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La complicité entre l'ONU et l'Otan

Patricia Villalon
1 octobre 2011

D’après les récentes déclarations du représentant permanent vénézuélien auprès de l'ONU Julio Escalona, cette organisation internationale, regroupant à quelques exceptions près tous les états de la planète, n'est plus fiable. Dans une interview, il explique que l'ONU est malheureusement colonisée et contrôlée par les USA et par les pays du Nord.

Cette affirmation trouve un écho dans les récentes déclarations de l'Ambassadeur Ivo Daalder, représentant étasunien auprès de l'Otan. Daalder affirme que concernant la guerre en Libye « Ce sont les États-Unis qui ont dirigé cette opération, ce sont eux qui ont dirigé l'initiative pour obtenir le mandat du conseil de sécurité ( Résolution N°1973 ) et faire décider que l'Otan l'exécute, ce sont eux qui ont dirigé la planification et l’exécution de l’opération militaire, ils ont commencé par neutraliser la défense aérienne libyenne, et ils ont continué en supprimant les défenses pendant tout le cours du conflit, en utilisant des drones armés ». Il continue en révélant que « ce sont eux qui ont fourni le gros de l'intelligence en permettant d'identifier les objectifs à frapper, aussi en approvisionnant en vol les chasseurs bombardiers alliés ».

Étrange affaire, n'est-ce pas ? Puisque l'ONU a pour finalité principale LA PAIX INTERNATIONALE, et non la guerre. Fondée en 1945, afin d’arrêter les guerres entre pays et de fournir une plateforme de dialogue, ses objectifs sont officiellement de faciliter la coopération dans le domaine du droit international, de la sécurité, du développement économique, le progrès social et les droits de l'homme. Et pourtant, lors du séisme qui provoque un désastre humanitaire début 2010 en Haïti, l'ONU s'est montrée incapable de coordonner de l'aide ; en revanche il n'a fallu que dix jours à cet organisme de paix pour voter une nouvelle résolution de guerre.

Les propos du représentant étasunien auprès de l'Otan, « ce sont [les USA] qui ont dirigé l'initiative pour obtenir le mandat du Conseil de Sécurité, et faire décider que l'Otan l'exécute » semblent plutôt confirmer les déclarations du représentant vénézuélien J.Escalona, excédé aussi par l'attitude du secrétaire général du même organisme, qui sans le moindre mandat décide au milieu de la confusion de la bataille de Tripoli, de rencontrer des représentants du CNT octroyant ainsi une reconnaissance Onusienne aux rebelles anti-Kadhafi.

Dans ce mécanisme de guerre qui se répète sans cesse depuis plus de dix ans (Yougoslavie, Afghanistan, Irak, Libye) la complicité de l'ONU et de l'Otan est flagrante. Pourtant, pas plus loin que l'année 2009, le rapport mondial d'indice de développement humain (IDH) défini par le programme de l'ONU, avait classé la Libye parmi les pays les plus développés du monde.

En dehors des explications ou des déclarations concernant cette guerre, on devrait plutôt se poser la question suivante : A qui profite la guerre en Libye ? Et la réponse trouve rapidement sa place dans la politique étatsunienne concernant l'Afrique, ou la politique de sécurité que les États Unis mènent de facto en Afrique, à travers une nouvelle force militaire connue sous l'acronyme de Africom (The United States Africa Command).

Les États-Unis ont créé et présenté Africom comme une restructuration efficace des institutions ainsi que comme un programme bienveillant de soutien aux gouvernements africains pour des opérations humanitaires ou de sécurité. « Le but de l'Africom est d'aider les Africains à augmenter leur capacité à défendre leur propre sécurité » affirmait la vice-assistante du secrétaire à la défense Thérésa Whelan, niant la possibilité qu'Africom ait été créé « seulement pour lutter contre le terrorisme ou s'assurer les ressources en pétrole ou décourager la Chine ».

Mais Horace Campbell, professeur d'histoire afro-américaine et de sciences politiques à l'université de Syracuse, estime que « les bombardements occidentaux en Libye sont devenus pour l'Africom un stratagème opportuniste de relations publiques et une nouvelle tête de pont en faveur d'un bastion militaire sur le continent ». Et le journaliste américain William Engdhal écrit que « la décision de Washington de bombarder la Libye de Kadhafi, n'a pas grand chose a voir avec ce que le gouvernement d'Obama proclame être une "mission de protection de civils innocents", en réalité, ceci fait partie d'un plus vaste plan stratégique de l'Otan et du Pentagone en particulier, de contrôler le talon d'Achille de la Chine, à savoir sa dépendance stratégique d'importation en grande quantité de pétrole brut et de gaz ».

Les propos de ces auteurs se trouvent directement confirmés par ceux tenus par un des conseillers aux départements d'État et de la Défense Américaine, le docteur Peter Pham qui explique que parmi les buts ultimes d'Africom, une de plus importantes tâches est de « protéger l’accès en hydrocarbures et autres ressources stratégiques, dont l'Afrique est riche et s'assurer qu’aucune tierce partie comme la Chine, l'Inde, le Japon ou la Russie ne puissent obtenir un monopole ou des traitements de faveur »

On arrive à la conclusion que l'affaire libyenne est un coup monté pour établir l'Africom dans les territoires africains, projet auquel le colonel Mouamar Kadhafi s’était toujours opposé : Il ne restait qu'à se défaire de l'obstacle que constituait Kadhafi, en donnant un feu vert explicite à travers la résolution 1973 de l'ONU.

Les pays de l'Otan n'ont à leur bilan aucune trace positive et crédible d'assistance aux véritables combattants de la liberté et aux mouvements de libération africains Les États-Unis et la Belgique étaient complices dans la planification du meurtre de Patrice Lumumba au Congo. La "Protection des civils" n'est pas seulement un sommet d’hypocrisie de la part des États-Unis et des dirigeants occidentaux, elle constitue surtout une ingérence, en absolue contradiction avec le principe fondateur de la Charte des Nations Unis, la souveraineté et l'égalité en droit de chaque état. Et se défendre contre "la légalisation de l'ingérence" c'est un principe éminemment progressiste que défendent les dirigeants cubains, vénézuéliens, boliviens et bien d'autres pays latino-américains, apportant dans cette démarche la plus grande contribution à l’émancipation sociale et politique des peuples.

Patricia Villalon
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