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La libération de Palmyre

Adeline Chenon Ramlat
30 avril 2016

Merveilleuse nouvelle que la libération de Palmyre. A trois titres: l'ouverture des routes stratégiques vers Deir Ezzor et Raqqa, le retour à la vie normale pour les habitants du village et la sauvegarde de la cité antique mondialement célèbre. Par contre, le combat fut terrible pour l'armée syrienne.

Entretien avec l'un des combattants.

«  Rah ! Allas » « Il est parti, c'est fini ! »  me déclare Obada en montrant son œil gauche.  « C'est la volonté de Dieu ».  Un geste de la main vers le ciel. Il n'y a pas une goutte de tristesse dans sa voix, mais plutôt une colère énorme. On sent que la force de ce soldat de 25 ans n'est pas ébranlée plus que ça.

Il s'était assis à côté de moi dans le microbus et aux alentours de Homs, sentant qu'il allait descendre, je me suis décidée à lui demander ce qui était arrivé à son œil. Au départ le bruit de la radio et des sursauts du véhicule étaient trop forts, alors il ne m'a pas compris, ou pas entendu. Il m'a juste demandé :  « Tu es étrangère ? » « Bienvenue en Syrie ».  Puis mon geste a résumé ma pensée concernant son bandage et après m'avoir annoncé la mauvaise nouvelle, il m'a expliqué qu'il revenait de Palmyre où il combattait il y a 8 jours.

Il y avait un vent de sable terrible et  « franchement  on ne voyait rien ».  Ils sont arrivés par les abords de la cité antique où Obada n'avait jamais foutu les pieds avant, «  Des ruines très anciennes parait-il, mais truffées de mines maintenant. Je ne sais pas, on ne voyait rien. D'ailleurs je n'ai pas eu le temps de voir quoi que ce soit, en fait. On nous avait juste dit, qu'on allait attaquer pour reprendre le village, mais que ce serait vraiment dur parce que les chiens nous attendaient ( comprendre Daech ). On savait qu'ils étaient furieux car on avait déjà repris le carrefour (vers Raqqa et Deir Ezzor) ! Vraiment c'était un combat violent, et quand la roquette nous est tombé dessus j'ai eu  beaucoup de copains Chahid (« martyrs »  : soldats morts au combat) ». Son meilleur ami faisait partie du lot. C'est d'ailleurs le seul moment de la conversation où j'ai senti un ange passer.

« Tes parents vont être contents de te voir vivant et de te serrer dans leurs bras ! »

« Et comment ! D'autant que je suis fils unique »

Fils unique.

Je marque un temps et lui fait remarquer que donc, selon la loi, il pouvait ne pas faire l'armée.

 « Je sais, mais ça  sert à quoi alors la mort des martyrs ? J'ai demandé à partir à 21 ans » 

Obada doit retourner à l'hôpital pour faire retirer des éclats de son œil droit car il  « ne voit pas très bien la nuit »

Et ensuite ?

« Ensuite ? Ben, je repars évidemment ! Nous sommes maintenant à 40 km à peu près de Tadmor (Palmyre) en direction de Raqqa. Même distance en direction de Deir Ezzor, mais moi j'irai dans la division qui monte vers Raqqa. Maintenant, je sais qu'on va les avoir. Ça va être dur mais on va libérer notre ville, tu verras. »

« Mais…tes yeux ? »

« Dans moins de 15 jours l'autre œil verra comme avant, m'a dit le docteur, alors je reprendrai mon arme.»  Geste très précis de l'homme qui tire.  « On les aura. Pardon, mais je dois descendre ici. Je veux faire vite pour arriver au village et avec la guerre, il n'y a pas toujours de voiture. Sur

ta photo, on ne voit pas mon visage hein ? Parce que je dois repartir, donc je suis encore dans l'armée. »

Je lui montre la photo.

« C'est bien. Je regarde devant, on voit qu'on avance alors ! ».  Sourire magnifique.

Il ouvre la porte, descend, et part directement sur la route, vers les siens.

Adeline Chenon Ramlat, avril 2016

Adeline Chenon Ramlat

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