![]() L’article de George Kennan dans le New York Times du 2 mai 1998 |
Il y a quatre ans, le 22 février 2022, la Russie lançait une opération militaire de grande ampleur sur l’Ukraine, officiellement pour porter secours aux républiques de Donetsk et Lougansk récemment reconnues. Pour les responsables occidentaux, les médias, et même certains de nos camarades et amis du mouvement de la paix, l’histoire commençait là : une invasion « non provoquée », sans raison, sans passé, sans contexte...
Mais c’est une autre histoire qui se dessine lorsqu’on remet cette opération militaire dans la perspective historique: non celle d’une agression par la Russie d’un pays ‘soutenu’ par l’OTAN, mais bien plutôt celle d’une agression de la Russie par l’OTAN - et les préparatifs de celle-ci avaient commencé bien avant 2022, pratiquement dès l’effondrement de l’URSS.
La Russie, ennemie historique de l’OTAN
L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a été créée en 1949 explicitement « pour se protéger de l’Union Soviétique »1. Rétrospectivement, que les plus grandes puissances coloniales et impérialistes du moment se sentent menacé, déclarent théâtralement « avoir peur », éprouvent la nécessité de se protéger d’un pays exsangue après avoir supporté l’essentiel de la guerre contre le nazisme, ressemble à une plaisanterie tragique. Après l’incorporation (en 1955) de la partie ouest d’une Allemagne à peine dénazifiée, après placement aux plus hautes fonctions de l’OTAN d’anciens officiers nazis2, élevés dans la haine de la Russie et l’objectif de sa destruction - on pouvait se demander quelle partie était en droit de se sentir menacée.
L’effondrement de l’URSS a des causes multiples, mais l’une d’entre elles est certainement la pression militaire continue de l’Alliance atlantique.
La disparition de sa raison d’être officielle n’a pas entraîné celle de l’OTAN, et ce seul fait met en lumière sa nature réelle : une alliance militaire surarmée, gardienne de l’hégémonie occidentale sous direction étatsunienne, déterminée à briser ce qui pourrait remettre en question cette hégémonie. La Russie, héritière et cœur de l’URSS, était et reste la première menace à cet ordre impérial
Décidée dès le début des années 1990, la progression vers le territoire russe d’une coalition historiquement ennemie ne pouvait être perçue que comme une agression.
« Not one inch »
Malgré la fameuse promesse orale de James Baker à Gorbatchev - « l’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’Est » - l’OTAN depuis la chute de l’URSS s’est systématiquement approché de la Russie, absorbant un à un les anciens pays du Pacte de Varsovie, jusqu’aux anciennes républiques soviétiques baltes, à 150km de Saint-Pétersbourg, la seconde ville du pays. Malgré les mises en garde que cette poussée déboucherait à la longue sur un conflit ouvert avec la Russie.
Ainsi dès 1998 George Kennan, l’un des initiateurs de la ‘guerre froide’ prévenait des conséquences de la politique d’élargissement de l’OTAN :
« Je pense que les Russes vont progressivement réagir de manière très négative et que cela affectera leur politique. Je pense que c'est une erreur tragique. Il n'y avait aucune raison à cela. Personne ne menaçait personne d'autre. Cette expansion ferait se retourner dans leur tombe les pères fondateurs de ce pays. Nous avons signé pour protéger toute une série de pays, alors que nous n'avons ni les ressources ni l'intention de le faire sérieusement. [L'élargissement de l'OTAN] n'a été qu'une action légère d'un Sénat qui ne s'intéresse pas vraiment aux affaires étrangères... Bien sûr, il y aura une mauvaise réaction de la part de la Russie, et alors [les partisans de l'élargissement de l'OTAN] diront que nous vous avons toujours dit que les Russes étaient comme ça, mais c'est tout simplement faux. »3
Mais peu de responsables politiques témoignaient alors d’une telle lucidité. Une vidéo datant de 1997 montre plutôt un Joe Biden méprisant et goguenard4 :
« Où peuvent-ils aller? .... Ils m’ont dit qu'ils ne voulaient pas de cette expansion de l'OTAN. Ils savent que ce n'est pas dans leur intérêt en matière de sécurité, etc., etc. Ils me disent "Si vous faites ça, nous pourrions alors peut-être nous tourner vers la Chine ?" Et je n'ai pas pu m'empêcher d'utiliser l'expression familière de mon État en disant à mon interlocuteur : "Bonne chance. Et si cela ne marche pas, essayez l'Iran." (rires) »
Dans le même temps des traités étaient dénoncés, les États-Unis se retiraient unilatéralement du traité sur les Forces Nucléaires à portée intermédiaire, les bombes nucléaires tactiques stationnées chez les alliés de l’OTAN étaient remplacées par des versions ‘améliorées’, dont l’utilisation effective en cas de conflit devenait plus vraisemblable, des éléments du ‘bouclier anti-missiles’ étaient installés en Pologne et en Roumanie, rendant en théorie tout le système de la dissuasion nucléaire inconsistant... En 1999 l’OTAN provoquait l’éclatement final de la Yougoslavie, les États-Unis installaient leur plus grande base en Europe dans la province du Kosovo arrachée à la Serbie. Peu remarquée à l’époque (2017), l’incorporation à l’OTAN, sans demander l’avis de sa population, du Monténégro sécessionniste coupait la Russie d’une voie d’accès stratégique à l’Adriatique5.
