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Que font les troupes belges au Mali ?

Claudine Pôlet
1 avril 2013

Le 18 février dernier, la réunion des ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne, a décidé à l’unanimité de constituer l’EUTM-Mali, (European Train Mission) càd : de contribuer à la « lutte contre le terrorisme au Mali », en participant à la formation de l’armée malienne .
Dès le début, l’intervention Serval – opération militaire française-, en janvier, avait reçu l’appui politique, logistique et en soldats, de plusieurs pays de l’Otan, dont la Belgique, qui envoyait deux avions de transport de troupes et de matériel C-130 ainsi qu’une quarantaine de soldats attachés à leur maintenance et 50 à 60 autres militaires attachés aux 2 hélicoptères de combat Agusta également sur place. Depuis le 22 mars, ces hélicoptères et les 50 militaires, passent sous l’autorité de l’EUTM Mali.
En outre, la Belgique s’est engagée à participer à « la formation de l’armée malienne ». Selon les informations de la presse, cette participation consistera en une mission de protection du camp de formation de l’armée malienne à Koulikoro et une soixantaine de militaires belges y prendront part. Cela fait déjà près de 120 soldats. La mission de l’EUTM est prévue pour une durée de 15 mois. Il y a fort à parier qu’on jouera les prolongations et que le nombre de militaires belges engagés dans cette mission va augmenter.
Une telle mission est vouée inéluctablement à l’échec au Mali, comme elle l’est en Afghanistan. En effet, en quoi pourrait consister et à quoi va servir cette formation de l’armée malienne » ? Une armée composée de 10.000 militaires, dont 3.000 recevraient une instruction militaire donnée par des officiers français et européens dont tous les hauts faits ont été commis dans les entreprises colonialistes ou dans l’une ou l’autre guerre de l’Otan en Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan, en Libye. Une armée qui recevrait tout son matériel, sa logistique, et ses salaires en fonction des services qu’elle rendrait, non à son pays le Mali, mais à ses anciens colonisateurs et associés.
Les soldats maliens, comme ceux de l’Afghanistan de Karzai, ne s’engagent pas dans une telle armée par patriotisme, mais faute d’autre moyen de gagner leur vie. Depuis l’indépendance du Mali, les interventions de la France et des autres Etats occidentaux dans cette région d’Afrique n’ont eu d’autre objectif que maintenir un contrôle sur les ressources minérales et naturelles du Mali, ou de garder la mainmise stratégique sur le pays pour empêcher que d’autres prédateurs prennent leur place. La « lutte contre le terrorisme » et la « promotion de la démocratie » sont des objectifs secondaires quand ce ne sont pas de simples prétextes. Le gouvernement malien actuel n’a pas plus de « légitimité démocratique » que le précédent qu’il a contribué à déloger.
Le travail de formation d’une telle armée au Mali consistera donc à fournir, (vendre) des armes à ce gouvernement et à apprendre à ces soldats à les utiliser et, surtout, à les envoyer eux au casse-pipe contre les bandes de djihadistes mercenaires, eux-mêmes financés par les puissances à la fois concurrentes et alliées, d’Europe, par l’Arabie Saudite, le Qatar, les Etats-Unis eux-mêmes.
Il n’y a pas que la Belgique pour « donner un coup de main » à l’EUTM Mali : 22 pays européens le font, à une plus ou moins grande échelle.Au total, plus de 500 soldats. Membres de l’UE ou/et membres de l’Otan : France, Allemagne, Espagne, Royaume Uni, Tchéquie, Pologne, pays nordiques. Les uns comme les autres ont déjà participé aux guerres de l’Otan, en Yougoslavie, en Afghanistan ou en Libye. La Géorgie, qui a déjà un partenariat individuel très important avec l’Otan, offre l’expérience de ses troupes d’élite en Afghanistan, pour contribuer à cette mission de l’Union Européenne.
Une différence entre cette mission EUTM et celle de l’Otan en Afghanistan est dans le fait qu’elle est dirigée par l’Etat-Major français et non par les généraux américains : mais cela ressemble plus à un échange de bons procédés entre France et Etats-Unis : puisque la France a réintégré le commandement militaire de l’Otan, elle peut aussi prendre le commandement de l’opération EUTM. Il n’y a pas de quoi se réjouir de cette situation, quand on voit dans les deux cas, Afghanistan et Mali, la défense des mêmes intérêts des grandes sociétés capitalistes occidentales et la même indifférence pour le développement et le progrès social de ces pays.

Claudine Pôlet
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