Comité Surveillance OTAN
RTBF, information hiérarchisée, et infâmes réseaux sociaux
Roland Marounek
24 avril 2026

Jeudi 23 avril : A son habitude de faire mine[1] d'être à l’écoute des auditeurs, la RTBF dans son JT de 19h30 répondait une 'question d’un auditeur' : « Les réseaux sociaux sont en train de prendre de plus en plus de place. Vont-ils remplacer les médias traditionnels pour d’informer ? »

Extraits de la réponse :

« Selon une étude de la Commission européenne, six personnes sur dix déclarent consulter quotidiennement les médias traditionnels, mais parmi les jeunes, ils ne sont plus qu'un sur deux. Les personnes qui choisissent les médias traditionnels pour s'informer regardent d'abord la télévision et ensuite la radio. 65% des 15-24 ans considèrent les plateformes numériques comme leurs principales sources d'informations..... Les sources d'informations se multiplient à l'infini, ce qui réduit le temps passé devant la télé ou à lire le journal papier. Et depuis 2019, le téléphone mobile est le premier outil pour s'informer. ... La TV régresse de 33% dans les habitudes d'information. On notera que sur les réseaux sociaux, la boîte noire qui nous donne l'information, c'est un algorithme, à la différence des médias traditionnels où l'on reçoit une information vérifiée, hiérarchisée et pensée par un être humain.
(...) La confiance dans les médias traditionnels s'érode, mais reste forte en cas de crise majeure. Les Belges cherchent de l'analyse, de la vérification, du décryptage dans les médias traditionnels et, singulièrement, dans les médias publics à la RTBF. 
»

Apprécions particulièrement l’expression « information hiérarchisée ».

Peut-être la RTBF devrait-elle commencer par se poser la question : Mais pourquoi finit-on par aller chercher l’information ailleurs qu’à la TV ? Et la réponse rapide, c’est, peut-être, parce que l’information, ou du moins certaines informations ne passent pas à la télé.

Prenons ce simple exemple du jeudi 23 avril. La liste des ‘sujets’ traités ce soir-là était la suivante :

  1. Le chocolatier Galler restructure
  2. Paolo Falzonne face aux victimes pour la première fois
  3. Débat houleux à la chambre autour des aides à l’énergie
  4. Stockage de l’énergie solaire : le coût des batteries se démocratise
  5. Polémique autour de l’arrivée de responsables du régime afghan à Bruxelles, autour de l’expulsion de migrants afghans
  6. Des troupes iraniennes à l’assaut d’un navire : Iran et Etats-Unis jouent les démonstrations de force dans le détroit d’Ormouz  - joli dos à dos soit dit en passant, mais là n’est pas la question
  7. Délégation belge au Canada ; renforcer les partenariats et les échanges étudiants – belle expérience personnelle
  8. Malaise autour du numérique : Droit au non-numérique à Bruxelles
  9. Montage précoce du pont de claies de Vresse-sur-Semois

Bien entendu, chacun de ces sujets est légitime et très intéressant.

Mais quelle hiérarchisation des sujets a-t-elle conduit à faire l’impasse sur l’assassinat particulièrement odieux de la journaliste libanaise Amal Khalil, survenu la veille ? – et dont bien entendu la RTBf n’avait pas parlé la veille non plus, flèche wallonne oblige :

Amal Khalil et la photographe indépendante Zeinab Faraj couvraient les événements près de la ville d’al-Tayri lorsqu’une frappe israélienne a touché le véhicule qui les précédait.

Elles se sont réfugiées dans une maison voisine, qui a ensuite également été prise pour cible par une frappe israélienne. Les secouristes libanais ont pu extraire Zeinab Faraj, qui avait été blessée à la tête.

Cependant, l'Union des journalistes du Liban a déclaré que lorsque les secouristes ont tenté de secourir Amal Khalil, les forces israéliennes ont empêché l'accès au site et ont utilisé des grenades assourdissantes. Un haut responsable de l'armée libanaise a déclaré que ce n'est qu'environ quatre heures plus tard que les équipes de secours ont pu pénétrer dans la zone, escortées par les forces de l'armée libanaise et en coordination avec la FINUL, et récupérer le corps sous les décombres.

La mort de Khalil, 43 ans, a porté le bilan de la journée de mercredi à cinq personnes. Ce fut la journée la plus meurtrière depuis l'annonce, le 16 avril, d'un ‘cessez-le-feu’ de 10 jours visant à mettre fin aux hostilités entre Israël et le Hezbollah.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré que le fait de prendre pour cible des journalistes et d'entraver les efforts de secours constituait des « crimes de guerre ».

On ne peut pas dire que la RTBF n’avait pas l’information : elle figurait bien sur son site Internet. Il s’agit donc d’un choix rédactionnel, d’en parler ou non à la télé -  ou comme le dit la journaliste de la RTBF, le résultat d’une hiérarchie dans l’information. Les claies de Vresse-sur-Semois avant l’assassinat de confrères.

Certes, le meurtre de journalistes par Israël est devenu une telle routine, à quoi bon en parler encore ? Il est assez probable que si la journaliste avait eu une autre nationalité  (au choix : israélienne, ukrainienne, ...), ou si ses assassins avaient été russes, iraniens, ou palestiniens,  il est assez probable que face à un tel récit, la hiérarchie aurait été différente.

Les x% de la population qui s’informent exclusivement via la radio et la télé n’en sauront donc jamais rien. Ceux qui s’informent sur le JT de la RTBF ne sauront pas non plus que, par exemple, les Etats-Unis ont détruit l’Institut Pasteur à Téhéran, qu’Israël y a bombardé une synagogue à Téhéran (et pas par erreur), que les deux depuis le début de l’agression ont détruit plus de 300 hôpitaux et dispensaires, 32 universités, plus de 850 écoles..., pour ne parler que de cette agression sur l’Iran que n’arrive même pas à condamner le ministre des Affaires étrangères belge.

Mais les exemples sont innombrables.

Conclusion : Il est extrêmement heureux qu’il y ait aujourd’hui Internet et les réseaux sociaux pour s’informer...

Il est vrai les informations se retrouvent éventuellement dans la presse imprimée, même si c’est de façon discrète. Eventuellement : Le Soir par exemple n’avait absolument pas évoqué dans son édition papier l’assassinat d’Amal Khalil par exemple – il hiérarchise sans doute l’information selon les mêmes critères que la RTBF. Et les dits réseaux sociaux tellement conspués par les médias traditionnels renvoient souvent lorsqu’ils diffusent une information aux journaux-papier, ou alors il est possible de rechercher la confirmation via Internet. C’est une bonne discipline à y adopter.

Mieux vaut ne pas attendre le prochain JT de la RTBF en tout cas.

 

[1] Plus une posture qu'autre chose: pour preuve leur absence totale de réponses, voire d’accusé de réception, aux courriels envoyés

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