« Help Syria » ou le retour à la guerre humanitaire
Claudine Pôlet
31 décembre 2016

Le 19 décembre dernier, le journal Le Soir a publié sur une pleine page un appel "Help Syria, Agissons, je suis humain et j'agis pour les civils syriens…"  signé par une quarantaine d'organisations se proclamant de la "société civile".

Plusieurs associations du mouvement de la paix ont cosigné cet appel. Cela nous interpelle au plus haut point. Nous reprenons ci-dessous quelques arguments de l'Appel :

"Les derniers occupants d'Alep risquent de disparaître dans les heures et les jours qui viennent. Si nous voulons qu'il ne reste que des cadavres ou des noyés en Méditerranée, nous devons manifester notre indignation aux autorités belges et européennes…."

"Nous proposons de signer une pétition adressée à nos autorités afin que notre gouvernement fasse pression

  • pour rendre possible l'évacuation des civils et l'accès humanitaire ainsi qu'un déploiement d'observateurs des Nations Unies pour protéger les civils et les combattants de toutes violations du droit international humanitaire,
  • pour traduire en justice les auteurs de telles violations"….

L'image utilisée par Help Syria pour illustrer son Appel est particulièrement trompeuse: on y voit des pères avec leur bébé peut-être mort, au milieu d'une rue pleine de ruines de maisons bombardées. On ne peut que se sentir humainement touchés par une telle photo. Mais quand celle-ci s'accompagne d'une phrase disant que "les derniers occupants d'Alep risquent de disparaître dans les jours qui suivent", alors on manipule des sentiments humains pour faire passer un énorme mensonge.

La libération d'Alep a eu lieu!

Ce sont des centaines de milliers de personnes qui ont pu être secourues, alimentées. Mais cette libération est le fait de ceux-là mêmes que Help Syria accusait de massacrer les populations civiles et de violer le droit international humanitaire. Il faudrait rendre hommage à ceux qui ont libéré Alep Est de l'emprise des groupes terroristes, et rendre justice à ceux qui ont ainsi permis l'évacuation des civils et l'accès humanitaire à la population d'Alep. Or c'est tout le contraire qui se passe. Les promoteurs de l'appel Help Syria continuent de considérer que Bachar Al Assad est leur pire ennemi et que l'intervention de la Russie dans la guerre en Syrie est le plus grand danger pour la paix mondiale.

Des groupes terroristes rebaptisés "combattants"

Help Syria réclame la mise sous protection de l'ONU des "combattants". Comment peut-on présenter sous l'étiquette de "rebelles", de "combattants", les milices de l'Etat Islamique, et autres organisations mafieuses et terroristes qui occupaient une partie de la ville depuis 2013 et bombardaient la population civile de l'autre partie de la ville. Les témoignages des habitants d'Alep Ouest ont été délibérément sabotés par les medias, mais également ignorés pendant des années par les associations "humanitaires". Il ne suffit pas d' affubler les criminels de l'Etat Islamique d'un titre de "combattants" pour les blanchir de leurs exactions. On ne peut non plus les mettre sur le même pied que les forces de l'armée syrienne qui se battent pour défendre la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité de leur pays.

On demande aux sponsors de la guerre de protéger la population civile de Syrie

Qu'est-ce que les promoteurs de l'appel proposent de faire après cinq ans de guerre en Syrie pour que cette guerre s'arrête? En appeler aux autorités belges et européennes, c'est-à-dire à un gouvernement belge qui a depuis le début de la guerre participé à la Coalition Internationale des Volontaires": d'abord en Irak, ensuite en Syrie, et à une Union européenne qui renforce ses liens avec l'Otan et collabore à toutes ses guerres. Les partisans de la "protection des populations civiles" proposent de s'en remettre à des autorités politiques qui participent, soutiennent ou alimentent ces guerres. Ils en reviennent donc à la défense du droit d'ingérence humanitaire, inclus par la guerre. Après 15 ans d'intervention otanienne et d'occupation militaire en Afghanistan , après cinq ans de chaos économique, politique, social créé par l'intervention de la Coalition contre la Libye, les associations de paix se laissent à nouveau prendre au piège de la guerre humanitaire.

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