En 2014 le retour pacifique, et réclamé de longue date par ses habitants, de la péninsule historiquement russe de Crimée à la Russie, avait évité que la base navale de Sébastopol ne finisse dans l’escarcelle de l’OTAN, et que l’accès de la Russie à la Méditerranée ne soit perdu : soit une manœuvre défensive, et indispensable du point de vue russe - et ma foi pas beaucoup plus juridiquement contestable que les sécessions du Kosovo ou du Monténégro par exemple.
Munich, 2007
L'élargissement de l'OTAN constituait une menace existentielle directe pour la Russie. Moscou comme Washington en étaient parfaitement conscients ; seuls nos médias nous bercent de l’histoire d’une OTAN bienveillante, inoffensive et protectrice.
En 2007, Poutine prononçait un discours historique6 à la conférence de Munich sur la sécurité, rappelant avant toute chose le principe de sécurité collective - « Le caractère universel et indivisible de la sécurité est reflété dans son principe de base : "la sécurité de chacun signifie la sécurité de tous" » - insistant sur le rejet de l’unilatéralisme des États-Unis et la nécessité de la solidarité et du respect du droit international.
« Nous sommes témoins d'un mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. Bien plus, certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d'un seul État, avant tout, bien entendu, des États-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines : dans l'économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d'autres États. A qui cela peut-il convenir ?
Dans les affaires internationales, on se heurte de plus en plus souvent au désir de régler tel ou tel problème en s'inspirant de ce qu'on appelle l'opportunité politique, fondée sur la conjoncture politique.
Evidemment, cela est très dangereux, personne ne se sent plus en sécurité, je tiens à le souligner, parce que personne ne peut plus trouver refuge derrière le droit international. Evidemment, cette politique est le catalyseur de la course aux armements. (...)
Je suis certain qu'en ce moment crucial il faut repenser sérieusement l'architecture globale de la sécurité. »
Poutine y pointait explicitement la menace insoluble que l’élargissement de l’OTAN représentait pour la Russie :
« Je pense qu'il est évident que l'élargissement de l'OTAN n'a aucun rapport avec la modernisation de l'Alliance elle-même ou avec la garantie de la sécurité en Europe. Au contraire, cela représente une provocation sérieuse qui réduit le niveau de confiance mutuelle. Et nous sommes en droit de nous demander : contre qui cette expansion est-elle destinée ? Et qu'est-il advenu des assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du Pacte de Varsovie ? Personne ne se souvient même d'eux. Mais je me permettrai de rappeler à cet auditoire ce qui a été dit. Je voudrais citer le discours du secrétaire général de l'OTAN, M. Manfred Wörner, à Bruxelles le 17 mai 1990. Il avait déclaré à l'époque que : "le fait que nous soyons prêts à ne pas placer une armée de l'OTAN en dehors du territoire allemand donne à l'Union soviétique une garantie ferme de sécurité" ».
Il est tragique, pour l’Ukraine, pour l’Europe entière, que l’Occident ivre de son sentiment de supériorité, soit resté sourd à ses propos
« La plus rouge des lignes rouges »
« L’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN est la plus rouge des lignes rouges pour les dirigeants russes, pas seulement pour Poutine » écrivait William Burns l’ambassadeur US en Russie en 2008 dans un câble diplomatique à l’adresse de l’administration Bush.
Et pourtant : au sommet de 2008 à Bucarest, l’OTAN annonçait tranquillement que l’Ukraine et la Géorgie allaient rejoindre l’Alliance. Rappelons que tous les sondages indiquaient alors que moins de 25% des Ukrainiens désiraient rejoindre l’OTAN !7

Dans cette ‘Drang nach Osten’ atlantiste, la pièce finale essentielle était la séparation de l’Ukraine d’avec la Russie, son incorporation dans l’OTAN, la transformant en plate-forme contre la Russie. « L’Ukraine est un avant-poste essentiel de nos intérêts militaires fondamentaux » comme déclarait en 2015 Lawrence H. Summers, Secrétaire au Trésor US8.
