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En Libye, l’Otan poursuit la guerre, et la Belgique aussi

Claudine Pôlet
1 octobre 2011

L’OTAN vient d’annoncer que ses opérations militaires en Libye sont prolongées de 90 jours et peut-être même pour un temps indéterminé. On peut lire par ailleurs, sur le site officiel de l’Otan, un compte-rendu quotidien des missions accomplies sous le titre « Opération Protecteur unifié ». Ainsi, le communiqué du 29.9 informe que « depuis le début de l’opération Otan, le 31 mars 2011, un total de 24.346 sorties, dont 9.082 sorties de combat, ont été effectuées. » Une précision est ajoutée : « les sorties de combat sont destinées à identifier et attaquer des cibles bien choisies, mais ne signifient pas un déploiement de munitions à chaque fois ».

Derrière ces chiffres, quel bilan peut-on se représenter en termes de morts, de destructions de bâtiments publics, d’hôpitaux, d’écoles, de maisons particulières, d’infrastructures économiques ? Silence total de l’Otan sous cet angle. Les communiqués officiels se réjouissent seulement de la précision du matériel utilisé, du professionnalisme des utilisateurs… Le blackout est total et les médiamensonges sont invasifs…

Cependant, même à partir des déclarations officielles de l’Otan, on peut se faire une idée du désastre gigantesque provoqué par cette opération de guerre. Un récent communiqué paru sur le site de l’Otan titre : « Des frappes précises, menées avec soin, pour protéger Tripoli ». L’Otan se vante de « sa campagne de bombardements la plus précise et la plus prudente jamais menée …une chaîne de commandement rigoureuse a été mise en place pour garantir qu’aucune erreur ne soit commise ». Mais ce sont les « rebelles » du Conseil National de Transition qui fournissent à l’Otan les informations lui permettant de « mener avec soin ses frappes précises ». Pour eux, un hôpital construit à côté d'un bâtiment administratif, n'est pas une construction civile, mais un lieu pris en otage par les forces militaires kadhafistes pour se protéger d'un éventuel futur bombardement.

Les frappes de l’Otan, ont ciblé une grande quantité de bâtiments civils, tels que des bureaux administratifs, des installations industrielles, les bâtiments des télécommunications, les habitations de personnes « suspectes ». Plusieurs ambassades, dont celle du Venezuela, ont été endommagées. Les cibles sont tout ce qui pourrait représenter « une menace » pour la mission dite de « protection des civils ». A Tripoli, à Syrte, les simples habitants étaient devenus une « menace » quand ils ne quittaient pas leur maison à la première injonction d’évacuation lancée par les « rebelles » .

Les missions de guerre de l’OTAN ont clairement nettoyé la route pour permettre l’entrée dans Tripoli et autres villes, de ce qu’elle nomme les « forces du CNT ». En fait l’Otan a participé d’une manière prépondérante au renversement du gouvernement de Kadhafi, et essaie maintenant de protéger la prise du pouvoir du Conseil National de Transition, baptisé « représentant légitime du peuple libyen ». Et on peut penser objectivement que c’est l’Otan elle-même qui l’a fomenté.

Maintenant, une nouvelle mission s’offre à l’Otan, grâce à la résolution 2009 récemment adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Celle-ci crée une « mission d’appui des Nations Unies en Libye la MANUL, qui sera mandatée, entre autres, « pour coordonner l’appui qui pourrait, le cas échéant, être demandé (par la Libye) à d’autres intervenants multilatéraux et bilatéraux ». Qui est à même de « rétablir l’ordre et la sécurité publics et promouvoir l’État de droit… étendre l’autorité de l’État… défendre et protéger les droits de l’homme » ? : C’est l’Otan sans le moindre doute.

En 2001, la mission de l’ONU en Afghanistan s’appelait la FIAS (Force Internationale d’assistance et de sécurité). Il a fallu plus de deux ans pour que l’Otan obtienne le mandat du Conseil de Sécurité qui lui donnait le commandement partiel de l’occupation du pays. Actuellement, l’OTAN a pris les devants en Libye. Cette guerre a été projetée bien avant les résolutions du C.S. 1970 et 1973. Elle était légitimée par le Nouveau concept stratégique de l’Otan dès son adoption en novembre 2010.

L’Otan est intervenue dans un conflit intérieur d’un pays à un niveau très alarmant. Cela représente une violation flagrante, non seulement du droit international ou des principes de base des Nations Unies, mais aussi de sa propre charte. Cela devrait préoccuper au plus haut point nos représentants politiques et nos défenseurs des droits de l’homme.

Mais en Belgique, après avoir obtenu le vote unanime (ou presque) du parlement pour participer à l’intervention militaire otanienne, le gouvernement (toujours en affaires courantes) a décidé de prolonger cette participation de 90 jours. Une seule réunion – à huis clos – de la Commission Défense et Affaires Extérieures, s’est tenue pour en informer les députés. La seule objection qui s’est levée dans les rangs parlementaires, était pour se plaindre du manque de concertation suffisante entre gouvernement et parlement !

Pas un représentant politique n’a interpelé le gouvernement sur un éventuel bilan des six premiers mois de guerre, n’a posé la question publique sur le bien fondé de la « mission à l’étranger » qui a déjà coûté plus cher à la population belge que l’intervention en Afghanistan. La guerre et la destruction de tous les acquis sociaux et économiques de la population libyenne depuis la révolution de 1969, tout cela peut continuer comme s’il ne se passait rien, puisqu’on n’en parle pas…

Claudine Pôlet
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