’ « Etat juif » a commencé il y a pas mal d’années quand il a jugé opportun de ne critiquer chez Mussolini que sa législation antisémite : « Jusqu’en 1938, c’est-à-dire une minute avant la signature des lois raciales [antisémites], je crois qu’il est très difficile de juger le fascisme de façon entièrement négative ». Et les lois raciales contre les « indigènes » (arabes et noirs) dans l’empire colonial fasciste ? Et les massacres en Ethiopie ? Et l’utilisation massive d’ypérite et de gaz asphyxiants, les camps de concentration ? Comme on peut voir, on ne critique du fascisme que l’antisémitisme, sans aucune prise de distance avec l’expansionnisme et le racisme colonial. On pourrait penser que les déclarations rapportées ci-dessus renvoient à une phase intermédiaire de l’évolution de Fini. Il n’en est rien. Le voici en 2004, déjà vice-premier ministre, se lancer dans une célébration acritique de la conquête et de l’occupation de la Libye, où « les Italiens ont aussi apporté, en même temps que les routes et le travail, ces valeurs, cette civilisation, ce droit qui représente un phare pour toute la culture, pas seulement la culture occidentale ».
[…]
En ce point il convient d’examiner comment un leader arabe (Kadhafi) a répondu à Fini : « Vous êtes maintenant devenu antifasciste, et voilà une chose juste. Je sais que vous avez aussi présenté vos excuses aux Juifs, pour ce que les fascistes italiens ont fait aux Juifs. Si vous faisiez aussi la même chose envers les Libyens, en présentant vos excuses aux Libyens, dans ce cas vous pourriez recevoir des éloges ».

On comprend bien qu’un nostalgique du colonialisme comme Gianfranco Fini ait été depuis le début parmi les plus ardents défenseurs de la guerre de l’OTAN. La supériorité morale de Kadhafi par rapport non seulement à Fini mais aussi aux bouchers de Washington et de Bruxelles est claire.

Domenico Losurdo
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