Pourquoi il est important d'être clair sur les causes réelles de la guerre en Ukraine
Comité de Surveillance OTAN
1er mai 2024

En février, des organisations de paix belges1 ont organisé un rassemblement pour "dire stop" à  la guerre en Ukraine : "Deux ans après, nous appelons à nous rassembler afin de réaffirmer notre condamnation de l’agression russe de 2022 et notre opposition à cette guerre" lit-on dans leur communiqué, qui par ailleurs appelait à l'arrêt des livraisons d'armes.

Le revirement réalisé depuis la première manifestation de 2022 est assez impressionnant. A ce moment-là les organisations de paix osaient encore rappeler "la responsabilité de l’Otan qui depuis trois décennies, avec son expansion permanente, refuse de prendre en compte les intérêts de sécurité de la Russie".

Aujourd'hui, les pacifistes espèrent  être plus 'audibles' en adoptant une partie du discours de l'OTAN. C'est pour nous plus qu'une erreur.

Objectivement parlant, et même les pro-OTAN, les pro-Ukraine et les pro-russes sont d'accord avec ce constat : Si l'Occident cesse d'alimenter l'Ukraine en armes, la guerre s'arrête en quelques jours, car l'armée ukrainienne n'aura d'autre choix que d'arrêter les combats. Que ce soit un "Bien" ou un "Mal", n'est pas le point ici. On peut même aller plus loin maintenant, puisque l'information a été confirmée par les Ukrainiens eux-mêmes : si "l'Occident" n'avait pas fait pression pour que Zelensky rejette un accord de paix en avril 2022, la guerre se serait arrêtée depuis.

C'est ici que se pose avec acuité la question de l'origine de cette guerre. Poser comme le fait le communiqué que la Russie est responsable de la guerre, en occultant complètement les questions de l'OTAN et de la sécurité mutuelle globale, a des conséquences logiques qu'il est impossible d'éviter.

Que signifie en effet la demande d'un arrêt des livraisons d'armes lorsqu'il est clair pour tous qu’il entraîne inévitablement l'effondrement de l'armée ukrainienne ? Cela ne peut vouloir dire, d'une manière ou d'une autre, qu'on plaide pour donner pleine satisfaction à l'agresseur que l'on a désigné. Il y a une contradiction difficile à résoudre, dans le fait de condamner sans réserve ladite invasion de l'Ukraine d'une part, et de réclamer d'autre part l'arrêt immédiat de toute aide qui permettrait aux victimes de l'invasion de se défendre. Cette prise de position ôte toute force aux protestations pacifistes.

Par ailleurs, si on affirme que l'origine de la guerre est vraiment l'agression non provoquée de l'Ukraine par la Russie, alors on est porté à admettre que puisque l'impérialisme russe sort vainqueur en Ukraine, il enchaînera avec les Pays baltes, la Finlande, la Moldavie.... - et nous entrons dans le discours otanien : l'Europe est en danger, donc il faut se réarmer!

C'est vrai, l'appel ne contient pas explicitement les termes typiques des communiqués de l'OTAN d'"agression non provoquée"  ou d'"impérialisme russe". Mais ils se trouvent qu'on le veuille ou non en filigrane d'une condamnation de la Russie hors de tout contexte,  venue de nulle part, littéralement : non provoquée ; et quelle raison à cette déraison, si ce n'est l'impérialisme ?

Il est certain également que les organisations de paix signataires de ce communiqué ne souscrivent pas à l'argumentaire de l'OTAN, et pensent agir tactiquement. Mais avec un tel silence sur les causes du conflit,  un appel à l'arrêt du flux d'armes vers l'Ukraine et à des négociations ne peut être ni compris, ni même audible

C’est pourquoi il est essentiel de rester clair sur les causes réelles de cette guerre : sa raison première est l'extension de l'OTAN, et en particulier l'investissement progressif de l'Alliance en Ukraine, ce qui a posé un défi insoluble à la Russie. La fin de la guerre,  à ces conditions-là, signifie alors avant toute chose la déroute des ambitions de l'OTAN, l'arrêt mis à son expansion agressive vers 'l'ennemi russe' imposé, et une réelle perspective de paix en Europe. La neutralité de l'Ukraine qui en résulterait inévitablement serait un jalon vers une indispensable "indivisibilité de la sécurité" sur tout le continent : ce serait un pas important sur le chemin de la paix globale.

Et Boris Johnson lui-même confirme : "Si l'Ukraine tombe, ce sera une catastrophe pour l'Occident, cela mettra fin à l'hégémonie occidentale" a-t-il déclaré le 12 avril au Daily Mail. Le Mouvement de la Paix doit être conscient de l’hypocrisie des discours humanitaires.

Cette guerre n'aurait jamais dû avoir lieu, nous sommes conscients de son horreur et des souffrances infligées; mais occulter, ou ne pas vouloir voir les causes premières de cette guerre à cause de ces souffrances-là, est une erreur que ne devraient pas commettre les personnes qui militent pour la paix, car cet aveuglement conduit précisément à davantage de guerre.

 

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