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A quoi aura donc servi notre investissement dans l’armement ?

Roland Marounek
9 mars 2016

Le Core Business de la défense nationale

« L'accent est résolument mis sur le core business de la Défense: l'exécution des opérations de maintien de la Paix et de Sécurité. Notre participation aérienne et navale en Libye qui est internationalement appréciée, l'Afghanistan, le Liban… sont autant d'exemples qui démontrent comment une décision politique puisse être prise dans notre pays » Pieter De Crem, 30 mai 2011.

En 2011 donc, nos F16 ont glorieusement participé à la destruction complète de la Libye, à la transformation d'un pays relativement développé1 en un ‘état failli', une espèce de copie de la Somalie.

Il importe peu finalement que le scenario de départ ayant justifié l'intervention, - le bombardement par l'aviation du régime de manifestants désarmés, et le massacre imminent de la ville de Benghazi –se soit révélé être fantaisiste, ou que les conséquences de l'effondrement du pays soient objectivement catastrophiques, et bien au-delà de ce pays ; non, l'essentiel est bien sûr que la Belgique se soit montré un partenaire fiable, que la participation des F16 belges au désastre libyen ait été 'internationalement' appréciée. 

Un chiffre qu'il est intéressant à noter est le nombre d'Africains Noirs qui avaient trouvé du travail dans la Libye de Kadhafi et qui ont dû fuir la dite 'révolution' : 700.000 officiellement, et probablement plus d'un million dans la réalité. En particulier, « des milliers de ressortissants de pays en guerre y [avaient] trouvé un asile de fait et y [avaient] construit leur vie »2. D'autres centaines de milliers d'Africains contribuaient à faire vivre leurs familles restées au pays. Et aujourd'hui on s'étonne de la jungle de Calais… Après les pogroms abominables, parfois filmés, dont ils ont été victimes pendant que nos bombardements libéraient courageusement les Libyens et que nous détournions pudiquement le regard (ah oui, c'étaient des mercenaires…), la destruction de la Libye a jeté littéralement à la mer des milliers et des milliers de personnes, aux prix de milliers de morts noyés, une autre guerre. Maintenant l'Europe réfléchit « humainement » sur les mesures à prendre pour endiguer la crise des réfugiés. Bombarder les bateaux des passeurs est une option retenue.

Une autre conséquence notable de l'installation de milices armées islamistes aux portes de l'Europe, à laquelle donc a contribué notre « défense », c'est d'avoir répandu massivement armes et combattants ‘jihadistes' dans toute l'Afrique du Nord et en particulier en Syrie, qu'ils ont fait imploser avec notre concours bienveillant. Nos peuples en recueillent aujourd'hui les conséquences. Mais le lien de cause à effet est soigneusement occulté. L'ennemi, c'est à présent le discours radical... « Nous avons renforcé nos moyens humains et lutté plus efficacement contre la radicalisation – sur internet, en milieu carcéral, et en étant intraitable contre les prêcheurs de haine [...] Aujourd'hui, 10 500 personnes ont une fiche S au titre de l'islamisme radical. », Manuel Valls, 23/12/20153.

Les frappes de l'OTAN en Libye, à la suite de la destruction de l'Irak et de l'occupation sans fin de l'Afghanistan, ont promu le terrorisme beaucoup plus efficacement que tous les 'discours radicaux' dont il faut protéger nos jeunes incarcérés et fichés.

Bombarder l'Afghanistan pour protéger la Belgique

Le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht a défendu mercredi [13/02/2008] l'engagement militaire belge en Afghanistan – et son accroissement à venir – par la nécessité d'assurer « notre propre sécurité », notamment face à la montée de l'islamisme radical. « Il y a un lien entre l'engagement de l'OTAN en Afghanistan et la sécurité de la zone euro-atlantique, et donc notre propre sécurité »4

Après les attentats du 11 septembre 2001, les USA vite rejoint par l'ensemble des pays de l'Otan, ont engagé une guerre au terrorisme , matérialisée par l'occupation et le bombardement de l'Afghanistan. Dans le scénario digne d'un comic strips , pourtant admis sans discussion, il s'agissait d'abattre le centre de tout mal, Oussama Ben Laden, pour retrouver la paix. Pour ceux qui s'étonnaient que l'Otan, supposée organisation de Défense, prenne part à des bombardements très hors-zone, le discours martelé était que "l'Otan nous protégeait du terrorisme en bombardant l'Afghanistan".

Chacun peut apprécier concrètement aujourd'hui ce que valait cet argument. « Depuis l'Afghanistan, nous avons multiplié les interventions militaires, pour quel résultat? Il y avait en 2001 un foyer de terrorisme central? Un. Aujourd'hui? Une quinzaine » Dominique de Villepin, sept 20145

Était-ce donc si difficile à prévoir ? Ne pourrait-on pas s'arrêter ? Tirer les conclusions face aux conséquences de nos actions, et pas seulement pour les pays bombardés, mais aussi pour nos propres pays?

Le président Hollande a repris au lendemain du 13 novembre quasi mot à mot la rhétorique de George Bush en 2001, et, plus sidérant encore, la majeure partie de la classe politique et médiatique a vigoureusement applaudi. « On se souvient que le 12 septembre 2001, au lendemain des attentats, ce fut la France, par la voix de son représentant à l'ONU qui fit voter – à l'unanimité ! – une résolution autorisant l'Amérique à user d'un droit de légitime défense  » rappelle fièrement le Nouvel Obs.

Et cette semaine (4 mars), le gouvernement belge soutenu par la quasi-totalité de l'opposition a annoncé son intention d'accéder à la demande US d'étendre ses bombardements de l'Irak à la Syrie. Aux côtés, entre autres, de l'Arabie Saoudite et du Qatar.

Etat d'urgence

La Belgique est sur le point de procéder à l'achat de 34 chasseurs-bombardiers en remplacement des F16. D'après l'officier chargé du programme, le coût global devrait s'élever à près de 15 milliards d'Euros, bien au-delà des 6 milliards évoqués jusque là6.

Ceci certainement pour de futures fidèles contributions aux opérations de maintien de la Paix et de Sécurité - comme sont appelés les bombardements dans la novlangue. Cela permettra de poursuivre la participation belge, comme depuis 15 ans en Afghanistan, à la « guerre au terrorisme », qui a connu un si éclatant succès.

Bien sûr ces 15 milliards, il faudra bien les prendre de quelque part. Sur les budgets sociaux par exemple, ou sur l'éducation.

Le parcours des postulants jihadistes belges est pour la plupart tout à fait connu : éducation au rabais dans des écoles « de quartiers défavorisés », chômage, shit, petite délinquance, prison… C'est certain que l'allocation de 15 milliards dans ce qu'ils appellent 'la défense' ne va aider à modifier cet état des choses.

Pas question en tout cas de faire des économies sur les forces de l'ordre, ou sur le déploiement de militaires dans nos rues. Ou sur le refoulement des migrants aux frontières. Avec une telle politique, l'état d'urgence ça risque d'être encore pour quelques temps.

1. La Libye était en octobre 2010 le pays présentant l'indice de développement humain le plus élevé de l'Afrique www.cetmo.org
2. anneemaghreb.revues.org/1259
3. www.gouvernement.fr
4. archives.lesoir.be, "la Belgique en Afghanistan pour sa propre sécurité"
5. premium.lefigaro.fr
6. www.rtbf.be

Roland Marounek
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