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Les guerres de l’OTAN

Albert Leimgruber
8 décembre 2014

Albert Leimgruber est le directeur de la revue suisse « Voix Libre » et l'auteur du livre « Les Guerres de l'Otan »

Avec la chute du mur de Berlin et l'implosion du monde communiste, l'OTAN s'est transformée en une alliance belliqueuse et agressive au service de l'impérialisme anglo-saxon. Le livre « Les guerres de l'OTAN » a pour objectif de décrire ce changement de paradigme et de décrire la nature de la nouvelle OTAN dans le contexte géostratégique et géoéconomique actuel.

L'OTAN aurait dû disparaître en 1991, en même temps que le Pacte de Varsovie. Mais les militaires et industriels occidentaux n'ont jamais envisagé sérieusement cette possibilité. Au contraire, l'affaiblissement du communisme fut utilisé par l'occident pour déployer son « soft power », comprenez les mesures politiques et économiques, pour attirer les anciens Etats de la sphère d'influence soviétique dans leur giron. La disparition de son ennemi allait être à l'origine d'une seconde jeunesse de l'Alliance atlantique.

La transformation de l'OTAN

L'absence de menace communiste laisse les stratèges occidentaux sur leur faim et la menace de la « fin de l'Histoire » laisse craindre le complexe militaro-industriel de perdre de précieux contrats et surtout ce bénéfice dont les entreprises, les Etats et toute la société occidentale sont si dépendants.

L'OTAN a alors décidé d'affronter les « nouveaux défis » en se redéfinissant comme organisation internationale ayant pour objectif la défense de la « communauté internationale » afin de défendre les « valeurs démocratiques ». Il s'avèrera par la suite que cette communauté internationale ne regroupe que les Etats membres de l'Alliance et les alliés des Etats-Unis. Fait est que plus de quarante ans après sa création, l'OTAN s'engage pour la première fois en Bosnie. Elle peut se rassurer : privée d'ennemi elle ne sera pas privée de guerre…

On voit aujourd'hui que la « défense des valeurs démocratiques » se solde par une recrudescence du terrorisme en Afghanistan, en Irak ou encore en Libye. Les belles promesses de développement de la démocratie se sont avérées être de la poudre aux yeux des parlementaires européens et nord-américains dans le but d'obtenir leur consentement pour des missions guerrières ou les nombreuses « bavures » font – bien malheureusement - paraître les crimes des dictateurs destitués comme insignifiants.

La Suisse, l'OTAN et le Kosovo

L'engagement de l'OTAN en ex-Yougoslavie tombait à pic. Et, en 1999, le premier engagement massif de l'OTAN fut le bombardement de la Serbie durant 78 jours. Une guerre menée sans aucune résolution des nations-Unies. L'OTAN a donc dévoilé son nouveau visage : une alliance militaire internationale au service des intérêts de ses membres qui ne se tient pas au droit international. C'est la guerre du Kosovo et la discussion que nous avions en Suisse sur l'envoi de notre armée dans des missions internationales qui a réveillé en moi l'intérêt pour l'OTAN et pour la politique de sécurité.

La Suisse en tant qu'Etat neutre est tenue de ne pas participer aux conflits internationaux. La neutralité suisse, telle que reconnue au niveau international en 1815 lors du congrès de Vienne et en 1907 par la signature du traité de La Haye, est définie comme perpétuelle et armée. C'est-à-dire que la neutralité suisse n'est pas limitée aux périodes de conflits, mais est la maxime permanente de la politique étrangère suisse ; et que la Suisse doit être en mesure de défendre son statut d'Etat neutre de manière autonome. La neutralité suisse a longtemps été pratiquée de façon intégrale, c'est-à-dire qu'elle ne se limitait pas à la politique étrangère et militaire mais également à tous les aspects de la politique. La participation à la Société des Nations, puis des Nations-Unies depuis 2002 ainsi que le soutien de sanctions internationales contre des Etats tiers ne sont pas compatibles avec la neutralité intégrale.

Aujourd'hui, la Suisse est juridiquement reconnue comme Etat neutre. Mais en pratique, elle ne l'est plus. L'engagement militaire de la Suisse au Kosovo a mis un terme à sa politique de neutralité. En participant à cette mission de l'OTAN, la Suisse s'est engagée au service de l'OTAN contre un Etat souverain sans que cela n'ait été l'objet de larges discussions au sein de la société suisse.

Mais revenons à l'OTAN. Depuis 1999, l'alliance s'est engagée militairement (directement ou indirectement) en Afghanistan, en Irak, Libye, en Syrie et actuellement en Ukraine. Dans mon livre « Les guerres de l'OTAN » je défends la thèse que l'OTAN est devenue une alliance ayant des visées impérialistes au service du capitalisme anglo-saxon et selon une logique géopolitique basée sur les travaux de Halford J. Mackinder, remis au goût du jour par M. Zbignew Brzezinski.

Vers une nouvelle guerre froide ?

L'OTAN n'a officiellement toujours pas d'ennemi. Mais inofficiellement, tout le monde qui tente de s'opposer à la domination occidentale devient rapidement l'ennemi de l'alliance. Ce n'est pas un hasard si Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi qui ont tenté de quitter le système du dollar ont été chassés du pouvoir par l'OTAN. L'OTAN est l'ultime outil qui garantit au dollar sa position de monnaie mondiale. Tout pays qui tente de se libérer du dollar ou de faire de l'ombre au système financier anglo-saxon se retrouvera secoué par des révolutions colorées (soft power) ou face aux tanks de l'OTAN (hard power). Comment expliquer autrement que lorsque la Chine investit massivement en Afrique, l'OTAN et ses membres s'engagent militairement sur ce même continent ? Comment expliquer autrement que, lorsque l'Ukraine refuse un traité d'association qui la livre pieds et poings liés aux capitalistes anglo-saxons du FMI, elle se retrouve en proie à de violents troubles internes qui finissent en guerre civile ?

L'Ukraine est aujourd'hui le théâtre d'affrontement entre l'OTAN et la Russie. Ce pays, divisé entre l'est et l'ouest pourrait avoir la vocation d'un pont entre l'occident et l'orient. Mais tout le déroulement de la crise démontre que l'occident cherche par tous les moyens à faire basculer l'Ukraine à l'ouest afin de repousser la Russie et d'empêcher Moscou de poursuivre des relations normales avec ce pays qui historiquement est le cœur de la culture et la civilisation russe. Le dernier chapitre du livre est d'ailleurs entièrement consacré à la crise ukrainienne.

Ce conflit démontre une fois de plus que pour défendre leurs intérêts économiques et géostratégiques, les pays occidentaux sont prêts à tout, y compris à la guerre. Du coup, la Russie semble avoir retrouvé sa place comme ennemi désigné de l'OTAN. Une boucle semble se refermer, l'Histoire se répéter, la guerre froide recommencer.

En publiant le livre « Les Guerres de l'OTAN », je tente de rendre accessible à un large public les informations sur le rôle de l'alliance atlantique dans le monde actuel. Car celui qui ne dit et ne fait rien se rend complice de la politique néocoloniale anglo-saxonne.

Albert Leimgruber

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