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Un témoignage accablant pour l'accusation

D'après les comptes rendus de Andy WILCOXSON
1 septembre 2005
source : B. I. n° 102, septembre 2005

Chronique du TPI. : Le procès de Slobodan Milosevic

Les dernières sessions avant l'interruption de l'été ont été consacrées à la fin du témoignage du général Bozidar Delic, ex-commandant de la 549e brigade motorisée de l'armée yougoslave basée à Prizren, responsable de la partie sud du Kosovo, le long de la frontière entre la Macédoine et l'Albanie.

Lundi 5 juillet. Le général Delic parle de ce qu'il a vu lui-même au Kosovo. Son témoignage est corroboré par plus de 600 documents et vidéos qu'il a fournis au tribunal.

Le réquisitoire évoque le village de Jeskovo où, selon deux témoins secrets - K32 et K41 - les troupes de Delic auraient massacré des civils en l'absence de tout soldat de l'UCK. Delic connaît les deux témoins. Le premier est un criminel qui se cachait dans la maison de K41, et qui a accepté de témoigner en échange d'une nouvelle identité lui permettant d'échapper à la justice. Quant au second, il n'était pas dans le village et n'a donc rien pu voir. Delic cite ensuite un rapport de l'OSCE qui mentionne la découverte de corps de soldats de l'UCK en uniforme dans le village, et un document de l'UCK qui rend nommément hommage aux "héros" de la 125e brigade de l'UCK tombés à Jeskovo;

A Suva Reka, selon l'accusation, l'armée aurait entouré la ville, expulsé 80.000 habitants en direction de Bellanice, et bombardé les réfugiés en cours de route. Delic fait remarquer que bombarder 80.000 réfugiés aurait fait des centaines, peut-être des milliers de morts qui n'ont jamais été retrouvés. Il révèle que l'accusation repose sur un témoignage de seconde main de Shefqet Zogaj, un habitant de Bellanice, qui a seulement "entendu dire" que l'attaque avait fait 150 victimes.

A Nagafc, le réquisitoire affirme que l'armée, après avoir bombardé le village, a malmené un groupe de 8.000 réfugiés albanais cherchant un abri "sur une montagne à proximité". Delic montre, cartes géographiques à l'appui, qu'il n'y a aucune montagne près de Nagafc. Il cite un rapport militaire qui fait état d'environ 200 réfugiés dans le secteur. Mais surtout il fournit une vidéo qui a filmé le bombardement du village par l'OTAN, et qui montre distinctement des fragments de bombes utilisées par l'OTAN avec des inscriptions anglaises.

Jeudi 7 juillet. Delic montre de nombreux documents juridiques prouvant que l'armée yougoslave punissait sévèrement les soldats coupables de crimes envers la population civile. Il fournit également un grand nombre d'interceptions radio établissant la collaboration étroite entre l'OTAN et l'UCK, cette dernière indiquant les endroits à bombarder et ayant la capacité de décommander l'opération si elle se trouvait dans le secteur. Il explique qu'une grande partie de la population a fui le Kosovo par peur des bombes à fragmentation et des munitions à l'uranium appauvri utilisées par l'OTAN, et détaille, cartes en main, les régions polluées par les 30 tonnes d'UA qui y ont été déversées. Il consolide son exposé par les statistiques d'augmentation des maladies chez les soldats de l'armée yougoslave. A propos d'un témoignage à charge de Lord Paddy Ashdown, enregistré par le TPI le 14 mars 2002, Delic démontre que l'actuel proconsul de Bosnie est un parjure. Ashdown a affirmé se trouver à l'époque sur la frontière albano-kosovare près de Junik. De son poste d'observation, il a déclaré avoir vu à la jumelle les forces serbes incendier, piller et bombarder plusieurs villages. Il a tout simplement menti. A l'aide de cartes topographiques de la région, Delic détaille exactement ce qu'Ashdown pouvait apercevoir de son perchoir, et prouve qu'il ne pouvait avoir été le témoin de la destruction des villages cités, dont certains se trouvaient à 15 km et les autres de l'autre côté de collines ou de montagnes.