L’administration Trump a déclassifié en décembre dernier le mémo de la rencontre entre G.W. Bush et Poutine qui a eu lieu au lendemain du sommet9. L’avertissement que cela mènerait inévitablement à un conflit était limpide. Extraits :
« (...) Je voudrais maintenant répéter ce que j'ai dit à [Condoleezza Rice] et à Gates à Moscou sur l'élargissement de l'OTAN. Ce n'est pas une nouveauté pour vous, et je n'attends pas de réponse ; je veux juste le dire clairement. Je tiens à souligner que l'adhésion à l'OTAN d'un pays comme l'Ukraine créera à long terme un terrain de conflit pour vous et nous, une confrontation à long terme.
Dix-sept millions de Russes vivent en Ukraine, soit un tiers de la population. L'Ukraine est un État très complexe.
Il ne s'agit pas d'une nation construite de manière naturelle. C'est un pays artificiel créé à l'époque soviétique. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Ukraine a obtenu des territoires de la Pologne, de la Roumanie et de la Hongrie, soit la quasi-totalité de l'Ukraine occidentale. Dans les années 1920 et 1930, l'Ukraine a obtenu des territoires de la Russie, c'est-à-dire toute la partie orientale du pays. En 1956, la péninsule de Crimée a été transférée à l'Ukraine. C'est un pays européen assez vaste, comptant 45 millions d'habitants. Il est peuplé de personnes aux mentalités très différentes. Si vous allez dans l'ouest de l'Ukraine, vous verrez des villages où la seule langue parlée est le hongrois et où les gens portent des bonnets. Dans l'est, les gens portent des costumes, des cravates et de grands chapeaux. L'OTAN est perçue par une grande partie de la population ukrainienne comme une organisation hostile.
Cela crée les problèmes suivants pour la Russie. Cela crée la menace de bases militaires et de nouveaux systèmes militaires déployés à proximité de la Russie. Cela crée des incertitudes et des menaces pour nous. (...)
Dans quel but [l’adhésion]? Que signifie l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN ? Quels sont les avantages pour l'OTAN et les États-Unis ? Il ne peut y avoir qu'une seule raison à cela : consolider le statut de l'Ukraine dans le monde occidental.
Je ne pense pas que ce soit la bonne logique ; j'essaie de comprendre. Et compte tenu des opinions divergentes de certaines parties de la population sur l'adhésion à l'OTAN, le pays pourrait tout simplement éclater. J'ai toujours dit qu'il y avait une partie pro-occidentale et une partie pro-russe. Aujourd'hui, le pouvoir est détenu par les dirigeants pro-occidentaux. Dès qu'ils sont arrivés au pouvoir, ils se sont divisés. L'activité politique dans cette région reflète pleinement les attitudes de la population.
(...) 70% de la population est opposée à l'OTAN. Nous sommes opposés à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN, mais de toute façon, on devrait attendre plutôt qu'une majorité de la population y soit favorable, avant de les laisser adhérer, et non l'inverse. (...) »
Réponse de G.W. Bush : « L'une des choses que j'admire chez vous, c'est que vous n'avez pas eu peur de le dire à l'OTAN. C'est très admirable. Les gens ont écouté attentivement et n'ont eu aucun doute sur votre position. C'était une bonne performance. »
Bonne performance, bravo – et on continue, comme si rien n’avait été dit, vers la guerre annoncée...
Arrêtons donc les fantasmes, ou l’hypocrisie : Il ne s’agit pas d’une invasion de la Russie qui voudrait reconstituer son Empire. Ce n’est pas, cela n’a jamais été une guerre entre la Russie et l’Ukraine, mais bien une guerre de l’OTAN contre la Russie, sur le territoire et avec le sang des Ukrainiens. Dire cela n’est même pas, ce n’est même plus de la « désinformation russe » : C’est ce que disait Boris Johnson lui-même en 2024 « We are waging a proxy war », ‘Nous menons une guerre par procuration en Ukraine’10. C’est ce qu’énonçait sans ambages le New-York Times en mars dernier « L'Ukraine a été, sur un plan plus large, un remake de la longue histoire des guerres par procuration entre les États-Unis et la Russie »11 - et l’enjeu fondamental de cette guerre était explicité par le même Boris Johnson : « Si l'Ukraine tombe, ce sera une catastrophe pour l'Occident, cela mettra fin à l'hégémonie occidentale »12.
