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Il y a 60 ans : la tragédie de Hiroshima et Nagasaki (4e partie)

Pierre Piérart
10 juillet 2005

Juillet. Dans les heures qui suivirent la mort de président Franklin Roosevelt, survenu le 12 avril 1945, plusieurs responsables politiques approchèrent le nouveau président Harry Truman pour le mettre au courant du projet Manhattan dont il ignorait l'existence.

Ce projet avait été lancé en mai 1942 sous la direction de Vannevar Bush, président du Carnegie Institute, et du général Leslie Groves, chef du corps des ingénieurs de l'armée encore connu sous le nom de Manhattan Engineer District. Le programme Manhattan prévoyait, à titre préventif, la fabrication de 3 ou 4 bombes atomiques utilisant la réaction en chaîne de la fission de l'uranium et du plutonium. Cette réaction en chaîne devait libérer des quantités énormes d'énergie dans un temps très bref et sans aucune mesure avec la puissance des explosifs classiques. En principe, il s'agissait de dissuader les Allemands d'une utilisation de la bombe qu'ils auraient fabriquée dans le plus grand secret.

La décision de ne pas informer les Soviétiques du projet Manhattan sera une des causes de la rupture de l'Alliance à la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la mise en marche du processus de la guerre froide. On doit s'interroger sur l'évolution des relations diplomatiques d'après-guerre dans l'hypothèse où Roosevelt et Churchill auraient accepté les recommandations du Physicien Niels Bohr (rendre public le programme Manhattan) fortement soutenu par Kapitsa. En prévenant Staline, avant l'essai de la Bombe à Alamogordo, et en l'informant sérieusement à la conférence de Potsdam, les Alliés auraient désamorcé ce qui allait devenir une véritable bombe diplomatique. De la conférence de Potsdam nous retiendrons la volonté de plusieurs responsables américains de maintenir le plus grand secret sur les préparatifs de la nouvelle arme (et l'attitude du président Truman qui changea du tout au tout après l'explosion de la 1ère bombe atomique au Nouveau Mexique). En particulier notons que le physicien danois Niels Bohr, insistait sur la nécessité d'informer les Soviétiques sur les recherches menées dans le cadre du projet Manhattan. Churchill, contrairement à Roosevelt, s'opposa vigoureusement à la proposition du physicien danois et voulu même le faire emprisonner. Bohr, qui avait déjà rencontré les physiciens Kapitsa et Landau en URSS, ne fut plus autorisé à leur rendre visite...

4 juillet. Churchill donne son accord pour l'emploi de la bombe atomique (comité politique anglo-américain de Washington).

7 juillet. L'empereur Hiro-Hito demande aux Russes de recevoir le prince Konoye à Moscou pour négocier une reddition inconditionnelle.

10 juillet. Molotov déclare au ministre chinois des Affaires étrangères, T.V. Soong, que l'URSS pourrait déclarer la guerre au Japon à la fin du mois d'août.

15 juillet. Après la traversée de l'Atlantique Truman débarque à Anvers et arrive à Potsdam.

16 juillet. Première explosion atomique expérimentale américaine à Alamogordo, au nouveau Mexique (nom de code : Trinity). Bombe au plutonium munie d'un dispositif d'implosion (projet Manhattan dirigé par le général Groves).

17 juillet. Ouverture de la Conférence de Potsdam au palais du Kronprinz qui durera jusqu'au 2 août.

18 juillet. Staline informe Truman que le ministre japonais des Affaires étrangères Togo et l'ambassadeur à Moscou Sato sont prêts à demander l'arrêt des hostilités.

21 juillet. Truman reçoit un rapport détaillé de Groves sur l'explosion d'Alamogordo. Dès ce moment l'attitude du président américain vis-à-vis des Soviétiques changera totalement... Le président des Etats-Unis, au cours d'un aparté, annoncera à Staline qu'il détient une arme secrète révolutionnaire. Staline lui souhaita d'en faire un bon usage.

Le président durcit sa position et prend des dispositions pour mettre un terme à la conférence dès le 24 juillet.

24 juillet. Le groupe des 15 B-29 est prêt pour le bombardement atomique après un entraînement intensif et une sélection très sévère. Truman et ses collaborateurs Stimson, Marshall et Arnold fixent le début des opérations au 3 août.

26 juillet. Démission de Churchill qui est remplacé par Attlee. Déclaration de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de la Chine demandant la reddition inconditionnelle du Japon. Menace de destruction totale du Japon. Staline n'est pas consulté parce que l'URSS n'est pas encore en guerre.

28 juillet. L'amiral Suzuki, lors d'une conférence de presse, déclare que le Japon ne répondra pas à l'ultimatum (qui avait été censuré par des militaires).

Pierre Piérart
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