Comité de Surveillance OTAN

Opinions

Accueil
Plate-forme du CSO
Alerte OTAN !
Communiqués du CSO

Articles

Documents officiels
Autres textes

Carte de l'Otan
L'Europe et l'Otan (2004)

Kosovo:
Fact-finding mission

Images
Archives
Liens

Contactez-nous !

imprimer 

Deuxième élargissement de l'OTAN après la disparition de l'URSS et du pacte de Varsovie.

Pierre Piérart
7 mars 2004

L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) a été créée le 4 avril 1949 pour assurer la défense de l'Europe Occidentale face à l'Armée Rouge que les militaires jugeaient menaçante...

Suite à la disparition de l'URSS, le Pacte de Varsovie, qui avait été constitué en 1955 après la crise entre l'URSS et la Yougoslavie pour faire face à l'Alliance atlantique, a été ipso facto dissous.

L'Alliance atlantique a immédiatement réagi en imaginant une série de nouveaux dangers le plus souvent fictifs ou insolubles pour une organisation militaire traditionnelle.

En mars 1999, un premier élargissement de l'Alliance après l'effondrement de l'URSS comprenant la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie, a été accepté suite à une propagande américaine intensive. Tous les pays membres de l'OTAN ont ratifié cet élargissement avec des majorités généralement confortables.

Avec l'avènement de l'administration Bush des nouvelles propositions d'élargissement ont été présentées au Sommet de Prague (novembre 2002), les pays retenus étant : la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovénie et la Slovaquie. La quote-part financière des sept nouveaux membres représente 2,67 % du montant global, la contribution de la Belgique étant de 2,76%. La participation globale de la Tchéquie, de la Pologne et de la Hongrie est de 4,03%.

Les ratifications de ce deuxième élargissement par les membres de l'OTAN vont bon train avec, semble-t-il, des scores encore plus favorables en faveur de l'expansion de l'Alliance vers les frontières russes. A titre d'exemple nous citons les votes de la Belgique et de la Pologne : la Chambre belge a voté à l'unanimité (136 oui et une abstention) en faveur du projet. En Pologne les résultats sont les suivants : pour la Chambre 409 oui, 7 non, 4 abstentions ; pour le Sénat 92 oui, 2 non, 1 abstention.

On peut déjà noter qu'en Pologne une certaine résistance s'est exprimée parmi les représentants de la Nation alors qu'en Belgique pas la moindre opposition ne s'est manifestée à l'exclusion d'une abstention du FN. Il est intéressant de noter que le parti Ecolo qui était à l'origine contre l'OTAN a entièrement viré de position entre le premier élargissement, où les six députés écolo avaient voté non et aujourd'hui où les trois restants, sans sourciller, ont voté oui.

Cette allégeance généralisée vis-à-vis de l'OTAN de la part du Gouvernement et des Chambres constituées est un exemple de plus qui illustre le fossé entre la population et les décideurs politiques. Le public et les représentants politiques considèrent le problème de l'OTAN semblable à une opération plutôt économique.. Les problèmes politiques ne sont que superficiellement envisagés avec le plus souvent des réminiscences de la guerre froide.

L'information sur la politique et les crimes de l'OTAN est généralement tronquée et mensongère. Il suffit de rappeler l'intervention de l'OTAN au Kosovo qui a été accompagnée d'une série de crimes de guerre comme par exemple les bombardements de populations civiles, des infrastructures (y compris le bombardement d'écoles, d'hôpitaux et d'ambassades), l'utilisation de bombes à fragmentation qui dispersent l'équivalent de plusieurs centaines de mines à retardement, l'utilisation de l'uranium appauvri, élément toxique, radiologique et cancérigène …… On peut y ajouter des infractions aux Droits de l'Homme comme l'interdiction de la presse libre, l'absence de protection des Serbes, des Roms, des Slaves musulmans à la merci des Kosovars albanais, la culture du pavot en Afghanistan, etc….

En outre le public semble ignorer l'allégeance de l'Union Européenne vis-à-vis de l'OTAN en matière de politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et de politique européenne de sécurité et défense (PESD). En effet le Traité d'Amsterdam et son projet de constitution imposent à l'Union Européenne une vassalisation de sa future armée (dont l'utilité reste encore floue) vis-à-vis de l'OTAN.

