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Barack Obama doit mettre fin à la nouvelle guerre froide

Pierre Piérart
30 décembre 2008
source : Éditorial du bulletin de l'AEPGN, décembre 2008

Le nouveau président des Etats-Unis pourra-t-il faire face à toutes les situations catastrophiques laissées par son prédécesseur ? Pour résoudre les problèmes de politique étrangère il a choisi, comme secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, comme secrétaire à la Défense il a reconduit Robert Gates qui était déjà en charge sous G.W. Bush et enfin, comme conseiller à la Sécurité nationale, James Jones, général américain à la retraite. Barack Obama a donc respecté sa promesse électorale en constituant une équipe de démocrates et de républicains.

Le nombre de défis qui attendent le prochain gouvernement américain est énorme, parmi lesquels on peut épingler le conflit israélo-palestinien, le problème iranien, la guerre en Irak, la guerre en Afghanistan, la guerre froide avec la Russie, la reforme de la politique otanienne, la ratification du CTBT, la réintégration des Etats-Unis dans le Traité des Missiles Antibalistique (ABM), la production de matières fissiles, la militarisation de l’espace, le respect du Traité de Non Prolifération (TNP), dont la révision aura lieu en 2010 et bien d’autres qu’il serait trop long d’évoquer dans cet éditorial.

Le problème de l’Afghanistan est certainement le plus grave. Au cours du dernier sommet de l’OTAN le secrétaire général de cette organisation et les Etats-Unis ont exercé des pressions énormes sur les membres de l’Alliance pour augmenter leur participation à cette guerre. Obama lui-même s’est promis de retirer une partie des troupes engagées en Irak pour les déplacer en Afghanistan. Canadiens, Anglais et Français ont envoyé des contingents très importants. Le Président Sarkozy a donné priorité au développement de la défense européenne en partenariat avec l’OTAN ; comme son prédécesseur Chirac, qui ne l’a pas obtenu, il espère que la France pourra bénéficier d’un commandement militaire important au sein de l’Alliance. Même la Belgique, sous l’impulsion de son ministre de la Défense Pieter De Crem, y envoie des F-16 déployés à Kandahar pour des bombardements dont la population civile est souvent victime. Le ministre De Crem a déclaré récemment à la radio que la guerre en Afghanistan était une mission indispensable pour la sécurité de la planète et qu’il faisait confiance à l’OTAN qui a connu, depuis 60 ans, un succès sur toute la ligne.

Pourquoi cette sacralisation de l’Alliance atlantique ? Pourquoi les frontières de l’Union Européenne devraient-elles s’arrêter à la frontière russe, là où celles de l’OTAN se sont fixées au cours de sa progression vers l’Est ? Pourquoi l’Europe doit-elle accepter des radars antimissiles en Tchéquie et des missiles antimissiles en Pologne ? Pour nous protéger d’une attaque nucléaire de l’Iran  déclarent les stratèges américains. Comment peut-on avaler une telle couleuvre ? Il est évident qu’à la première bombe atomique sur Israël ou sur un autre objectif occidental, l’Iran serait instantanément rayé de la carte par un feu nucléaire bien nourri. Pourquoi des bases militaires américaines de plus en plus nombreuses sur le territoire européen, en infraction totale avec les accords passés entre les alliées et l’Union Soviétique de Gorbatchev lors de la réunification des deux Allemagnes ? A toutes ces questions la réponse est simple : l’Union Européenne est cadenassée par la puissance militaire américaine et doit suivre fidèlement les objectifs de l’Alliance atlantique figurant dans le traité de Lisbonne que l’Irlande a eu la sagesse de refuser.

Comme le dit le général Francis Briquemont, dans un article paru dans La Libre Belgique, auquel nous vous renvoyons dans ce bulletin : n’est-il pas grand temps que les Européens se libèrent des injonctions américaines visant à faire encercler la Russie par l’OTAN et à mettre sous domination le reste de l’Asie ? Les problèmes de la défense et de la sécurité européenne surtout, ne doivent-ils pas être pris en main par les Européens ? Une armée européenne est-elle nécessaire quant on voit les difficultés à justifier son existence ? Les raisons invoquées sont extrêmement floues et ne nécessitent pas la mobilisation d’une grande armée : lutte contre la prolifération des armes nucléaires, contre le terrorisme international, contre les Etats voyous ou encore des catastrophes naturelles, des émeutes sociales, etc. L’absence de consensus dans l’Union Européenne s’explique par l’arrivée de nouveaux membres qui ont fait partie du Pacte de Varsovie, par les six membres qui ne font pas partie de l’OTAN et par la pression exercée par l’éminence grise de Washington, l’Angleterre. Si l’Union Européenne est une puissance économique plus ou moins satisfaisante, son unité monétaire n’est toujours pas réalisée. Sur le plan social, ainsi que pour le maintien des services publics, il en est de même. Enfin sa politique étrangère est pratiquement nulle vu la disparité de ses membres : deux puissances nucléaires qui refusent de désarmer, six pays neutres et enfin deux groupes d’Etats, les anciens et les nouveaux. Cela explique que l’Europe n’a aucun poids politique sur le plan international.

Tout se passe comme si l’on voulait entretenir une nouvelle guerre froide plus ou moins larvée, les dissensions sont nombreuses, que ce soit sur le plan énergétique, sur le plan de la crise financière (due à un endettement incroyable des Etats-Unis) ou sur le plan de l’aide aux pays en voie de développement. Les milliards d’euros investis dans les armements européens pourraient être considérablement allégés pour permettre, enfin, de consacrer 0,7 % du Produit Intérieur Brut à la collaboration avec les pays en voie de développement et spécialement avec l’Afrique qui sombre de plus en plus dans un chaos inacceptable. Citons, à titre d’exemple, le Nigéria un des pays les plus riches en gisements d’hydrocarbures exploités par les grandes sociétés pétrolières, mais où le peuple croupit dans une misère insoutenable. Citons encore la République Démocratique du Congo où la situation est similaire en ce qui concerne ses réserves minérales, toujours exploitées par des sociétés multinationales et où la population n’en retire aucun profit.

Cette absence de consensus européen se traduit même au niveau de la recherche scientifique, quant on lit dans la revue Nature, vol. 455 n° 7209 du 4 septembre 2008, qu’un budget de 53,2 milliards d’euros sera consacré entre 2007 et 2013 à des programmes internationaux de recherche dans lesquels la Suisse et Israël participent de plein droit mais pas la Russie !!

Aide au développement de l’Afrique et suppression de la dette du Tiers Monde, voilà un objectif primordial de l’Europe qui ne doit pas investir dans des guerres criminelles et sans issue.

Pierre Piérart
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