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Un ancien militaire de Kleine Brogel avoue : « Mon boulot ? placer des bombes atomiques sous les avions de chasse »

11 janvier 2020

Extraits d’un article paru dans « Het Laatste Nieuws, le 5.10.2019 », diffusé intégralement en néerlandais sur la mailing list de Alerte Otan.

« L’hypocrisie doit cesser et le débat (sur la présence des bombes nucléaires à Kleine Brogel) doit enfin se faire. La population a droit à la vérité : ces bombes sont là depuis au moins la deuxième moitié des années 70. Je sais de quoi je parle : c’est moi qui les installais sous les avions de chasse.

Ce job était très recherché parce que c’était un travail léger et on avait beaucoup de jours de congés. J’ai dû signer un contrat de confidentialité, stipulant que je ne devais dire à personne, même pas à ma femme, quel travail j’effectuais précisément à Kleine Brogel. 

La connaissance en armes nucléaires n’était pas nécessaire, pour la simple raison que l’on recevait une formation sur place. On apprenait, entre autres, ce qu’on devait faire en cas d’attaque nucléaire, comment on devait protéger la population et se protéger soi-même.  Je n’avais pas de problème de conscience. Si je ne faisais pas ce travail, un autre l’aurait fait. Et finalement, ce n’est pas moi qui avais décidé d’installer des bombes là-bas !

L’essentiel de mon job ? Veiller à ce que, sur la base militaire de Kleine Brogel, deux avions de chasse F-104 soient prêts à décoller en cas d’attaque nucléaire. Et cela: 24 heures sur 24 et  7 jours sur 7. Pendant toutes mes années de travail, il y avait donc deux avions de chasse chargés de bombes atomiques, prêts au décollage.

Ces avions n’étaient jamais ensemble dans le même hangar. On les changeait continuellement de place. Cela n’était pas seulement pour « tromper les Russes », mais aussi pour des raisons techniques. Les avions ne doivent pas rester trop longtemps au sol, ils doivent voler pendant un certain nombre d’heures et être constamment contrôlés et entretenus.

Dès qu’un avion état prêt, nos hommes – par équipe de quatre, un sous-officier et trois soldats – devaient intervenir pour détacher la bombe sous l’avion et aussi pour placer une bombe sous le 2ème avion. Il y avait donc chaque fois deux avions à charger et décharger.

A l’appel, notre équipe de quatre sortait en vitesse du hangar, on sautait avec tout notre outillage dans une camionnette VW et on courait vers le hangar où la bombe devait être détachée. Ce hangar pouvait se situer à 5 mètres, comme à 2 kilomètres. Le terrain militaire de Kleine Brogel  contenait environ 40 hangars. L’entrée des hangars où se trouvaient les avions chargés des bombes atomiques étaient surveillées 24h sur 24 par deux militaires américains, lourdement armés. Les mesures de sécurité étaient gigantesques.

Nous-mêmes, qui étions des soldats travaillant sur la base, étions sévèrement contrôlés par les Américains quand nous arrivions au hangar pour échanger les bombes. Les Américains savaient d’avance quelle équipe était de garde, et ils contrôlaient si nos noms correspondaient à ceux qu’ils avaient sur leur propre liste. Quand tout cela était ok, ils nous ouvraient la porte et on pouvait faire notre boulot.

On retirait la bombe qui était placée sous l’avion de chasse et on la mettait sur une sorte de remorque et aussitôt, les Américains l’emportaient. C’était « leur » bombe.  C’était eux qui se chargeaient de sa surveillance et de son entretien. Ensuite, l’avion était amené hors du hangar et un pilote de l’armée belge le faisait voler après que l’avion ait été entièrement contrôlé. 

Dès que l’avion était sorti du hangar on en amenait un autre pour le charger d’une bombe atomique. Nous ne savions pas si c’était une autre bombe, ou la même bombe que nous venions de décharger. Car les Américains emmenaient toujours la bombe avec eux pendant que nous étions encore au travail dans le hangar. Ce sont eux et eux seuils qui décidaient  s’ils amenaient la bombe récemment déchargée sur le lieu de stockage dans le bunker souterrain, ou s’ils la gardaient pour la placer sur le 2ème avion. Ainsi les Russes ne pourraient jamais savoir dans quel hangar se trouvait un avion chargé d’une bombe atomique.

Le protocole correspondant  au placement d’une bombe atomique sous un avion suivait un rituel minutieusement chronométré. Pour commencer, les Américains  venaient avec la bombe. C’était un drôle de jeu, car celle-ci devait être déplacée du bunker souterrain, situé en territoire américain, vers le hangar où se trouvait l’avion de chasse. C’est difficile à croire, mais, à cette époque, les Américains devaient traverser une voie publique pour réaliser ce transport : celle-ci était donc entièrement fermée au trafic  routier pendant de longues minutes. Des jeeps chargées de soldats américains armés de mitrailleuses roulaient devant et derrière l’automobile sur laquelle se trouvait la bombe atomique.  

Les Américains amenaient la bombe atomique, avec sa tête nucléaire, à l’intérieur du hangar. Ils remettaient  à notre sous-officier un document avec le numéro de la bombe, que celui-ci devait signer, ensuite ils reprenaient le document et disaient "s’il vous plaît, voici la bombe". Ensuite nous commencions,  toujours sous haute surveillance américaine, à placer cette bombe sous l’avion.

Nous n’avons jamais vu le bunker lui-même. Le terrain sur lequel il se trouvait  appartenait exclusivement aux Américains qui étaient là pour la surveillance et la maintenance de leurs bombes. Aucun simple soldat belge ne pouvait se trouver là. Nous n’avons jamais su à quelle profondeur dans le sol étaient gardées les bombes atomiques, ni combien il y en avait exactement.

On s’entraînait constamment pour appliquer la procédure, en vue du cas où un avion devrait faire face réellement à une attaque nucléaire. Cet entraînement se réalisait deux ou trois fois par mois. En cas d’attaque nucléaire l’avion devait être prêt à voler en cinq minutes…….. »

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