Les Etats Unis par le biais de l'OTAN exercent un contrôle total sur les pays membres, parfaitement comparable à la façon dont on décrivait le glacis soviétique de l'époque stalinienne.

Concernant la politique de défense de l'Alliance atlantique les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de plusieurs membres (Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas) sont les complices avérés d'infraction américaine à l'art. 1 du Traité de Non Prolifération qui interdit le transfert d'armes nucléaires d'une puissance nucléaire (les Etats Unis) à une puissance non nucléaire (les quatre citées ci-dessus).

En conclusion nos représentants trahissent une partie non négligeable d'un électorat conscient de la nuisance et de l'inutilité de l'Alliance atlantique de même qu'ils ont totalement oublié les manifestations de centaines de milliers de citoyens descendus dans la rue pour s'opposer à la guerre en Irak.

Les motivations de tous les partis politiques qui ont voté à l'unanimité pour ce deuxième élargissement qui sera consacré au sommet d'Istanbul, les 28 et 29 juin 2004, sont une énumération puérile de lieux communs pour glorifier et sacraliser la nouvelle politique de l'Alliance. Cette dernière a été officialisée à Washington à l'occasion du 50ème anniversaire de sa création (1999) et se manifeste par une agressivité croissante caractérisée par des interventions hors zone et par des guerres d'agression dans les Balkans et en Afghanistan et, bientôt, par une occupation en Irak.

Une participation de l'Alliance à l'occupation de l'Irak serait une confirmation supplémentaire de la complicité de nos élus pour soutenir la politique des Etats Unis dans ce pays. Les Etats Unis exercent une pression constante, pour obtenir avec ou sans les Nations Unies et sous le couvert d'un gouvernement irakien fantoche, une collaboration militaire dans l'occupation d'un pays entièrement ravagé et au bord de la guerre civile.

Il est évident que la politique de l'OTAN vise clairement à l'encerclement de la Russie non seulement par l'intégration des Pays Baltes, de la Bulgarie et de la Roumanie mais aussi par celle de la Georgie dans un avenir proche. On est loin des accords Kohl-Gorbatchev sur une réunification de l'Allemagne, où l'OTAN était exclu du territoire de la RDA. Ajoutons que des puissants radars sont déjà installés dans l'extrême Nord norvégien afin de scruter le territoire russe. Il en sera de même pour ceux qui seront installés dans les Pays Baltes. Enfin, ces pays limitrophes serviront à des manœuvres militaires de l'OTAN et à l'installation de bases, ce qui provoquera nécessairement des tensions politiques très graves avec la Russie.

On ne peut que répéter les paroles de George Kennan, un des diplomates américains les plus écoutés de l'époque de la guerre froide et auteur de la stratégie du " containment ". George Kennan considérait l'extension de l'Alliance comme " la pire erreur que les Américains ont faite avec ce pays depuis 50 ans ".

Pierre Piérart
Autres textes de Pierre Piérart sur le site du CSO

Derniers textes publiés :

8. Au coeur de la Syrie, Générosité
Marie-Ange Patrizio

7. Damas à bâtons rompus
Marie-Ange Patrizio

6. Damas des étoiles
Marie-Ange Patrizio

5. Les gardiens
Histoires du siège de Qâra, et de quelques unes de ses conséquences

Marie-Ange Patrizio

4. « Les gens qui ont un livre »
Marie-Ange Patrizio

3. La volière de Mar Yakub
Marie-Ange Patrizio

2. Matin de lumière

1. Matins de Roses
Marie-Ange Patrizio

Yougoslavie : Quand on prend l’avenir pour le passé - Raisons pour lire : Quand "Le Monde… Décryptage des conflits yougoslaves", de Fabrice Garniron
Diana Johnstone
Le Grand Soir

Un autre regard sur la Syrie
Bahar Kimyongür

Une intervention humanitaire en Syrie, il y a 150 ans
Pascal Herren, doctorant en droit à l
Le Temps

Fabrice à Waterloo : L’Occident humanitaire et la Syrie
Diana Johnstone