Comité Surveillance OTAN
Commémorations Hiroshima-Nagasaki 2026 : Discours de Giulia Contes (co-présidente de la CNAPD)
Giulia Contes
8 août 2026

Avant de commencer, permettez-moi d’adresser quelques remerciements.

Les premiers vont à l’Université de Mons, qui accueille le Parc Hibakusha et fait vivre cette problématique sur le campus de Nimy. Merci pour le soutien constant, pour le renouvellement de la convention, et pour la confiance témoignée depuis l’inauguration et la restructuration du parc.

Je tiens également à remercier les organisations partenaires de la convention : le collectif No Nukes Belgique, Nations Humaines Universelles, le Comité Surveillance OTAN et la CNAPD. Merci pour votre engagement, votre présence, et pour l’organisation de cet événement qui, chaque année, nous ramène à ces dates atroces des 6, 8 et 9 août.

Merci également à la chorale pour l’émotion partagée, et merci à chacune et chacun d’entre vous d’être ici aujourd’hui.

Votre présence compte. Aujourd’hui, nous nous réunissons pour honorer la mémoire des victimes de Hiroshima et de Nagasaki, ainsi que celles de toutes les bombes et essais nucléaires qui ont marqué l’histoire de l’humanité.

81 ans ont passé, mais l’impact de ces bombes continue de résonner : un simple bouton pressé, et ce sont des villes pulvérisées, des corps meurtris, des générations entières condamnées à porter dans leur chair les conséquences de la violence nucléaire.

Nous faisons aujourd’hui un effort de mémoire.

Nous nous souvenons.

Mais la mémoire, seule, ne suffit plus.

Car le monde que nous avons devant nous ressemble de plus en plus à celui qui a rendu Hiroshima et Nagasaki possibles.

Les dépenses militaires mondiales ont atteint des niveaux historiques : près de 3 000 milliards de dollars, pour la onzième année consécutive de hausse.

En Europe, la militarisation progresse à un rythme vertigineux : +14 % en un an, la plus forte augmentation depuis la guerre froide.

Les États membres de l’OTAN ont doublé leurs dépenses militaires depuis 2016, et s’engage désormais de les porter à terme jusqu’à 5 % du PIB.

Cette fuite en avant n’est pas abstraite.

Elle se traduit par des milliards détournés des services publics, de la transition écologique, de la santé, de l’éducation, de la coopération internationale et solidarité entre les peuples.

Et nous en voyons les conséquences, jour après jour.

En Belgique, les dépenses militaires ont bondi de 59 % en un an, pendant que des mesures d’austérité frappent les familles, les travailleurs, les jeunes.

J’insiste sur les mots : dépenses militaires, et non « investissements ». Car chaque euro versé au complexe militaro-industriel ne construit rien pour la société. Il ne crée pas de richesse durable. Il constitue, par nature, un capital de destruction.

Nous le disons clairement : plus d’armes ne créent pas la sécurité.

Elles créent la peur de l’autre, la défiance du dialogue, l’escalade militaire. Elles créent les conditions de la guerre, au profit d’une industrie dont la faim est insatiable et dont la corruption est vertigineuse : en 2024, près de 40 % de la corruption mondiale concernait le secteur des armes.

Cette militarisation globale n’est pas seulement un danger pour la paix : elle ravive le spectre de l’arme nucléaire. Les puissances nucléaires modernisent leurs arsenaux. Les doctrines de dissuasion se durcissent. Les discours politiques banalisent à nouveau l’idée que l’arme nucléaire serait un « garant de sécurité ».

En Belgique, les ogives stationnées à Kleine-Brogel ont été récemment modernisées pour être plus facilement utilisables. Mais nous savons ce qu’est réellement l’arme nucléaire.

Car nous nous rappelons d’Hiroshima.

Car nous nous rappelons de Nagasaki.

Nous l’avons vu dans les îles du Pacifique, en Algérie, au Kazakhstan — partout où des populations ont été sacrifiées sur l’autel de la puissance militaire.

Je vous invite à regarder un instant les stèles du parc.

Elles rappellent combien de pays, combien de territoires, combien de peuples ont été frappés par les essais et les bombes.

L’arme nucléaire n’est pas une assurance.

C’est une menace existentielle pour l’humanité.

Je laisserai Sarah du collectif No Nukes parler plus en détail de la présence des ogives en Belgique.

Mais je veux vous dire ceci : nous ne sommes pas seulement spectateurs de la menace nucléaire. Nous en sommes les otages, malgré nous, malgré nos populations, malgré nos mouvements pour la paix.

Permettez-moi de terminer sur une note d’espoir.

Face à cette spirale militariste, un autre monde s’organise. En juin dernier, à Londres, lors de la Conférence internationale contre la guerre, des dixaines de milliers de personnes des mouvements syndicaux, pacifistes, féministes, écologistes, antiracistes, des jeunes, des travailleurs, des objecteurs de conscience russes et ukrainiens ont affirmé une vérité simple mais puissante:

Nous sommes nombreux. Nous sommes légitimes. Nous refusons la logique de guerre.

La criminalisation croissante du pacifisme — en Europe, au Royaume-Uni, ailleurs — n’est pas un signe de faiblesse.

C’est la preuve que notre mobilisation dérange.

Que notre voix porte. Que notre force inquiète celles et ceux qui veulent imposer un monde de guerre et d’austérité.

En commémorant, 81 ans après Hiroshima et Nagasaki, nous ne faisons pas seulement acte de mémoire.

Nous faisons acte de résistance.

Nous affirmons que la paix n’est pas un rêve naïf, mais un projet politique concret. Nous affirmons que le désarmement n’est pas une utopie, mais une nécessité vitale. Nous affirmons que l’unité des peuples et des luttes est la seule force capable d’arrêter la machine de guerre.

Aujourd’hui, nous portons la voix des survivants, des Hibakusha, de toutes celles et ceux qui ont vu l’horreur nucléaire et qui nous disent : « Plus jamais ça. »

Merci. 

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