Comité Surveillance OTAN
Commémorations Hiroshima-Nagasaki 2026 : Discours de Sarah Rousseau (Coalition belge contre les armes nucléaires)
Sarah Rousseau
8 août 2026

Merci d’être présentes et présents aujourd’hui dans ce lieu de mémoire. 81 ans après, le souvenir du crime des États-Unis sur Hiroshima et Nagasaki continue à nous glacer. 

Je vous parle au nom de la Coalition belge contre les armes nucléaires, qui lutte pour l’abolition de ces armes de destruction massives et réclame que la Belgique fasse sa part. 

Aujourd’hui encore, on n’oublie pas.

Les armes nucléaires ne sont pas seulement une histoire du passé. En 2026, plus de 12 000 ogives nucléaires existent encore dans le monde. Les puissances nucléaires continuent d’étendre et moderniser leurs arsenaux, et les tensions internationales rendent de plus en plus concrète la question du recours à ces armes de destruction massive, ces armes d’anéantissement. 

Et pour la Belgique, ce n’est pas une réalité lointaine. Notre pays abrite depuis plus de 60 ans entre 12 et 20 têtes nucléaires états-uniennes sur son territoire, à la base militaire de Kleine-Brogel dans le Limbourg. Et ce dans un silence politique, dans un déni démocratique le plus complet. Notre pays est directement concerné. Nos gouvernements, nos armées sont complices. 

La lutte contre les armes nucléaire nous concerne toustes. Il s’agit de notre survie, du monde qu’on veut construire ensemble. Moi, un monde comme ça, je n’en veux pas. 

Je suis une enfant des sociétés néolibérales, coloniales. On m’a appris que mon pays était du bon côté de l’histoire, et qu’il le serait toujours. On m’a appris à avoir peur. On m’a dit que l’humain était mauvais par nature, et que c’est aux sociétés de le civiliser, de le dompter. 

Mais je rejette profondément tout ça. Je n’y crois pas. Je n’y ai peut-être jamais cru. 

J’aimerais vous parler de ce en quoi je crois, de ce qui monte dans mon cœur quand je pense à Hiroshima et à Nagasaki. 

Je pense que l’être humain est profondément bon, et qu’il grandit comme tel quand on le nourrit de communauté et de liens. Je crois en la solidarité qui entoure les âmes et les cœurs, et qui calme la peur et les angoisses. Je crois en la force et le courage qu’on a chacune et chacun en nous quand on est face à l’injustice et à la domination. Je crois en l’énergie folle et flamboyante qui nous anime quand on lutte pour ce qui est juste. 

Non, l’être humain n’est pas mauvais. Je refuse d’avaler le mensonge qu’on a mis dans nos têtes et sur nos bouches. 

Je refuse de vivre dans la peur de l’autre. Ils l’ont déjà trop fait, et ça ne fonctionne pas. 

J’ai 28 ans. Quand j’ai commencé il y a à peine quelques années à lutter contre la militarisation et contre les armes nucléaires, j’ai découvert une manière toute nouvelle de lire et rêver le monde. 

Et nous avons des leviers.

Nous pouvons demander à notre gouvernement de s’engager davantage pour le désarmement. Nous pouvons soutenir le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui offre une voie vers l’élimination de ces armes. Nous pouvons interpeller nos responsables politiques, nos communes, nos universités.

Et surtout, nous pouvons continuer à faire vivre la lutte au sein de la société. Créer des ponts, éduquer et informer. C’est particulièrement important auprès de nous, les jeunes, pour qui les affects liés à la guerre semblent très lointains et abstraits.

À nous de montrer que ce n’est pas le cas.

Mobiliser la jeunesse, c’est transmettre une mémoire, bien sûr. Mais c’est surtout donner aux jeunes les moyens de comprendre les choix qui sont faits aujourd’hui en leur nom, de questionner les discours sur la sécurité et la dissuasion, et de prendre leur place dans la construction de la paix.

La mémoire n’est pas immobile.

Le crime commis par les États-Unis sur Hiroshima et Nagasaki n’est pas isolé. On pense également à tous les autres crimes commis par les puissances nucléaires lors de différents essais, qui nous entourent aujourd’hui. 

Cette mémoire nous rappelle un constat largement vérifié, et pourtant peu populaire: la sécurité ne devrait jamais dépendre de la capacité à détruire des vies.

Je prononcerai mes derniers mots comme un rêve, et j’espère un jour pouvoir les prononcer comme une certitude !

Plus jamais ça.

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