Nous draper dans de beaux principes moraux et pacifistes n’oblitérera pas cette réalité.
La guerre n’a pas commencé en 2022
La prétendue « révolution » du Maidan (février 2014), dirigée par des groupuscules néonazis13, soutenue effrontément par les États-Unis et l’UE a été suivie par une longue guerre civile de 8 années. De 14 à 15 milles morts selon les chiffres officiels. Le nouveau régime de Kiev, aidé de groupes paramilitaires ouvertement fascistes bombardait son propre peuple de l’Est russophone du pays, révoltés contre les lois discriminatoires et aussi, pour cette partie de l’Ukraine fière de son passé résistant et communiste, contre la réhabilitation officielle de collabos de l’Allemagne hitlérienne. Dans un pays aussi profondément fracturé, par la langue, par la culture politique, par l’histoire, de telles mesures ne pouvaient que déclencher l’insurrection.

C’est quelque chose qu’on aurait bien dû comprendre chez nous : imaginez dans une Belgique encore unitaire, l’arrivée au pouvoir par un coup de force d’un gouvernement exclusivement flamand, réhabilitant les collaborateurs de la 2de guerre mondiale, et imposant l’usage du néerlandais dans les administrations et les écoles. Les populations wallonnes n’auraient certainement pas eu besoin d’un ‘Poutine’, pour songer à se révolter. Et si à cette révolte légitime, on répond par des bombes et l’envoi de paramilitaires fachos, la guerre civile est assurée.
Dans une autre configuration, on aurait mené ici une campagne d’indignation, les groupes humanitaires se seraient mobilisés, on aurait réclamé à grand cris une intervention humanitaire... Rien de tout cela ici bien sûr : les organisations pacifistes sont globalement restées silencieuses, déjà tétanisées par la peur d’être cataloguée ‘pro-russes’ ; et l’OTAN, comme s’en vantait son secrétaire général, a pendant ces 8 années investi lourdement aux côtés du régime :
« La guerre n'a pas commencé en février de l’année passée [2022]. La guerre a commencé en 2014. Et depuis 2014, les Alliés de l'OTAN ont apporté leur soutien à l'Ukraine, sous la forme de formations et d'équipements, de sorte que les forces armées ukrainiennes étaient beaucoup plus fortes en 2022 qu'elles ne l'étaient en 2020 et en 2014. Et bien sûr, cela a fait une énorme différence lorsque le président Poutine a décidé d'attaquer l'Ukraine. »14
Jens Stoltenberg a parfaitement raison : la guerre chaude n’a pas commencé en 2022. Elle a commencé avec le coup d’État de 2014 -et c’est l’OTAN qui a lancé l’attaque. Aujourd’hui l’agresseur clame être attaqué et contraint de se défendre.
« Poutine veut la guerre »
![]() Camp d’été pour enfants en 2017 : « Nous sommes les enfants d'Ukraine! Que Moscou tombe en ruine! Nous allons conquérir le monde entier! Mort, mort aux Moscovites ! » Depuis 2014, les organisations de jeunesse néo-nazies ont pignon sur rue en Ukraine. Ces enfants ont sans doute aujourd’hui l’âge d’être envoyés à la boucherie . https://www.youtube.com/watch?v=CpV16BQfbrQ |
En février 2015, les Nations Unies entérinaient les accords de paix ‘de Minsk II’, - ce qui soit dit en passant, faisait de leur non-application une violation du droit international. Outre le cessez le feu, le point central de ces accords était la fédéralisation de l’Ukraine : dans un pays à ce point divisé, une solution 'à la belge' semblait effectivement indispensable si on désirait réellement pacifier la situation. Seulement cette solution présentait un sérieux défaut, comme l’avait souligné très justement un document du National Endowment for Democracy : « Si l'Occident fait pression sur l'Ukraine pour qu'elle accepte les exigences de la Russie sur Minsk, les chances de l'Ukraine de jamais adhérer à l'OTAN disparaîtront, car Poutine aura le pouvoir de bloquer le passage de l'intérieur. » On n’allait quand même pas renoncer à l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN pour une vulgaire question de paix ! Pourquoi d’ailleurs le régime de Kiev s’y serait-il résolu, alors même que leur grand et tout puissant ami américain leur promettait toute l’aide nécessaire pour défaire la Russie, dans une guerre ouvertement projetée ?
