Comité de Surveillance OTAN

Opinions

Accueil
Plate-forme du CSO
Alerte OTAN !
Communiqués du CSO

Articles

Documents officiels
Autres textes

Carte de l'Otan
L'Europe et l'Otan (2004)

Kosovo:
Fact-finding mission

Images
Archives
Liens

Contactez-nous !

imprimer 

Guérilleros et terroristes…

Roland Marounek
1 novembre 2003

L’OTAN a-t-elle pour objet de défendre les pays membres, ou bien les régimes de ces pays contre leur propre peuple ?

« La tâche aujourd'hui est d'être capable de traiter un problème en l'espace d'heures ou de jours, et non de semaines, de mois ou d'années. Et la Force de réaction de l'OTAN va être conçue pour faire exactement cela. », Ronald Rumsfeld

La réunion des ministres de la défense de l’OTAN, à Colorado Springs qui a eu lieu du 8 au 10 octobre 2003, s’est ouverte sur un énorme war game pour lequel les hôtes américains n’ont pas lésiné sur les moyens (7 millions de dollars ). En 2007, dans un pays ami,  "des guérilleros alliés à des terroristes disposant d’armes de destruction chimiques et biologiques" (on savourera l’accumulation de tartes) ont pris le pouvoir, et le président déchu demande l’intervention de l’OTAN. Il semble qu'on ait complètement oublié dans le scénario de demander l'avis de la population.

L’exercice avait pour objectif déclaré de convaincre les Alliés de la nécessité absolue de pouvoir prendre très rapidement ("en l'espace d'heures ou de jours") la décision d'envoyer les troupes de la future force de choc de l'OTAN. Et donc, corollairement, de la nécessité de pouvoir court-circuiter les institutions démocratiques. La démocratie est un processus tellement fastidieux, le fascisme est beaucoup plus simple.
Les alliés ne semblent pas avoir été particulièrement difficiles à convaincre. Le ministre italien de la défense (soutenu par la France) a ainsi proposé que la future force de réaction de l'OTAN puisse intervenir sur simple décision de hauts responsables de l'OTAN, en se passant de l'accord des Parlements élus des pays membres(1).

v

La confusion faite volontairement entre "guérilleros" (communistes?) et "terroristes disposant d'armes chimiques et biologiques", révèle ce qu'il y a derrière le discours martelé de "la-lutte-contre-le-terrorisme". Le mois passé (septembre 2003), le scénario des manœuvres de « Northen Light » de l’OTAN était tout aussi éclairant : il s’agissait alors de réprimer un soulèvement qui s’était produit dans un pays allié (2).

Quel est ce danger dont il faut se protéger en se dotant des armes offensives les plus puissantes que l'humanité n'ait jamais connues ? Qui en fait possède réellement les armes de destruction massive, nucléaires, biologiques et chimiques, si ce n'est précisément les pays de l’OTAN et leur allié direct (Israël) ? (3) La "guerre" contre l'Irak, - puisqu'on a l'indécence d'appeler "guerre" ce massacre unilatéral, plus de 6.000 civils irakiens tués selon les chiffres minimaux, contre moins de 100 soldats US,devrait avoir au moins le mérite de nous ouvrir les yeux : les pays présentés comme "voyous" ont des armes obsolètes, absolument sans commune mesure avec les moyens gigantesques des Occidentaux, et ils sont en réalité complètement impuissants à se défendre (4).

Non, ce ne sont pas les "états voyous" qui représentent une menace crédible pour la puissance militaire la plus gigantesque de tous les temps. Ce qui représente un danger authentique, c'est bien l'émergence inéluctable d'insurrections, dans les pays étranglés par l'ordre impérialiste. L'objectif réel pourrait bien plutôt se situer dans la première partie du couple : les guérilleros plutôt que les terroristes.

La défense des pays occidentaux contre les armes de destruction massive de pays voyous n'est tout simplement pas crédible, celles-ci étant aux mains des Alliés ; et le "tyran qui menace l'Occident", "défie la Communauté Internationale" (ce qui est un synonyme) s'exposerait de façon évidente à la destruction totale de son pays, sa propre mort, celle de ses proches et de ‘son régime’. Où, à part dans les films US, trouvera-t-on un "dictateur" aussi dément pour désirer une telle issue ? Par contre, il est plus raisonnable de penser que l'OTAN et sa nouvelle force de réaction ont pour mission de rendre impossible la réédition de révolutions réussies. Loin d’être un reliquat anachronique de la guerre froide, l’OTAN pourrait avoir reçu la tâche essentielle d’empêcher  l'émergence, où que ce soit dans le monde, d'un autre modèle de société que celui qui est en train d'asphyxier la planète.

Roland Marounek

1www.usatoday.com/news/world/2003-10-12-nato-deployment-plan x.htm
2www.sky.com/skynews/article/0,,30100-12793790,00.html
3. Les Etats-Unis croient si peu eux-mêmes en cette menace, que le Pentagone a vendu récemment via Internet du matériel qui pourrait être utilisé pour fabriquer des armes biologiques :
 www.rnw.nl/hotspots/ html/bio031009.html
4. Même lorsqu’il s’agit de réagir à des violation flagrantes de leur souveraineté, comme on a pu le voir récemment dans le cas de la Syrie, bombardée impunément par une Israël illico déclarée comiquement "en état de légitime défense" par le régime US.

Roland Marounek
Autres textes de Roland Marounek sur le site du CSO

Derniers textes publiés :

8. Au coeur de la Syrie, Générosité
Marie-Ange Patrizio

7. Damas à bâtons rompus
Marie-Ange Patrizio

6. Damas des étoiles
Marie-Ange Patrizio

5. Les gardiens
Histoires du siège de Qâra, et de quelques unes de ses conséquences

Marie-Ange Patrizio

4. « Les gens qui ont un livre »
Marie-Ange Patrizio

3. La volière de Mar Yakub
Marie-Ange Patrizio

2. Matin de lumière

1. Matins de Roses
Marie-Ange Patrizio

Yougoslavie : Quand on prend l’avenir pour le passé - Raisons pour lire : Quand "Le Monde… Décryptage des conflits yougoslaves", de Fabrice Garniron
Diana Johnstone
Le Grand Soir

Un autre regard sur la Syrie
Bahar Kimyongür

Une intervention humanitaire en Syrie, il y a 150 ans
Pascal Herren, doctorant en droit à l
Le Temps

Fabrice à Waterloo : L’Occident humanitaire et la Syrie
Diana Johnstone