La Belgique collabore à l’étranglement humanitaire de la Syrie
Roland Marounek
15 juillet 2020

Dans une certaine discrétion (et l’indifférence des médias) le gouvernement belge a accédé fin juin à la demande pressante US  d’envoi de quatre avions de combat F-16, épaulés par une centaine de militaires en Jordanie, destinés à opérer en Irak et en Syrie officiellement « contre Daesh ». La résolution est passée en urgence - quoi de plus urgent en effet, pour un pays qui avance vers sa pire crise économique et sociale, que d’envoyer ses bombardiers au Moyen-Orient ?

Le gouvernement irakien ne peut bien sûr que formuler les demandes que son envahisseur lui dicte ; par contre l’opération en Syrie est incontestablement illégale au regard du droit international : aucune résolution de l’ONU ne l’autorise, et la Syrie n’a absolument pas demandé à la « Coalition Internationale » d’occuper son territoire et de bloquer l’accès à ses ressources pétrolière et agricole. 

Cette illégalité est d’ailleurs parfaitement reconnue, et assumée par la majorité parlementaire de circonstance (Libéraux, NVA, CDnV, Cdh, DéFI et Vlaams Belang) qui a voté en faveur de cet engagement. « On connaît le rôle de la Russie, qui combat aux côtés de Bachar al-Assad et qui fait également partie du Conseil de Sécurité. Pour une telle intervention, la Russie rendrait très difficile l'adoption d'une résolution. »  (Kattrin  Jadin , MR) : en clair, on est bien obligé de ne pas respecter le droit international, puisque la Russie (et la Chine) s’opposent à ce que veut imposer l’Occident.

A relever encore que le gouvernement minoritaire  a été obligé de compter sur les voix de l’extrême-droite pour faire passer cette résolution - association que personne n’a cette fois-ci trouvé nauséabonde.

Daesh, variable d’ajustement de l’agression contre la Syrie

Le 17 juin, en pleine pandémie, les Etats-Unis mettaient en place le "Caesar Syria Civilian Protection Act", nouvelle loi extraterritoriale US sanctionnant entreprises et particuliers qui s’aventureraient à faire des échanges commerciaux normaux avec la Syrie : concrètement, le Caesar Act impérial empêche toute importation et exportation de produits,  et  bloque toutes les transactions financières.

Quelques semaines avant son entrée en vigueur,  des hélicoptères US larguaient des  bombes incendiaires sur des champs de blé de l’Est Syrien ; dans un mouvement singulièrement synchrone, des récoltes étaient également  mises à feu par les jihadistes soutenus par la Turquie dans le Nord ; deux semaines après le début de la moisson, les prétendues Forces Démocratiques Syriennes,  collaboratrices de l’occupant US empêchaient les agriculteurs de commercialiser leur récolte de blé aux centres accrédités par le gouvernement syrien. La ‘Loi César’ tombe à point pour empêcher l’approvisionnement extérieur en céréales. 

L’objectif est clairement d’asphyxier la Syrie et d'empêcher sa reconstruction : la soumission du pays que les Etats-Unis et alliés occidentaux n’ont pas réussi à obtenir par la guerre par jihadistes interposés, ils cherchent à l’obtenir par le blocus.  Avec l’incendie des récoltes et l’occupation des terres agricoles,  les USA utilisent la famine comme arme de guerre, comme au bon vieux temps des sièges barbares, au moment où la lutte contre la pandémie rend "l’ennemi" d’autant plus vulnérable.

C’est dans ce contexte que se place la participation de la Belgique requise par les USA. Nous sommes tenus d’assister à la bonne application de l’asphyxie Cela n’a rien à voir avec la lutte contre les fantômes de Daesh,  qui en son temps avait été littéralement lancé contre la Syrie. 

La bonne conscience occidentale

Cette ultime tentative d’étranglement se fait cyniquement au nom de "la protection de la population civile en Syrie", "Caesar Syria Civilian Protection Act", du nom donné à cet ancien photographe de la police syrienne ayant divulgué des milliers de photos de corps supposément torturés dans des prisons syriennes. 

Jusqu’à la fin de son mandat, le bon président Obama, l’Amérique telle que nous l’aimons comme disait Jack Lang, conscient du pouvoir émotionnel des images, a bloqué la diffusion de milliers de photos de torture prises à Abu Ghraib et dans d’autres centres de détention US en Irak, Afghanistan et à Guantanamo. La justification était en substance que les ennemis des Etats-Unis pourraient les utiliser en incitant à la haine, et que cette diffusion aurait mise en danger les troupes étatsuniennes, déployées pourtant comme chacun sait pour le Bien, la Liberté et la Démocratie.

L’objectif de la large diffusion des photos de torture rapportées par César, complaisamment étalées à plusieurs reprises  le long des couloirs du parlement européen, serait-il donc d’inciter à la haine contre le ‘régime’ syrien, et son armée qui résiste depuis 9 ans à l’agression occidentale par groupes terroristes interposés ?

Ce n’est pas de la réalité de la torture dont il est question ici. Mais l’indignation morale affichée permet de soutenir, en toute bonne conscience, la plus abjecte des inhumanités.