Lundi 11 juillet. En ce qui concerne le sort de la vieille ville de Dubrovnik, que l'accusation prétend avoir été détruite par l'armée yougoslave, une vidéo filmée par le professeur John Peter Maher, de

l'université de l'Illinois nord-est, montre que la vieille ville était totalement intacte quelques semaines après sa prétendue destruction. Le seul immeuble détruit était l'église orthodoxe serbe et sa librairie théologique, que les Croates avaient incendiées.

Jeudi 14 juillet. Selon l'accusation, un organisme spécial intitulé "commandement conjoint" (Joint Command) a été créé pour que Milosevic puisse directement et illégalement contrôler l'armée et la police yougoslaves, et contourner la chaîne légale de commandement pour ordonner le nettoyage ethnique. Delic explique, documents à l'appui, que le "commandement conjoint" n'était qu'un organisme de coordination, sans pouvoir de donner des ordres, destiné à faciliter la coopération entre les différents services.

Le procureur Nice affirme que 200.000 Albanais ont été déplacés avant le bombardement de l'OTAN et base son affirmation sur le témoignage de l'ex-Premier ministre russe Yevgeny Primakov, témoin de la défense de Milosevic. En examinant point par point le témoignage de Primakov, Milosevic démontre que Primakov a au contraire déclaré qu'il ne savait pas combien de personnes avaient été déplacées au Kosovo, et que par conséquent le procureur Nice et le juge Bonamy mentent.dans l'intention de déstabiliser le témoin. Le procureur Nice accuse Delic à plusieurs reprises de mensonge, mais il apparaît qu'avant de témoigner pour Milosevic, Délic a été approché par l'accusation pour qu'il témoigne contre Ramush Haradinaj. Ainsi l'accusation considère qu'un témoin peut dire la vérité quand il se conforme à ce qu'elle veut, mais soudain se met à mentir quand il ne le fait plus.

S'efforçant de saboter la défense de Milosevic, l'accusation émet un ordre de consultation du cardiologue du tribunal, Dr van Dijkman, pour savoir si on peut augmenter le rythme des sessions, actuellement de quatre heures par jour trois jours par semaine. L'idée est de rendre la défense plus difficile, compte tenu du temps nécessaire à la traduction des documents de serbe en anglais ou d'une autre langue en serbe, en diminuant les intervalles alloués à Milosevic pour les préparer.

Mardi 26 juillet. En réponse à l'accusation que plusieurs Albanais du Kosovo ont été exécutés d'une balle dans le dos par la police serbe à Bela Crkva, Milosevic produit un rapport de l'équipe scientifique britannique qui a autopsié les soi-disant "civils" morts à Bela Crkva. Le rapport confirme que la plupart sont morts de blessures par balles, mais que les impacts sont généralement sur le devant du corps, ce qui dément la fable de leur exécution. Delic ayant montré des vidéos d'Albanais du Kosovo expliquant aux équipes de la télévision serbe comment ils étaient maltraités par l'UCK et ce qu'ils pensaient du bombardement de l'OTAN, le procureur Nice révèle qu'il a retrouvé quelques-uns de ces interviewés et qu'ils lui ont déclaré que l'UCK était merveilleux et que le bombardement de l'OTAN était le plus beau jour de leur vie. Il en conclut que la répression albanaise au Kosovo est une invention et que Delic est un raciste parce qu'il dit que les Albanais sont incapables de dire la vérité.

Milosevic le prend alors de court en sortant un rapport confidentiel du bureau du procureur au tribunal, dans le cas de Ramush Haradinaj, qui fait état de l'immense difficulté à trouver des témoins à charge contre l'ex-Premier ministre albanais du Kosovo, en raison du climat de répression et de la massive intimidation des témoins. Furieux de voir son propre argument lui être renvoyé à la figure, Nice objecte que le document est confidentiel et ne doit pas être considéré par le tribunal parce qu'il prouve que les Albanais sont incapables de dire la vérité. En fait, trouver un Albanais du Kosovo acceptant de témoigner contre l'UCK équivaut à trouver un Coréen du nord acceptant de condamner publiquement Kim Jong II au milieu de Pyongyang... Sur ce, le procès est ajourné jusqu'au 17 août.

D'après les comptes rendus de Andy WILCOXSON.
B. I. n° 102, septembre 2005

D'après les comptes rendus de Andy WILCOXSONErreur dans la requête