Une vidéo montre les sénateurs US Lindsey Graham et John Mc Cain s’adressant en décembre 2016 à des militaires ukrainiens face au président Porochenko :
Lindsey Graham : « Votre combat est notre combat. 2017 sera l'année de l'offensive. Nous retournerons tous à Washington et nous ferons pression sur la Russie. (...) Notre combat n'est pas contre le peuple russe, mais contre Poutine. Nous vous promettons de répondre à vos appels à Washington, ... et de porter le dossier contre Poutine devant le monde entier. »
John Mc Cain : « Je crois que vous allez gagner. Je suis convaincu que vous allez gagner, et nous faisons tout ce que nous pouvons pour vous fournir ce dont vous avez besoin pour gagner. »15
Comment avec de telles assurances le régime installé à Kiev avec l’aide désintéressée des États-Unis aurait-il pu songer une seconde à appliquer les accords de Minsk ? Comme l’a révélé après coup Angela Merkel, et l’a confirmé François Hollande - soit les deux « garants » occidentaux de leur application ! - : « Les accords de Minsk constituaient une tentative de donner du temps à l’Ukraine. Celle-ci a profité de ce temps pour devenir plus forte, comme on le voit aujourd’hui ». Elle ne faisait du reste que répéter ce qu’avait déclaré Dmytro Yaroch, fondateur du parti fasciste Pravy Sektor, à l’attention d’un Zelensky fraichement élu et qui faisait mine de vouloir prendre Minsk au sérieux « Minsk est l’occasion de gagner du temps, d’armer les forces militaires, de passer aux meilleurs standards mondiaux... C’est une opportunité de manœuvre. Mais pas plus ! »16
Somme toute, pendant près de 8 ans Poutine était seul à chercher à avoir la paix en Ukraine, avec certes l’arrière pensée d’y arrêter l’OTAN. Pour quelqu’un qui veut restaurer l’empire soviétique, l’empire des Tzars, et envahir toute l’Europe, il cachait bien son jeu !
Pour les extrémistes ukrainiens par contre, la guerre à venir contre la Russie, - et la victoire finale de l’Ukraine grâce au soutien de la surpuissance américaine - était certaine. Depuis 2014, l’OTAN y préparait intensivement l’Ukraine. Lors des grandes manœuvres militaires Defender 2021 auxquelles participait l’Ukraine, un conseiller de Zelensky le reconnaissait sans ambages : « Nous nous entraînons pour, eh bien, disons-le directement, la guerre avec la Russie »17. Une interview de 2019 montre Olekseï Arestovitch, alors proche conseiller de Zelensky, affirmer tranquillement qu’une guerre majeure avec la Russie assurerait l’adhésion de l’Ukraine à l'OTAN - à la suite d’une victoire qui ne faisait bien sûr pas l’ombre d’un doute18.
En décembre 2021, deux mois avant l’opération militaire spéciale, Moscou remettait solennellement aux véritables maîtres du jeu, les États-Unis, une proposition d’un accord et d’un traité de paix19, fondé sur le principe de sécurité mutuelle et impliquant la fin de la progression de l’OTAN, et le statut neutre de l’Ukraine. Un tel traité aurait vraisemblablement assuré la paix en Europe et l’intégrité de l’Ukraine, - mais aussi la ruine du projet des États-Unis vieux de 30 ans de briser la Russie.
L’OTAN l’a mis à la poubelle avec un haussement d’épaule.
Les bonnes consciences pacifistes s’étaient montré bien silencieuses alors.
1. Cf Valeurs et principes fondamentaux du Traité sur le site de l’OTAN
2. Tel Adolf Heusinger, ancien chef d’État-major de Hitler, devenu en 1961 président du comité militaire de l'OTAN. Cf. csotan.org/textes/doc.php?art_id=1466
3. New-York Times, 2 mai 1998
4. youtube.com/watch?v=JmhjMLqHUUs
5. Le Soir, 3/06/2017, Le Monténégro rejoint les rangs de l’Otan: Moscou enrage
6. https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire/1886
7. Le Vif, 28/12/2012, Seuls 19% des Ukrainiens favorables à une adhésion à l’Otan
8. Paul Moreira, Les Masques de la révolution, 2015
9. National Security Archive
10. The Telegraph, 28/11/2024
11. New-York Times 29/03/2025
12. Daily Mail, 12/04/2024
13. voir « Les Masques de la révolution »
14. nato.int, 14/02/2023
15. youtube.com/watch?v=ei1iPn5F3Os
16. Obozrevatel Incident, 27 mai 2019
17. UAWire, 4/04/2021
18. youtube.com/watch?v=1xNHmHpERH8
19. Cf. csotan.org/textes/doc.php?art_id=1096